"Compulsio" / premiere

C’est par le biais du skateboard que j’ai rencontré Esteve Femenias pour la première fois, il y a quatorze ans. Dans une ville aussi petite que Manacor, ça n’était qu’une question de temps avant de se croiser, puis de se connaître. Et au fil dudit processus, j’ai pu observer l’évolution de ses obsessions successives, comme traversant différents thèmes. D’adolescent cultivant un rapport obsessionnel - presque maladif - aux études, il s’est peu à peu métamorphosé en ce qu’il est aujourd’hui : une encyclopédie vivante de la vidéo de skate. J’imagine que c’est justement ce trait personnel qui le pousse à créer à son tour - à façonner l’audiovisuel au rythme de ses propres productions. Il ne s’écoule pas une journée sans qu’il fasse le tour de tous les sites Internet spécialisés en la matière, et sa personnalité d’assidu ressurgit à l’occasion de chaque nouvelle image, pour laquelle il vérifiera mille et une fois les réglages de sa VX-1000 et qu’il exportera probablement une bonne soixantaine de fois avant d’être satisfait. En tout cas, après tout ce temps passé à observer son évolution, il ne fait aucun doute que j’ai pertinemment envie de continuer à travailler avec lui. - Matias Adrover

LIVE Skateboard Media : Hello Esteve ! S’agissant de ton premier interview et puisque relativement peu de gens te connaissent, pourrais-tu te présenter ?

Esteve Femenias : J’ai vingt-six ans et j’habite à Manacor, une petite commune d’Espagne de l’île de Majorque. Je travaille six jours par semaine au restaurant que tient ma famille, bien que j’aie terminé mes études.

LSM : Comment as-tu commencé le skate dans une ville où il ne semble pas y avoir de passion véritable pour ça ? A l’époque, peut-être que la scène était plus conséquente ?

Esteve : Je sais ce que répondent la plupart des gens à cette question, et je doute que mon histoire sorte de l’ordinaire : j’ai eu un skate à Noël ! Et (histoire de continuer dans le classique) mon grand frère m’a fait découvrir tout cet univers. Il n y avait pas beaucoup de pratiquants ici, mais l’expérience n’en demeurait pas moins addictive, en ce qui me concerne en tout cas.


Ph. : Bel Gomila

LSM : A quelle période as-tu commencé à filmer et monter ?

Esteve : Pour commencer, j’aimerais déclamer à quel point mon rapport au skate serait différent sans l’existence de la vidéo de skate ; ce lien entre la pratique et sa documentation a toujours fait partie inhérente de l’expérience, pour moi. Les heures passées devant un écran sont à rapprocher des heures passées sur un skate. Une action qui en nourrit une autre, suscitant en ce qui me concerne une obsession qui dure depuis quinze ans.

"Au fil des ans, mon obsession avec Colin Read et Yoan Taillandier n’a fait que croître"

Mais si je dois être plus précis, un déclic s’est opéré lorsque Maties (Adrover) m’a montré les clips de Colin Read filmés à New York, ainsi que la vidéo « Minuit » de Yoan Taillandier, il y a trois ans - ça m’a vraiment motivé à faire mes propres montages. Cette découverte a eu ceci de frais qu’elle m’a inspiré l’idée qu’on pouvait, concrètement, s’investir dans quelque chose que l’on aime sans forcément dépendre de skateurs professionnels ; ça cassait un peu le moule (un poil redondant, à l’époque).

LSM : Tu viens de mentionner deux filmeurs importants ; quelles sont tes autres influences ?

Esteve : Ouf, il y en a trop.

Au fil des ans, mon obsession avec Colin Read et Yoan Taillandier n’a fait que croître, ce qui m’a en retour fait me pencher davantage sur ce microcosme de l’underground.

Je ne peux pas ne pas mentionner « Bon Appétit » de French Fred, que j’ai rossé à l’infini quand j’étais jeune. Sinon, à l’heure actuelle : Chris Thiessen, le crew de Threads, Matt Creasy, Alex Rose… et puis Josh Roberts, Zach Chamberlin, Alex Marco, Sergio Arroyo, Jacob Harris et ma découverte personnelle de l’année : Romain Batard. Entre autres !

LSM : Pourrais-tu nous expliquer le titre de la vidéo ?

Esteve : La compulsion a trait au skate, et à l’expérience de penser au skate toute la journée.

Du coup, la vidéo est divisée en trois chapitres : l’intro fait référence à cette obsession ; ensuite, la section éponyme ; puis enfin, la satisfaction qui ressemble en fait davantage à l’assouvissement d’un besoin. 


Ph. : Irra Amez

LSM : Quels sont tes prochains projets ?

Esteve : Je viens de me procurer une caméra K-3 16mm, que je n’ai pas encore trouvé le temps d’utiliser, d’ailleurs.

Et quant aux vidéos, je ne sais jamais comment mes projets vont s’assembler jusqu’au moment où j’ai les mains dedans ; et ce, bien que j’y pense toute la journée, sans cesse.

J’imagine que le format de la prochaine production sera un collage 16mm, hi-8 et VX-1000, en espérant également que les gens que je filme s’auront s’articuler autour de mon emploi du temps pourri. 

LSM : Pour finir, y a-t-il des gens que tu souhaiterais remercier ?

Esteve : Maties constitue l’autre moitié de la fameuse compulsion - on a grandi ensemble et toujours partagé nos idées et nos goûts. Si cette vidéo est ce qu’elle est, c’est grâce à lui, et à notre relation.

Sebas est un autre élément clef : quiconque le connaissant sait à quel point il est important au skate de Majorque, en plus d’être tout simplement une bonne personne. Sans même me connaître au préalable, il m’a contacté après avoir vu mon clip « Mitjanit », et depuis lors, il m’a toujours aidé et motivé à repousser mes limites, de par son enthousiasme.

N’Enric Donat (Edmon) est également important, il a toujours composé la musique pour nos films, tapant toujours dans le mille question atmosphère avec des morceaux magnifiques - allez checker sa page.

Et enfin, impossible d’oublier le soutien incroyable de la part de Benjamin Deberdt, Marcos Gómez et des gens de Roots ; c’est difficile pour moi que d’exprimer mon appréciation, donc, juste : merci beaucoup.

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