Interview / Guy Mariano

 

Même à une époque régulièrement décriée pour la saturation médiatique et la tendance au déclin de l'attention en résultant, il demeure difficile de rencontrer un skater n'ayant jamais ne serait-ce qu'entendu parler de Guy Mariano. Qu'il s'agisse d'old timers un brin nostalgiques aimant à se rappeler les premières heures de gloire du bonhomme (ses clips dans les vidéos Powell Peralta, sa part mythique dans la non-moins-mythique Blind "Video Days" ou encore ses cabrioles en curb révolutionnaires époque Girl "Mouse"), ou d'acolytes plus jeunes venant tout juste de tomber sur la "Pretty Sweet" voire sur les Berrics (et que dire de la "Fully Flared" qui fête carrément ses dix ans en 2017?), la plupart des aficionados du skateboard ont leur raison d'avoir son nom sur les lèvres, et ce malgré un sacré paquet d'années passées en dehors du circuit en plein milieu de carrière. On commence à le savoir, mais Mariano est bel et bien de retour, en force qui plus est, non content d'avoir rattrapé les kids en matière de street tech comme si de rien n'était et ce, malgré ses 40 ans bien sonnés, il vient de lancer sa marque de boards avec Eric Koston : NUMBERS EDITION. Événement à l'occasion duquel il a même trouvé le temps de répondre à une poignée de nos questions. Merci, Monsieur Mariano!

 
LIVE Skateboard Media : Tout d'abord, bonjour Guy et merci de nous consacrer un peu de ton temps. Avec Eric Koston, vous venez de lancer une nouvelle marque de boards répondant au nom de Numbers Edition, ou Numbers (histoire de faire court). Il paraît que Mark Gonzales est à l'origine du nom?
Guy Mariano : Oui, c'est bien Mark qui a trouvé le nom Numbers. En fait, il nous a trouvé un paquet de noms potentiels - mais c'est Numbers qui nous a le plus marqué, surtout à partir du moment où on a commencé à creuser la façon dont on pourrait l'exploiter et le marketer.

 
LSM : Mark a été l'un de tes soutiens principaux et ce, dès le début de ta carrière (notamment en optimisant ta popularité via les pubs Blind ainsi que la "Video Days"), comment te sens-tu désormais - près de 30 ans plus tard - en charge de ta propre boîte à ton tour et, cerise sur le gâteau, la personne qui en choisit le nom, c'est à nouveau Mark?
GM : C'est clair qu'être là, trois décennies plus tard, à construire notre propre truc, et a toujours recevoir le soutien du Gonz, qui s'évertue toujours à nous épater et à nous influencer, pour nous ça veut tout dire, effectivement. C'est comme avoir la bénédiction du Parrain.
 
LSM : Pour ceux qui n'ont pas trop suivi la genèse de Numbers (comme c'est le cas pour beaucoup en France, notamment du fait de la barrière de la langue - cette interview est la première au sujet de la marque à être traduite), peux-tu en résumer l'idée et la démarche? Comment avez-vous choisi le team? Est-ce poussés par l'envie de faire votre propre truc qu'Eric et toi avez quitté Girl - une marque à laquelle on vous a pourtant associé pendant de longues années? La perspective de promouvoir une nouvelle marque de board (à une époque où l'industrie du skate est principalement dominée par les marques de chaussures) vous a-t-elle dynamisé?
GM : On pensait vraiment skater pour Girl pour toujours avec Eric, mais parfois la vie prend certains tournants inattendus. Cette marque, Numbers, c'est quelque chose que l'on voulait construire sur nos propres bases. Eric et moi avons eu l'opportunité inespérée de représenter plusieurs marques au cours de notre carrière, et l'expérience de côtoyer tous ces teams nous a façonné sous bien des aspects, ce qui nous a finalement encouragé a créer une plate-forme qui nous permettrait, justement, de construire un team auquel nous pourrions proposer le même genre d'opportunités et d'expériences.
Le "Edition" de "Numbers Edition" représente les collaborations que nous nous apprêtons à faire avec les artistes, la vidéo, la photo, les revendeurs. En ce qui concerne les membres du team, nous avons sélectionné des skaters au style unique qui apportent tous une pierre différente à l'édifice, en quelque sorte. Des gens qui se démarquent, d'une façon ou d'une autre.
Pour nos premiers graphiques de boards, nous avons choisi de nous concentrer sur nos logos signature ainsi que des dégradés de couleur censés représenter le changement. Changement qui nous concerne tous ici, puisque cela faisait un an et quelques que nous roulions tous sans sponsor board.
En tant que marque de boards, j'ai le sentiment que ce que Numbers a sorti jusqu'ici inspire des perspectives différentes de ce qui existe déjà sur le marché. Nous en sommes fiers et pensons que c'est important, dans le milieu.
 
Switch slappy nosegrind
 
LSM : Aurais-tu quelque chose à répondre à ceux qui, parmi votre public, décrient déjà (plus ou moins naïvement) Numbers comme une marque de boards Nike, du fait qu'Eric et toi rouliez justement pour la marque à la virgule, et aussi que vous veniez de sortir un web clip d'Antonio Durao en collaboration avec Nike SB ? Il ne semble pourtant pas que vous soyez du genre à mettre tous vos oeufs dans le même panier. Il paraîtrait même que vous ne seriez que 4 à la tête de la boîte, à gérer tout l'administratif. Trouves-tu encore du temps pour skater?
GM : Nike met toujours l'accent sur l'innovation et la fonction, nous estimons avoir eu de la chance de pouvoir collaborer, et aussi partager ces valeurs de fond avec eux. La plupart des gens qui prétendent que Numbers est issu de Nike ont clairement prémédité leur commentaire et ce, avant même que nous n'annoncions quoique ce soit. Ca s'est avéré être une opportunité assez naturelle, en ce qui nous concerne, notamment du fait de la sortie de la K3 (la dernière shoe de Koston), et Antonio. Nous ne mettons pas tous nos oeufs dans le même panier, et on a comme une wishlist de gens avec qui nous aimerions travailler. Lancer cette marque a été difficile, pour ne pas dire instable, mais on commence à trouver le bon rythme, ça y est. Du coup, on commence à retrouver du temps pour skater. Et quand je ne suis pas en train de skater, alors je suis au bureau Numbers. Je suis à bloc de tous les aspects du skate, et je suis fier de pouvoir jouer le rôle que je joue.
 

"[…] l'importance des liens que l'on forme naturellement via la pratique du skateboard."

 
LSM : Puisqu'on parle de temps passé à skater, comment approches-tu personnellement le filming pour Numbers, en tant que skater et team rider ? Il y a peu, tu déclarais ne franchement plus en pouvoir du filming - et historiquement, tu es notamment réputé pour ne pas avoir filmé certaines de tes prouesses sur une board, qui auraient pourtant révolutionné le skate à l'époque. Filmer des NBD's à outrance, ça ne va pas toujours de pair avec ce que l'on recherche lorsqu'on skate naturellement - au contraire, cela peut s'avérer plus stressant qu'autre chose, surtout si on doit représenter une marque, il y a un enjeu commercial. Puisque tu es désormais à la tête de ton propre truc, te sens-tu plus confortablement disposé à refilmer du skate?
GM : C'est clair que je suis passé par plein de phases différentes, concernant le filming. Le dernier projet auquel j'ai participé, c'était un projet solo, avec beaucoup de filming solo, donc. Et quand bien même cette formule peut se révéler productive, on se sent rapidement seul, sans personne avec qui partager cette expérience. C'est pourquoi j'ai hâte de pouvoir me consacrer à nouveau au filming, mais en partageant l'expérience avec notre team. L'un de mes buts principaux, désormais, c'est clairement de m'amuser en filmant. J'ai pas mal skaté avec Antonio dernièrement - il est devenu l'un de mes skaters préférés. Il amène cette énergie, cet enthousiasme, c'est frais, et j'espère que ça va finir par déteindre sur moi!
 
Backside noseblunt
 
LSM : Le premier clip Numbers contrastait clairement avec toutes ces vidéos et tous ces montages au rythme ultra rapide ayant dominé le web ces dernières années - plutôt que du bourrage de crâne, le mot d'ordre semblait plutôt être le chill avec les potes, la vibe de la session entre homies (dans un style rappelant un peu les premières vidéos Girl, d'ailleurs !). Estimes-tu qu'il est important de remettre ces valeurs en avant en ce moment dans le skate? Aussi, partant du principe que la première impression, ça compte énormément, celle-ci est-elle représentative d'une image que vous souhaiteriez développer à l'avenir avec Numbers, quelque chose que vous souhaitez instaurer pour de bon, ou, a contrario, allez-vous sortir des vidéos dans d'autres styles – voire plusieurs autres styles? As-tu des idées de l'avenir de Numbers que tu souhaiterais partager avec nos lecteurs?
 GM : Absolument que pour ce premier clip, il était vraiment question de rappeler à la valeur de l'amitié, à l'importance des liens que l'on forme naturellement via la pratique du skateboard et du coup, le mot d'ordre était de donner l'impression au spectateur qu'il partageait la session avec nous. Rien n'a été filmé traditionnellement, c'était presque de l'ordre du documentaire. J'ai adoré, personnellement. Mon avis, c'est qu'à partir de l'instant où la vidéo que tu sors se distingue de ce qui paraît tous les jours en web clip, alors tu as fait du bon boulot.
Après, oui, la part d'Antonio est complètement différente, comme ça se constate aisément, c'est vraiment axé "tricks". C'est un peu l'idée, on essaie de ne pas sombrer dans un gimmick que les gens s'attendraient à nous voir répéter encore et encore. Notre projet, c'est de rassembler plein de gens intéressants, et d'influences importantes, afin de garder l'ensemble frais et qu'il y ait toujours du neuf, pour tout le monde.
 
LSM : Merci encore pour ton temps, Guy - celui que tu as consacré à répondre à nos questions mais aussi sur une board au fil des décennies!
 
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