Meeting... Michael Burnett!

a l'occasion de l'event pop-up House Of Vans paris programmé pour chambarder la capitale francaise ce week-end (à condition d'y avoir accès! tickets à retirer gratuitement ici), michael burnett, principal activiste aux commandes de thrasher et photographe pour "the mag" depuis plus de vingt ans, se voit octroyer une expo rétrospective de sa carrière. en l'honneur de cet évènement (et en bon professionnel américain irréprochablement propre sur lui), il a également trouvé le temps de nous honorer du partage de quelques mots, anecdotes, points de vue et fragments de parcours, mais aussi d'histoire, tous emprunts du même amour pour le skateboard qui l'a mené là où il est, et que live a le plaisir de vous retranscrire ici - parce que la transmission, c'est important. on se voit à l'expo !

LIVE Skateboard Media : Donc, « Full Blast » ("explosion totale" en VF) est le nom de ton expo, retraçant ton travail et ton parcours avec Thrasher au cours des deux dernières décennies. La sélection des images pour cette expo est tout particulièrement incroyable en ce que la juxtaposition de certaines d'entre elles, pourtant prises à des époques différentes, leur insuffle à chacune de toutes nouvelles dimensions de lecture ; bien qu'elles soient nombreuses à être poignantes en tant que photos individuelles, leur nouvelle place au sein d'un contexte temporel si vaste les rend d'autant plus représentatives de la culture skate, avec son histoire. Par exemple, les photos d'Ali Boulala "avant" et "maintenant" constituent un fil conducteur très fort.

A quel point était-ce difficile de regarder en arrière sur vingt ans - vingt années de skateboard, mais aussi d'individus aussi divers qu'incroyables - et de tout compiler en une seule expo ? Ces connexions d'image à image te sont-elles venues à l'esprit consciemment (dans le but d'asseoir, de fait, une "explosion totale" dévastant ton public tant elle est lourde de signification), ou s'agit-il plutôt d'une coïncidence naturelle dûe au fonctionnement intrinsèque de notre culture - à savoir, le fait que les skaters plus passionnés (et les plus persistants) finissent toujours par se croiser, encore et encore ?

Michael Burnett : Voilà comment j'ai mis l'expo en place : en fait, c'était super difficile de regarder en arrière sur toute cette période, et de décider de ce que je voulais en dégager, et en représenter. Ce qui m'a finalement facilité la tâche, en fait, c'était l'aspect technique : jusqu'en 2007, tout a été shooté sur pellicule. Donc, en ce qui concerne la moitié de la période que l'expo retrace, j'ai pu me concentrer sur des clichés que j'avais déjà scanné au préalable, ce qui peut paraître (presque trop) facile de prime abord... Et puis on se rend compte que tout ce matériel déjà scanné a déjà fait l'objet d'une pré-sélection de ma part, afin de sortir dans Thrasher à l'époque, justement. Puisque j'ai déjà fait ce tri en amont, ça n'est pas comme si j'avais considéré les choses au hasard.

"On a tôt fait de passer à côté du caractère fantastique du présent - alors que le même instant peut prendre une nouvelle dimension, des années plus tard"

Et puis, pour être honnête, scanner de la pelloche à tort et à travers, c'est franchement chiant. Du coup, j'ai récupéré tout ce travail déjà scanné, et je l'ai intégré au corpus de photos numériques - les plus récentes, donc, et dont le format est beaucoup plus facilement manipulable dès qu'il est question de rechercher un cliché en particulier, par exemple ; tout est automatisé. Sinon, pour l'argentique, c'est super compliqué : j'ai tout un placard géant rempli de boîtes, de boîtes et d'encore plus de boîtes pleines à craquer de pellicules, c'est vraiment le foutoir [rires], tu pourrais probablement organiser cent expos différentes avec toutes ces ressources, qui seraient probablement toutes aussi intéressantes, en plus. Mais cela signifierait aussi qu'il faudrait replonger dans toutes les boîtes à chaque fois, pour une nouvelle sélection...

 Michael Burnett
Ali Boulala. Ph.: Michael Burnett

Mais il est finalement question d'un mélange : celui de photos que j'aime beaucoup, personnellement, avec d'autres clichés qui sont, eux, plutôt plébiscités par le public... Car je pars du principe que lorsqu'on monte une telle expo, on vise également à satisfaire le besoin de divertissement de son public. N'accorder aucun intérêt à ce qui émeut les gens pour, a contrario, considérer mon seul parti pris comme véhicule de la vérité absolue, ce serait égoïste comme approche et je ne me reconnais pas dans ce trait de personnalité.

J'aime toutes ces photos, mais j'en préfère certaines à d'autres ; et puis, il y en a d'autres encore qui sont vraiment bien car porteuses d'un intérêt particulier, quand elles soulignent la différence entre diverses époques. Certaines sont l'immortalisation de moments particuliers vécus par des gens qui, de nos jours, ne font plus du tout la même chose ; d'autres encore figent dans le temps un courant de mode, une histoire drôle, une étrangeté, un moment qui s'est déjà envolé. Car en fait, on a tôt fait de passer à côté du caractère fantastique du présent - alors que le même instant peut prendre une nouvelle dimension une fois que l'on se repenche dessus, des années plus tard.

J'essaie de laisser transparaître quelques traces de mon expérience personnelle et, si j'étais amené à ce qu'on me demande ce que j'apprécie dans une photo, j'aurais tendance à répondre une action de skate fantastique et excitante, certes, mais pas que ; j'aime aussi les moments qui touchent à l'absurde. J'espère que ça se ressentira dans l'expo ; j'ai visé à ce que ce soit un bon équilibre entre photos de skate cools et clichés rigolos, intelligents (quoique probablement pas), bizarres, ou stupides ; c'est ce que, personnellement, j'aime voir, donc c'est ce que j'ai cherché à présenter.

 Michael Burnett
Jamie Thomas. Ph.: Michael Burnett

LSM : Une autre juxtaposition (qui est peut-être une coïncidence ?) qui m'a fait réfléchir, c'est celle du ollie de Jamie Thomas avec le kickflip de Kyle Walker. Pratiquement vingt ans séparent ces deux actions, pas vrai ?

Je trouve que l'assemblage de ces deux photos témoigne réellement de l'évolution, de la progression mais également de la transmission dans le skate, au fil des deux dernières décennies. En tant que seule et même personne à avoir été présente pour shooter ces deux tricks, la révélation d'à quel point c'est quand même incroyable d'être témoin (et plus encore de documenter) l'évolution d'une même activité au fil d'une période si longue qu'on voit carrément la pratique changer s'est-elle déjà imposée à toi ? Car finalement, de nos jours, tu te retrouves à shooter des mecs qui ont grandi en étudiant des photos immortalisant les pros de la génération précédente, que tu as shooté aussi, et qui ont eux aussi fait la même chose à leur époque... Et là encore, c'était déjà toi qui prenait les photos !

Selon toi, quel degré d'influence et d'héritage en provenance directe d'un Jamie Thomas supporte (qu'il en soit conscient ou non, d'ailleurs) le style d'un skateur moderne comme Kyle Walker ?

Michael Burnett : Oui, c'est vrai que ces deux photos sont séparées par vingt années. Et évidemment, c'est une bénédiction que d'être dans cette position qui est la mienne, c'est fou !

En plus, certes, cela fait vingt ans que je fais ce job de photographe pour Thrasher, mais même avant d'en arriver là, j'avais déjà dix ans de skate dans les jambes [rires], donc c'est fou de revenir en arrière et de me dire que j'ai connu Neil Blender, j'ai vu Neil Blender faire du skate ! A partir de là, tout retracer jusqu'à aujourd'hui, c'est dingue ; j'ai vu le skate de rue naître, et se développer jusqu'à prendre sa forme actuelle. C'est un chouette coup de chance que d'évoluer au sein d'une activité aussi récente que le skate, car dès lors il nous est donné d'en fréquenter les pères fondateurs, et d'assister à la naissance de tout un mouvement.

"Lorsque tu es kid, tu regardes ce qui se fait autour, tu t'adaptes et tu fais pareil [...] sauf qu'avec chaque génération, cette référence évolue"

Parfois je me surprends à repenser au passé et à me demander si c'était bel et bien moi, ce kid dont je me souviens, car j'ai encore chez moi des photos de l'époque, prises quand j'avais quinze ans ! C'est marquant car tu sais comment ça fonctionne, dans la vie : au fur et à mesure que le temps passe, les souvenirs s'éloignent et on en arrive à se demander si on a vraiment vécu quelque chose qui nous est pourtant arrivé - on le sait pertinemment - mais les choses du passé deviennent parfois si vagues qu'on a l'impression de les avoir imaginées, ou vues dans un film.

En ce qui concerne la progression : c'est complètement fou en ce moment, pour ne pas dire incroyable, voire presque terrifiant, en fait. On se retrouve souvent à craindre de devenir insensible au truc tant tout évolue très vite, tout le temps, sauf que concrètement, c'est impossible : on n'en finit pas de se prendre claque sur claque, comme si l'univers tenait à nous rappeller constamment à quel point les gens peuvent être follement talentueux.

 Michael Burnett
Kyle Walker. Ph.: Michael Burnett

C'était dingue d'être autour de gens comme Jamie Thomas. De tels individus ont clairement contribué à former le skate actuel, que les générations actuelles s'en rendent compte ou non - car lorsque tu es kid, tu ne réfléchis pas, tu regardes juste ce qui se fait autour de toi - et que tu assimiles donc comme étant de l'ordre du possible - et naturellement, tu t'adaptes et tu fais pareil ; quand tu regardes autour de toi et que tu vois les gens faire tel ou tel truc, tu te dis "ah OK, donc je peux faire ça moi aussi" - ça paraît juste normal. Sauf que petit à petit, avec chaque nouvelle génération, cette base de référence évolue.

Concernant Kyle Walker, je ne pense qu'on peut moins affirmer une influence ou un héritage direct, que le fait qu'il soit juste né à une période où faire ce genre de trucs est considéré comme possible, voire "normal".

"Ca te donne juste cette image de référence, qui te confirme que ce que tu entreprends est faisable"

C'est le fardeau du pionnier, en somme. A l'époque, quand on a vu - par exemple - Danny Way grinder des handrails ronds pour la première fois, ça avait l'air impossible : "comment fait-il pour ne pas décrocher ?". Techniquement, c'était impensable. Mais une fois que tu as constaté que quelque chose est possible, alors cette manoeuvre devient un acquis, à partir duquel construire et évoluer - surtout quand on se trouve être quelqu'un de la trempe d'un Kyle Walker, ou de n'importe qui de tous ces gars-là.

Parfois c'est bon de marquer une pause et de considérer à quel point tous les pionniers du skate ont littéralement défoncé leur corps en tâtonnant pour faire avancer le truc. Ce sera peut-être le cas de Kyle quand il aura quarante ans d'ailleurs, il sera peut-être tout aussi flingué que Jamie Thomas [rires], mais dorénavant, les nouvelles générations ont une base sur laquelle se reposer, ils peuvent tout apprendre du premier coup, nickel ; alors qu'à l'époque, être skateur pro, c'était plus ou moins être un mannequin de crash-test.

Avant, si tu voulais apprendre à faire flip sur dix marches, tu ne savais pas par où commencer, ou comment t'y prendre, et tu allais clairement faire dix tranchettes de dix façons différentes avant de le rentrer [rires] alors que maintenant que ça a été fait maintes et maintes fois, les jeunes savent comment procéder, parfois avant même d'avoir essayé. Donc c'est clairement une longueur d'avance, sans toutefois que cela signifie que c'est plus facile ; ça te donne juste cette image de référence, qui te confirme que ce que tu entreprends est faisable.

 Michael Burnett
Geoff Rowley. Ph.: Michael Burnett

LSM : Le double hubba lyonnais visible sur le gap to grind de Geoff Rowley est un spot français classique, avec des anciens tels que Jérémie Daclin qui s'y frottaient déjà autour de la même époque.

Mais tous ceux ayant rossé ce spot - au même titre que la plupart des spots dans Sorry et Menikmati - ont clairement ouvert des portes en ce qui concerne le skateboard européen, allant dans le sens d'une certaine mondialisation du skate. En effet, Sorry et Menikmati ont marqué la première fois qu'il a été donné à la plupart des skateurs aux US d'avoir un aperçu des spots "exotiques" dont l'Europe a, pourtant, toujours ruisselé. Conséquemment, pour les Européens, ça a eu comme retombée de rendre possible l'accomplissement d'une carrière depuis le vieux continent, sans pour autant avoir à émigrer aux US parce qu'il était alors devenu possible de filmer sur les spots d'ici, désormais reconnus.

A quel point était-ce excitant de prendre part à ce morceau d'histoire en particulier, de faire ces voyages, et de découvrir tous ces nouveaux endroits, toutes ces nouvelles cultures ? Dans quel contexte as-tu foulé l'Europe pour la première fois, d'ailleurs ? 

Michael Burnett : Oui, ce trip-là n'était pas ma première fois en Europe ; j'étais déjà venu en France avec le team World Industries : Daewon, Enrique Lorenzo, Shiloh Greathouse... C'était en 1998 et, donc, ma première fois sur le vieux continent. Ensuite, je suis revenu avec Blind : Ronnie Creager, Lavar McBride... Tout ça, il s'agissait de trips pour faire des démos. J'ai aussi connu le circuit des contests : on m'envoyait en Europe et j'allais shooter sur tous ces events, je prenais le train, et je dormais chez les gens, par terre.

Mais cette époque de Flip, en 2001, pour le coup, c'était vraiment une page d'histoire qui se tournait pour Thrasher, qui s'est alors vite mis à jour afin de proposer la retranscription d'une vision du skate plus moderne. Tout ça car Geoff Rowley ne jurait que par Thrasher à l'époque : il était fan de l'histoire du magazine, et il a voulu nous aider, en nous faisant partager ce qu'ils faisaient avec Flip. Du coup, en ce qui me concerne, ça m'a permis d'actualiser carrément la façon dont le skate était couvert par le mag jusque lors. Et c'était vraiment fou que d'être dans ce vortex : je n'arrivais pas à croire à quel point ces mecs étaient bons, à l'époque je shootais toujours de la pelloche et j'ai cramé des kilos de film afin d'obtenir toutes ces séquences, mais peu importe car cette époque était vraiment spéciale. Geoff, Arto et Mark étaient trop forts, Bastien aussi.

"Je ne pense pas que tout le monde devrait forcément s'exiler en Californie"

Au cours de mes pérégrinations européennes, à l'époque, forcément, on a croisé Jérémie Daclin ; on était avec French Fred, aussi. A l'époque, je ne réfléchissais pas trop à tout ça, ni même à l'histoire qui était en train de s'écrire sous mes yeux, mais je crois qu'une partie de moi aimait être proche de ces types car moi-même, n'ayant pas grandi en Californie entouré de skateurs pro, je me sentais comme un outsider.

En ce qui concerne la façon que les Européens ont de gérer une éventuelle carrière, je pense que si, dorénavant, ils peuvent y arriver aussi bien, c'est surtout grâce à l'avancée de la technologie (et de l'ouverture des esprits). Jusqu'à il y a encore très peu de temps, c'était toujours nécessaire de partir en Californie - et peut-être l'est-ce toujours - pour le meilleur et pour le pire ; cependant, maintenant, il y a des millions de manières de gérer sa propre carrière afin de vendre des skateboards, donc c'est cool en fait, moi, j'aime bien ! J'ai grandi au Texas et, là-bas, la scène n'avait rien à voir avec ce qui faisait ailleurs - on avait nos propres pros, notre propre circuit, et aujourd'hui encore j'apprécie l'idée que c'est possible de vivre là où se trouvent nos racines, finalement, et de construire quelque chose qui s'en dégage aussi, prenant par là-même la forme dudit environnement. Je pense que cela constitue une expérience enrichissante et je ne pense pas que tout le monde devrait forcément s'exiler en Californie.

 Michael Burnett
Frank Gerwer. Ph.: Michael Burnett

LSM : A la vue du portrait en noir et blanc de Frank Gerwer, je pense que le monde mérite une explication...

Michael Burnett : Alors, c'était l'anniversaire de Frank ; on était en Arizona et on s'est trouvé à se dire, "il faut qu'on achète un cadeau pour Frank !". Donc on est allé à Boot Barn, qui est une boutique de vêtements pour cow-boys, et on lui a acheté cette grosse veste bien lourde, avec des boutons bien voyants, des fermoirs brillants, tout le tralala. Et il faisait hyper chaud, on était à Phoenix qui est en plein milieu du désert, donc il y fait facilement quarante degrés, vraiment super lourd [rires] donc on a commencé à lui couper les manches, puis on a continué et, finalement, ne subsistaient plus que les poches ; c'est tout ce qui a fini par rester de la veste d'anniversaire de Frank.

LSM : Tu as un paquet de photos d'Anthony Van Engelen, toutes d'époques différentes. Sur celle du switch backside nosegrind, on dirait qu'il skate sa planche à l'endroit, plutôt que de popper depuis le nose - tu sais s'il fait toujours ça, s'il ride toujours sa board à l'endroit même en switch ? La bonne grosse question de geek - pardon !

La façon dont AVE présente son personnage a beaucoup changé au fil des années, mais je trouve ça chouette qu'il fasse la même "skate face" (ou grimace...) sur ledit switch nosegrind que sur sa photo de cover Skater Of The Year - le slappy grind rouge - bien des années plus tard. C'était quand, ça d'ailleurs ? J'aime aussi l'idée que, sans les stickers Fucking Awesome, la photo pourrait tout aussi bien passer pour un cliché vieux de dix, voire vingt ans... Intemporel.

Michael Burnett : Tu crois qu'il skate sa board dans le bon sens ? Enfin, dans le mauvais ? Maintenant que tu le dis, j'ai l'impression qu'elle est à l'envers - enfin, à l'endroit - c'est vrai... Peut-être que quand elle est à l'envers alors il la skate à l'envers, je n'en sais rien. Il est vrai que peu de skateurs procèdent ainsi, mais bon, on va dire que c'était une autre époque.

 Michael Burnett
Anthony Van Engelen. Ph.: Michael Burnett

Oui, le slappy grind rouge, c'était sa cover de SOTY, donc avril 2015 si mes souvenirs sont bons. AVE, il est cool ; je l'ai rencontré juste après avoir déménagé en Californie, pour commencer à bosser avec Thrasher. C'était l'amateur de chez 23 Skateboards à l'époque, marque qui était gérée par mes potes, donc j'allais le voir et je le shootais, lui, mais aussi Dill, ou Clyde Singleton...

C'est dans ces conditions que j'ai commencé à le croiser, mais à l'époque, je ne le connaissais pas vraiment, il était ado. Mais maintenant, on se côtoie ; il est super drôle, on dirait un personnage type Han Solo dans Star Wars. Comique, chouette personne, skateur incroyable.

 Michael Burnett
Anthony Van Engelen. Ph.: Michael Burnett

LSM : De quelle année datent les photos de Cardiel ? Des anecdotes à partager ?

Michael Burnett : Elles sont toutes trois de 2003, issues du même trip à Mexico City, on était allé faire l'ouverture d'un skatepark là-bas.

Oui, il est époustouflant, et trouve toute son énergie dans le skate. En pleine démo, des centaines de kids lui couraient après, de spot en spot, en criant son nom... C'est quelqu'un qui transpire skateboard, respire skateboard.

L'espèce de full pipe, là, c'était juste un truc sur le côté de la route - une partie de pilier soutenant une autoroute. On conduisait, il a vu le spot, on s'est garés et il a commencé à skater ça... Je m'estime chanceux d'avoir capturé cette photo.

C'est vraiment quelqu'un qui est né pour skater. Super inspirant.

 Michael Burnett
John Cardiel. Ph.: Michael Burnett

LSM : Je ne sais jamais vraiment, avec Daewon - cette photo date de l'époque Skate More, non ? A quel point est-ce fou de voir Daewon skater en vrai ? Après tout, ce type a plus ou moins inventé le skateboard technique tel qu'il se pratique encore aujourd'hui, à une époque où tout le monde expérimentait encore, et essayait d'en trouver les répères de base, les marques. Cinq ans plus tard, tout le monde essayait de skater comme lui à l'époque, sauf qu'entretemps, il avait déjà progressé et touché à un tout autre type de skate. Répète ce même schéma une demi-douzaine de fois, et tu obtiens sa carrière... L'as-tu beaucoup fréquenté ? A quel point cela t'a-t-il inspiré ?

Michael Burnett : Daewon est franchement incroyable à voir skater en vrai. Il skate plus que n'importe qui d'autre que j'aie jamais rencontré, il doit avoir les pieds sur du grip cinq heures par jour au minimum, tous les jours. On a fait quelques interviews ensemble au fil des ans - on sortait toute la journée, en mission, à aller sur des spots, essayer des tricks et tout le bazar puis, quand on avait fini, il retournait skater du flat tout seul ou avec quelques potes pendant quatre heures...

C'est le meilleur : il apprend toujours de nouveaux trucs, c'est un animal, une bête du skate. Il peut tout faire.

"Quantité de skaters sont en fait en pleine lutte contre quelque chose d'autre"

Ce que j'apprécie chez lui, c'est à quel point il a marqué de sa propre empreinte pratiquement tous les domaines techniques du skate ; il a proposé sa version à lui d'un bon paquet de styles de pratique différents. Le pire dans tout ça, c'est qu'il est loin d'être le skateur parfait, il tombe beaucoup, il se prend des grosses boîtes tout le temps ! Mais oui, il y a eu le Daewon qui fait des tricks de toit en toit, le Daewon qui saute de façon ultra tech sur les tables de pique-nique, le Daewon qui fait des gros airs dans les skateparks en béton, le Daewon qui skate des arbres, le Daewon maniaque de la mini, le Daewon qui fait des wheelings en démontant sa roue en plein milieu... Il ne se fatigue jamais, n'en a jamais marre d'essayer de nouveaux trucs. Super inspirant.

Il est également ultra sarcastique, à un point tel que si tu passes trop de temps autour de lui, tu commences à suspecter qu'en fait, il te déteste [rires] il est très passif-agressif, et second degré, donc même quand il est gentil, tu ne sais jamais vraiment ! Mais je l'aime vraiment beaucoup, j'ai appris à voir au delà de tout ça et à me dire "oui, c'est juste mon pote, comme ça, Daewon".

 Michael Burnett
Daewon Song. Ph.: Michael Burnett

LSM : Enfin, dans des styles complètement différents - mais tout aussi incroyables - on peut voir dans ton expo des photos de prouesses skateboardistiques incroyables, du handrail de Burman au trick de curb de Cory Kennedy sur un ledge, ou encore le ollie de Dickson, le crooks de Figgy... Le tout juxtaposé à des immortalisations de personnages épiques tels qu'Ed Templeton, ou Lance Mountain. Des individus divers, chacun avec son propre parcours, sa propre approche, son propre style.

Déclamer que c'est la combinaison d'un amour profond pour le skateboard et d'une dévotion absolue qui a fini par les amener à tous poser pour toi serait presque trop facile, ceci dit. Au delà de ce dénominateur commun avéré, je serais intéressé d'entendre ton avis (étant donné ton expérience, à côtoyer toutes ces légendes) au sujet de l'origine probable de ladite passion, chez de tels individus. Comment crois-tu que ça se fait qu'on puisse être cassé au point de laisser le skateboard dévorer nos vies comme ça ? Y a-t-il seulement l'ombre d'une raison rationnelle ?

Michael Burnett : J'ai beaucoup pensé à tout ça. Je pense que certains en arrivent à donner autant, et à pousser le skate comme ils le font parce qu'ils ont un genre d'aptitude physique naturelle, qui les conditionne, donc ils y vont à fond ; d'autres font ça depuis qu'ils sont gosses, donc ils ont fini par devenir bons dans le domaine, et c'est grosso modo le truc auquel ils excellent. Et il y en a d'autres, pour qui... En fait, ce qu'il faut surtout retenir, c'est que beaucoup d'entre eux sont complètement fous.

Les gens doivent s'en rendre compte - quantité de ces skateurs sont en fait en pleine lutte contre quelque chose d'autre. C'est comme si, pour trouver chaque nouveau skater incroyable, il fallait fréquenter des gens complètement fous - dans le bon sens du terme, mais c'est comme ça que ça marche quand tu es kid : quand tu es un enfant avec des problèmes, tu trouves souvent le skateboard comme moyen de canaliser tes émotions et ton énergie dans quelque chose d'amusant, qui t'apportera joie, satisfaction et, surtout, occupation.

Donc il y a beaucoup de ça, et aussi le fait que beaucoup sont, par la suite, amenés à réinventer ce qu'ils aiment au sujet du skateboard.

 Michael Burnett
Dane Burman. Ph.: Michael Burnett

Tu peux devenir bon en skate quand tu es ado, oui ; mais, si tu veux continuer, alors, dans la plupart des cas, tu vas devoir réinventer ta propre raison - personnelle - pour laquelle tu skates.

Pour certains, cela va être de gagner un contest en particulier ; pour d'autres, le but va être de gagner plein d'argent ; pour d'autres encore, juste de trainer avec les potes et de développer le côté social. Beaucoup finissent par devenir des athèltes à plein temps, au sens propre du terme - tu les entends alors parler entraînement, yoga, nourriture saine... Ils transforment le skateboard en leur job physique - encore une fois, à plein temps.

Donc, je ne sais pas trop. Je pense que tu n'as pas besoin d'être super fort en skate pour adorer en faire, et à vrai dire je pense même que le fait de devenir bon ou non, c'est en grande partie une question de hasard. Et puis après, il y a aussi ceux qui sont super forts, mais ont un style horrible et des tricks dégoûtants [rires], ce qui va très bien aussi : je ne juge pas le skate des gens en fonction de ça. S'ils sont cool et qu'ils s'amusent, à mes yeux, c'est ce qui doit surtout compter, dans le skate.

"Si ça doit être un boulot, alors c'est un boulot satisfaisant"

En réalité, quand bien même je ne sais pas comment la plupart de ces gens sont devenus si forts en skateboard, je sais que d'une manière générale, beaucoup d'entre eux ont le potentiel d'être talentueux tout court, dans des domaines très variés. Par exemple, Jerry Hsu, tu pouvais t'adresser à lui comme à un adulte alors qu'il n'avait encore que quinze ans - il est très intelligent, très doué, très apte socialement. La plupart de ces gens sont tout bonnement des personnes dynamiques en général - des gens qui rayonnent et, de ce fait, irradient leur entourage. La plupart des skaters les plus rénommés sont du genre à naturellement exceller dans quoique ce soit qu'ils entreprennent ; ils ont juste ce talent, ce magnétisme, ce pouvoir.

 Michael Burnett
Nuge. Ph.: Michael Burnett

Je ne sais pas pourquoi le skateboard envahit la vie des gens, je pense que c'est différent pour chaque personne. Mais idéalement, et dans le meilleur des cas, c'est parce que c'est quelque chose qui t'amène de la satisfaction, et de la joie, et que tu ne laisses pas se transformer en bête boulot. Ou en tout cas, si ça doit être un boulot, alors c'est un boulot satisfaisant.

Merci à tous pour votre intérêt au sujet de mon expo "Full Blast". J'adore toutes ces photos, c'est un privilège que de graviter autour de cet univers, et j'essaie de toutes mes forces de ne pas prendre cette position pour un acquis. J'essaie de trouver de la joie dans les petites choses de la vie. Par exemple, j'adore cette photo de Nuge ayant dessiné son propre visage sur son oreiller dégueulasse. Je l'aime autant que la photo de Leo Romero en beau 5-0 grind sur le rail bleu et sous un ciel de tempête, tu comprends ? Il y a une certaine beauté cinématographique inhérente à tout ça, et qui transparait tout particulièrement bien par le biais de la photo, medium qui t'autorise justement à t'asseoir et à profiter toujours plus pleinement de l'action une fois celle-ci passée. C'est un privilège pour moi que d'être ami avec ces gens et que de vivre l'expérience de cette grande aventure avec eux ; donc, merci, tout le monde !

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Rappel : les tickets gratuits pour l'expo de Michael Burnett, « Full Blast », dans le cadre du pop-up event House of Vans à Paris, ce week-end seulement, c'est ici !

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