Meeting… Colin Read!

Portrait: Allen Ying, 43 magazine

Interview: Charles Paratte

 Allen Ying

Colin Read est connu dans le monde virtuel du skate comme Mandible Claw, et se trouve être un jeune homme de 25 ans résidant à Brooklyn… Il vient aussi de sortit Tengu, God of Mischief, une vidéo indépendante qui pourrait marquer un tournant pour notre petite culture. Carrément. Pas sûr que c'est ce qu'il cherchait à faire, mais il a bien fait le job, en n'ayant pas du tout peur de jeter à la poubelle le guide des ”Règles de la Vidéo de Skate” pour essayer de trouver sa propre façon de montrer du skate excitant. Il aura plus que réussi, en nous gardant sur le bord de nos sièges, tout en gardant le décompte de marches plutôt bas. Enfin, cela dépend de comment on les compte…
Bref, il était temps de le faire parler un peu, histoire d'entendre ses histoires souterraines, ou aériennes.
Benjamin Deberd
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Comment as-tu commencé à filmer et qu’est ce qui t’as plu au départ?
Quand nous étions gamins, personne n'avait de caméra, mais mon père en avait une que j’emmenais pour aller skater, et l'on se filmait entre nous. On m’a ensuite offert une caméra pour Noël. Par contre, je n’étais pas le filmeur désigné de la bande. Notre pote Charlie a économisé pour acheter une VX1000 lorsque l'on avait 15 ou 16 ans, et lui et moi avons commencé à filmer nos amis pour faire une vidéo. Charlie a fini par la monter. En fait, j’ai même eu la dernière part de la video! Après ça, je n’ai pas filmé pendant un moment, je skatais tout le temps. J’ai ensuite déménagé à Gainesville, en Floride, pour la fac et j’ai commencé à skater avec les locaux. Aucun n’avait vraiment de caméra là-bas. J’ai donc économisé et je m'en suis acheté une pour filmer tout le monde. C’est à ce moment que j’ai commencé le montage. J’aimais trouver des transitions marrantes ou bizarres entre chaque séquence ou morceau. J’ai fait un paquet de montages. En fait, j’ai fait plusieurs vidéos complètes à Gainesville avant de réaliser le premier DVD Mandible Claw, qui ne verra probablement jamais le jour.

Comment filmer est devenu quelque chose auquel tu as voulu te consacrer sérieusement?
Je ne l’ai jamais vraiment décidé. Voilà ce qui s’est passé: Je me suis cassé le bassin en skatant à Gainesville, j’ai été arrêté pendant longtemps. J’ai dû marcher avec des béquilles pendant presque six mois et je n’ai pas pu skater pendant un bon bout de temps. Comme ne pas pouvoir skater me rendait fou, j’allais voir la bande en boitant ou je prenais la voiture jusqu’au spot pour pouvoir traîner avec eux ou filmer. Quand j’ai enfin pu remarcher, je ne pouvais pas encore vraiment skater, j’ai donc commencé à filmer encore plus et je suis devenu “le filmeur officiel”. Heureusement, je peux skater à nouveau, maintenant. J’ai même une line dans Tengu, filmée par l’excellent Yoan Taillandier.

photo: Carlos Jaramillo

Quel est le moment le plus excitant dans la réalisation d’une vidéo?
L’avant-première est toujours un moment magique, bien que stressant, parfois. Quand le skateur rentre son trick, c’est tellement un moment de satisfaction. Tu l'accompagnes pendant toute le processus, essayant de filmer le mieux que tu peux, et c’est très gratifiant parfois. Le montage est un processus étrange pour moi. J’imagine une vague forme au départ, et je commence à travailler avec les images. Des connexions inattendues se forment, les choses s’harmonisent. En fait, je suis en quelque sorte toujours en train de monter, toujours en train de réfléchir aux différentes possibilités d’assembler les images plutôt que de les coller l’une après l’autre.

Quelle est ta position sur le débat concernant la technologie utilisée? Est ce vraiment important, d'ailleurs?
Je pense que c’est important. Je ne pense pas nécessairement que l’un est meilleur que l’autre. Ce sont deux formes d’art différent pour ainsi dire. Peinture à l’huile contre aquarelle. Je pense qu’il y a plus de maîtres de la VX1000 dû en partie à sa longévité. Elle circule depuis plus de quinze ans, donc les gens ont appris à l’utiliser. L’un des problèmes avec la HD est que ce n’est pas encore standardisé. Une grosse vidéo en HD contiendra des images tournées avec cinq à quinze types de caméras différents, chaque filmeur ayant contribué possédant son propre combo. C’est cool mais il en résulte un produit inégal et incohérent. Ça ne donne pas un rendu uniforme, surtout lorsque les micros produisent tous des sons différents. Ceux des réflex sont petits et faibles. Aucune caméra n’a encore égalé le piquant et la puissance du son des VX.
Le format de l’image est un autre problème. Le skate est vertical, le corps des gens est vertical. Par contre, le cadre en HD est très large. Comme il y a beaucoup d’espace de chaque côté du skateur, le décor tend à juste à s’incliner sur les bords du cadre, retirant toute notion de vitesse. On ne peut pas filmer assez près sans couper une partie du skateur. Avoir un large angle de vision fait que l’on voit l’obstacle depuis loin, peu importe sous quel angle vous filmez, ça rend les choses beaucoup plus prévisibles. Le VX1000 équipé d’un fish-eye est le choix idéal pour moi, car il peut capturer la vitesse et l’aspect imprévisible du skate.
Donc, je reste sur la VX, pour l’instant. J’ai quand même des idées pour utiliser la HD. On ne peut ignorer que les possibilités sont immenses. Nous essayons de trouver une manière d’utiliser la HD qui corresponde à nos besoins.

 Ben Kilpatrick

Matt Town, kick flip, filmé par Colin Read. photo: Ben Kilpatrick

Quand tu regardes une vidéo, aujourd'hui, tu es constamment focalisé sur la façon dont c’est filmé ou tu apprécies la vidéo comme n’importe quel skater?
Je suis désormais maudit, avec les yeux d’un filmeur et monteur. Donc, oui, définitivement, je regarde le skate avec un œil plus critique.

Question difficile: Comment on filme du skate pour le rendre agréable à regarder, en dehors de l’évident choix des spots et des tricks?
Tu dois te donner du mal quand tu filmes. Essayer de maîtriser ton matos. Ne pas juste suivre le skateur, essayer d’apporter quelque chose en plus. Ça prend du temps: j'étais vraiment mauvais filmeur au départ. Même conseil pour le montage. Ne pas utiliser le premier morceau qui vient à l’esprit. Essayer de faire quelque chose d’unique. J’ai été nul en montage, aussi, ça demande de la pratique. Tu dois trouver “ta patte” comme on dirait pour un écrivain.

Tu en as fait ton gagne-pain aujourd’hui, ou tu as des jobs qui n’ont rien à voir avec le skate ou la vidéo?
Non, le skate ne paie pas les factures, je fais du montage et de l’animation graphique en free-lance, et aussi quelques petit boulots comme des déménagements. Il y a cette boite de déménagement à New York, Lou Moves You, tout le monde est un skateur. C’est génial. Mais j’essaie de travailler d’une façon à avoir du temps pour skater. Je suis peut-être fauché, mais je m’amuse.

Piro Sierra… photo: Carlos Jaramillo

Quelles sont les vidéos que tu attends en ce moment?
Sprinkles et la Static 4.

Arrivons-en à Tengu… Comment est né le projet?
C’est parti une spirale infernale qui m'a complètement échappée. J’étais sensé réaliser une vidéo plus courte, mais j’avais constamment de nouvelles idées, et j’ai continué à voyager et de filmer de nouveaux amis. Au cours de ces deux années et demie, j’étais constamment en train de filmer ou monter, et de travailler avec des contributeurs et amis, pour façonner la vision que j’avais en tête. C’était un processus incroyable.

La section sur les toits et celles dans le métro sont des grands moments de la année écoulée, pour ce qui est de la vidéo. Comment avez vous trouvé les spots sur les toits, et le moyen d'y accéder?
L’idée des toits nous est tombée dessus une nuit à skater avec les potes. Nous avons grimpé sur le toit d’une entreprise fermée à Brooklyn, juste pour chiller, et on a fini par y trouver un méchant plan incliné. Nous avons réalisé qu’il y avait un monde entier de spots vierges juste au-dessus de nos têtes, et j’ai décidé d’y dédier une part. Ça aura pris plus de deux ans pour la filmer. Pour commencer, nous ne pouvions filmer que pendant les mois froids de l’hiver, quand le revêtement des toits est dur. Quand il fait chaud, c’est mou et ça colle, ça ne roule pas. Ensuite, trouver les spots est difficile. Tu ne peux pas juste le faire en te baladant. On partait en reconnaissance en prenant les métros aériens autour de la ville. Mais ça impliquait principalement d'essayer et de souvent se tromper, plus quelques actes illégaux. Nous avions quelques tactiques: on attendait que des gens entrent dans l’immeuble, et on attrapait la porte avant qu’elle ne se referme; ou l'on sonnait à tous les interphones jusqu’à ce que quelqu’un en ai marre et nous ouvre; et puis l'on montait pour voir si le toit était accessible depuis les escaliers. Nous sautions pour attraper l’escalier de secours et l'on escaladait. Nous demandions aussi à tout le monde s’ils avaient un toit auquel l'on pouvait accéder. Beaucoup de tentatives pour trouver un spot sur un toit ont été vaines, mais trouver quelque chose était toujours unique et excitant. Au final, évidemment, c’était dangereux et complètement illégal. Certains ont été à deux doigts de tomber du bord, et quelques boards sont parties dans le vide. Nous avons aussi parfois dû nous sauver, ou nous cacher de la police.

Connor Kammerer. photo: Carlos Jaramillo

La séquence d'intro, ça représente quel genre de processus?
À l'origine, Connor avait fait un 180 front dans le plan incliné. Et il avait mis quelques essais. Pour cet angle, j'étais dans le métro, et je filmais à travers la fenêtre d'une main, la caméra dans une main, et le téléphone dans l'autre, parlant à un pote sur le toit avec Connor. Je luis disais quand donner le feu vert à Connor. On s'est planté quelques fois, sans parler de bourrasques de vent qui balayaient tout et forçaient Connor à attendre. Ça a du nous prendre trois ou quatre essais, ce qui voulait dire que je continuais les dix minutes de trajet sur le pont vers Manhattan, pour pouvoir ensuite changer de quai, revenir vers Brooklyn, puis rechanger de direction pour tout recommencer. On était à fonds quand ça a marché! Donc, quand Connor m'a appelé le lendemain pour me dire qu'il voulait essayer frontside flip, je n'étais pas forcément à fond de tout recommencer! Mais je savais que ça vaudrait le coup. Cette fois, on y est allé avec Allen Ying, notre bon pote, et notre partenaire pour pas mal d'aventures skatistiques, il n'y a qu'à voir ces photos dans le métro pour le numéro 03 de 43 magazine. On a commencé par filmer le trick de Connor depuis le toit, et puis on a essayé l'angle métro. Je pensais que ça prendrait plus de temps, puisque le frontside flip avait été beaucoup plus dur à rentrer pour Connor. Mais le God of Mischief était avec nous, puisque que Connor l'a fait du premier coup. Et on a eu cet angle aussi!

Et pour le skate dans le métro, alors, comment vous avez fait?
Tout était dans le timing. De 2h00 à 5h00 du matin, les jours de semaine, surtout. Pour certains spots, c'était on rentre, on essaie, on ressort de suite, à cause de la police. On essayait les tricks pour pouvoir sauter dans le métro suivant, et se sauver juste après l'essai. Pour le skate à l'intérieur des trains, on changeait souvent de métro, pour être plus difficiles à attraper. Mais, on a payé le prix fort. Quelques-uns ont fini menottés. Et je suis toujours sous mandat d'arrestation pour skate dans le métro. Zach Chamberlin m'a aidé pour la partie métro à SF. Il s'est fait coursé une fois aussi, poursuivi jusque dans la rue!

Et là, tu bosses sur quelque chose de nouveau?
Je travailles sur une nouvelle vidéo qui me motive bien. Ça sera très bizarre et super. Et en même temps, je bosse sur différents projets avec  Magenta Skateboards, Iron Claw Skates, The Sleeping Horse, et 561 Skateboarding. Connor Kammerer et moi avons un projet vidéo artistique sur lequel nous voulons travailler ensemble, aussi. Ce devrait être une année bien occupée!

Vous l'aurez compris, nous ne pouvons que vous recommander l'achat immédiat du DVD de Tengu, God of Mischief.

Et c'est par là que ça se passe, si votre skateshop ne l'a pas en stock!

Ne fermez pas les yeux cette fois-ci, et regardons à nouveau la fameuse part sur les toits, toujours en exclusivité sur Live:

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