"Moonlight" / PREMIERE

le skateboard est tout aussi riche en surprises qu'il ne l'est en entités, scènes, individus - souvent menés par une dévotion si forte qu'ils en débordent, consumés par une passion à exprimer, et partager avec d'autres, par tous les moyens possibles, entre initiés ou non. Et ce, depuis une époque bien antérieure à celle d'internet et des réseaux sociaux ! cependant, subsiste de ladite époque un certain squelette, pesant son poids sur notre bagage culturel : car si, de nos jours, plutôt qu'une réalité géographique arbitraire, c'est l'accès à la technologie qui détermine qui est "vu" ou non, persiste malgré tout la tentation de continuer à regarder dans les directions qui nous sont déjà familières (par exemple, celle de la même part de mike carroll pour la millième fois consécutive). alors que tout ce qui attend (et de pied ferme !) quiconque osant braver l'inconnu n'est que récompense ! celle de la découverte,  de la progression personnelle par le biais de nouvelles perspectives, de nouvelles rencontres, de nouvelles expériences. avez-vous déjà envisagé d'un jour skater au costa rica ? et bien, le filmeur et réalisateur francisco saco et miguel castro, fort de plus de vingt ans passés sur une board, risquent bien d'instiller en vous cette petite bête, avec cet échange reprennant l'histoire de la full-length du costa rica : "CANASTA", mais aussi vous présentant un montage tout neuf, en exclu live : "MOONLIGHT", filmé en quelques jours à l'occasion des pérégrinations des deux comparses sur le sol croate, à l'occasion du vladimir film festival, en septembre dernier. un chouette rappel que le talent ne se borne pas aux frontières du populaire, voire se sublime au contact de l'exotisme !
 
LIVE Skateboard Media : Hello Francisco, hello Miguel ! Pouvez-vous vous présenter à une foule d'anonymes ? A quoi votre parcours dans le skate ressemble-t-il ? Comment avez-vous vu évoluer la scène skate au Costa Rica au fil des ans ?
 
Francisco Saco : La première fois que j'ai croisé un skateboard, j'avais cinq ans et je vivais à Miami en Floride, mon lieu de naissance. Je me souviens de mes cousins - plus âgés - qui avaient insisté pour que je me jète dans des downhills, entre autres manoeuvres effrayantes et risquées qui n'ont, d'ailleurs, pas été sans me marquer à vie, physiquement et mentalement ! Par la suite, en grandissant, je me suis réessayé au skate plusieurs fois, mais le déclic n'a vraiment opéré que lorsque j'avais environ dix-sept ans, pour de bon, cette fois.
 
C'est aussi à cette époque que j'ai commencé à développer un intérêt sérieux pour le cinéma. Puisqu'au vu de ce que je parvenais à faire sur un skateboard, ma place était clairement de l'autre côté de l'objectif, j'ai trouvé une caméra et ainsi a commencé mon long parcours de vidéaste de skate. C'était il y a quinze ans déjà, maintenant.
 
Dans l'arbre : Francisco Saco. Ph.: Miguel Castro
 
Au sujet de la scène du Costa Rica, je ne peux pas trop me prononcer (en ce qui concerne ce qu'elle a pu être, en tout cas) puisqu'avec ma famille (originaire de Cuba), on ne s'y est installé qu'en 1990 et même à ce moment-là, je ne me suis pas intéressé au skate tout de suite - il m'aura fallu bien plus longtemps que ça, puisque quand j'ai fini par tomber dedans, mes anciens amis skateurs étaient eux-même déjà passés à autre chose ! Je dirais qu'à l'époque, mes influences personnelles étaient plutôt Etats-Uniennes, avec Thrasher Magazine et 411VM dès qu'il était question de regarder au-delà des frontières du Costa Rica. Je me souviens être tombé sur une copie de Puzzle #13 à l'époque, et c'est ce qui a constitué ma première exposition au skateboard européen.
 
Après, je crois qu'à l'époque, ici au Costa Rica, tout le monde était à bloc du Chepesent crew, ainsi que de William Conejo et Esteban Quesada, maintenant considérés comme de vraies légendes de notre scène. Ce sont clairement eux qui ont marqué le plus d'esprits...
 
Miguel Castro : Je m'appelle Miguel Castro, j'aime les films, les images, la peinture, j'ai trente-six ans et je vis au Costa Rica depuis tout ce temps !
 
J'ai commencé le skate comme n'importe quel gamin qui cherche un jouet - d'abord autour de huit, neuf ans, mais alors je me contentais de m'asseoir sur la planche pour faire des descentes... Je savais à peine tenir dessus ! Puis vers mes douze ans, j'ai commencé à me demander comment diable je pourrais m'y prendre pour sauter avec... C'était en 1994, et c'est ce moment-là que je considère comme mon vrai début sur une board : mes premiers bébés ollies !

"On construisait nos propres flat-barres, qu'on baladait jusqu'au bout de la ville, pour faire autre chose que du flat"

Progresser, c'était difficile puisqu'aucune information ne circulait, à l'époque ; je me souviens d'avoir appris varial flip en croyant qu'il s'agissait de kickflip [rires]. Après, je me suis fait mes premiers potes de skate, que je n'arrêtais pas d'embêter à les interroger au sujet de noms de tricks, ou de s'ils avaient des magazines que je pourrais emprunter, regarder, puisque les vidéos étaient quasi-introuvables ici. On les recevait avec des années de retard - parfois deux ans, parfois cinq ans ! - et il s'agissait toujours des grosses vidéos US, rien d'alternatif...
 
Plus tard, dans les années 2000, j'ai commencé à bouger à L.A. pour le Damn AM, et j'ai même fait un Tampa AM en 2006 mais d'une manière générale, je me suis toujours cantonné à l'Amérique Centrale, à Panama, au Guatemala, au Nicaragua.
 

Miguel Castro, nollie flip. Ph.: Aymeric Nocus
 
Mes premières influences ? Ni plus ni moins que mes potes ainsi que, de temps en temps, une bonne grosse vidéo type "Welcome To Hell" de Toy Machine, ou encore la première vidéo Zero. A l'américaine ! Alors que la scène du Costa Rica a toujours été très forte, tout en restant underground, mais pleine de skateurs qui déchiraient. Rien qu'avant ma génération, il a dû y en avoir deux ou trois autres, plus âgées. On construisait nos propres flat-barres qu'on baladait ensuite jusqu'au bout de la ville histoire de faire autre chose que du flat. Et quel flat ! Je peux vous assurer qu'ici, on a les pires sols ! Mais à l'époque, je me retrouvais dans le simple fait de skater tout seul, pour moi-même, question inspiration... Je comptais les minutes de chaque dernière heure de cours à l'école !
 

Cliquez pour visionner la full-length made in Costa Rica par Francisco Saco : "CANASTA".
 
LSM : L'an passé, vous avez réussi l'impensable : sortir une full-length intégralement filmée au Costa Rica intitulée "CANASTA". Comment en êtes-vous arrivé là ? Une telle entreprise vous a pris deux ans, et vous a conduit sur les routes de pratiquement toutes les provinces du pays, parait-il ? On peut y voir certain des spots les plus sketchy au monde, sans rire ; et pourtant, tous les skateurs représentés dans la vidéo les dominent, sans concession. Pouvez-vous nous en présenter certains ? Le résultat final est-il représentatif de la scène du Costa Rica ? Et quid de l'esthétique - association d'hi-8 et de bande-son locale, explorant tous les styles, de la musique traditionnelle au punk rock... On dirait presque la version latino d'une vidéo H-Street, par moments ; une approche qui semble plus pointue, plus sincère que celle déployée dans la plupart des derniers montages VHS à la mode, souvent vides de sens...
 
Saco : Avant de me lancer dans le projet "CANASTA", j'étais en train de quitter l'Europe - Berlin, pour être exact, où j'ai vécu pratiquement huit ans - afin de revenir au Costa Rica, pour retrouver ma famille. A Berlin, je m'étais déjà plus ou moins fait un nom en sortant des vidéos de skate en hi-8, anachroniques, brutes ; le tout en utilisant une vieille caméra familiale que mon père avait un jour déterré, afin de me la donner. Certes, la technique rétro est à la mode en ce moment et ce, depuis la fin des années 2000, mais j'ai toujours été sensible à cette esthétique générale - c'est sûrement en rapport avec la couleur, le style qui me renvoie à nos vieux films de famille. C'était à tourner ces archives que servait cette caméra, avant ; et maintenant, je l'utilise pour documenter du skate !
 
Ca a donc trait à une certaine nostalgie personnelle, mais aussi à une volonté (que j'ai toujours maintenu) de cultiver l'amateurisme dans mon travail. En permanence, j'essaie de retenir ce qui me passait par la tête lorsque je me suis mis à la vidéo à l'époque où je n'y connaissais rien, et j'essaie d'incorporer ce qu'il reste de cette innocence à ce que je persiste à produire maintenant. Cette détermination imprègne vraiment le coeur de mon travail.

"Le skate existe au Costa Rica depuis les années soixante-dix, toujours avec son lot de locaux incroyables, pourtant jamais reconnus"

A l'époque - en revenant au Costa Rica, donc - j'essayais plus ou moins de m'éloigner de la vidéo de skate, en fait ; j'essayais de développer mes productions sous un éventail d'autres aspects, et j'étudiais le cinéma, en parallèle. Mais ce milieu, c'est comme une mafia : tu ne peux jamais vraiment tout quitter, il y aura toujours quelqu'un pour te rattraper et te remettre les pieds dedans, tôt ou tard.
 
En l'occurrence, il a été question de deux personnages bien colorés, purs produits de la scène skate du Costa Rica : Isaac "Trona" Valdes et Kevin Mejia. Ils ont été les deux premiers à essayer de me convaincre de me relancer dans un projet skate. Et puis, ça a naturellement fait boule de neige : puisque les deux zozos skatent pour la marque de Miguel, Vagabond, on l'a intégré au projet, lui aussi. Ensuite, le photographe Olman Torres, de Standby Project en a entendu parler, il a vu le potentiel du truc et s'est impliqué de lui-même, en documentant ce qui était en train de se passer... Et puis ça a encore grossi, et grossi. Le Costa Rica est un petit pays : l'information circule vite, tout le monde est au courant de tout ce qui se trame. Du coup, il n'a pas fallu longtemps avant que quantité de skateurs entendent parler de "CANASTA", et finissent par rejoindre le projet !
 

Miguel Castro, backside tailslide à Fazana, en Croatie. Ph.: Taufek Asmarak
 
Me concernant, je n'ai pas réalisé la portée et l'ambition de "CANASTA" avant de me retrouver dedans jusqu'au cou ! Et c'est à ce moment-là que j'ai réalisé que je voulais vraiment faire une vidéo typée Amérique Latine, avec une bande-son constituée exclusivement d'artistes espagnols dont le lyrisme complémenterait autant que possible le style des individus représentés dans la vidéo, ainsi que des endroits et des spots, eux-mêmes si rugueux qu'ils ne peuvent que se distinguer de par leur esthétique à part, de toute façon...
 
C'était également mon intention que de mettre en exergue une scène skate qui me paraissait complètement méconnue, jamais représentée, sur le plan mondial mais également locale, puisqu'on parle peu du Costa Rica au sein de l'Amérique Latine en générale ; le skate existe au Costa Rica depuis la fin des années 1970, toujours avec son lot de skateurs locaux incroyables, pourtant jamais reconnus - ceux-là sont innombrables. Je voulais donc produire quelque chose qui soit au niveau de ce que j'estime être celui de la scène skate locale, mais qui constituerait également un repère en soi, une référence, une représentation du skate au Costa Rica à l'échelle internationale. D'où l'idée d'impliquer également quelques "guests" reconnus dans le monde entier afin de rendre l'ampleur du projet globale au possible. Une ambition qui se retrouve jusque dans le titre de la vidéo : "CANASTA" désigne un jeu de cartes auquel s'adonnent mamans et grand-mamans partout dans le monde, et c'est un mot qui existe en Espagnol mais aussi en Anglais.

"Quelqu'un qui grandit au Costa Rica est capable de skater n'importe quel spot, n'importe où dans le monde"

Une fois cet élan d'ambition donné au projet, le but est devenu de couvrir un maximum de notre territoire, en skatant et exposant autant de spots du Costa Rica que possible. Je suis assez content d'y être finalement assez bien parvenu puisque "CANASTA" témoigne de six des sept provinces qui composent le Costa Rica, ce qui est conséquent ; de plus, la vidéo représente un paquet de skateurs et de styles différents, alors que ce n'était pas forcément gagné car ici, les kids sont quand même bien imprégnés de la mouvance des hammers états-uniens... Evidemment, "CANASTA" se devait d'illustrer cette tendance aussi, mais j'ai essayé d'y intégrer davantage. Du coup, la part de Trona, par exemple, se distingue du reste, à mon sens il s'agit de la section de la vidéo la plus marquante et j'espère qu'elle inspirera les kids locaux à expérimenter davantage avec les possibilités de leur skateboard et surtout, à s'intéresser à de nouvelles cultures par le biais du skate.
 
La vidéo a été filmée sur deux ans et puisque la plupart d'entre nous travaillons la journée, on se donnait à fond les week-ends, surtout. Ici, vivre du skate est à peine concevable ; seulement quelques personnes y sont parvenus et ce, au cours de toute l'histoire du skate au Costa Rica. A mon sens, chaque personne figurant dans la vidéo y a apporté quelque chose de spécial : sa propre touche et, au final, c'est cet assemblage de styles qui a fait de la vidéo finale ce qu'elle est. Je ne saurais l'imaginer sans ne serait-ce qu'un seul des participants qu'on a impliqué dans le projet.

"Qu'on puisse venir jusqu'en Croatie pour l'avant-première mondiale de 'Canasta', c'était tout bonnement impensable"

Et en ce qui concerne l'aspect sketchy des spots, disons simplement que quelqu'un qui grandit en apprenant le skate au Costa Rica finit capable de skater n'importe quel spot, n'importe où dans le monde. Ici, tout est super difficile à skater, et chaque trick doit vraiment être mérité, bataillé. On a rien sans rien.
 

Du Costa Rica à la Croatie. Ph.: Miguel Castro
 
LSM : A l'occasion de cet article, vous sortez un tout nouveau clip : "MOONLIGHT". Dans quelles conditions a-t-il été réalisé ? Le fait de ramener la caméra en Croatie, à l'occasion du Vladimir Film Festival, c'était prémédité ? Ensuite, vous avez rassemblé un crew à l'occasion d'une expédition en partance de Fazana jusque Split, et tout a été filmé en quelques jours, pas vrai ? J'imagine que ça a été plus spontané, comme processus, que le filming de "CANASTA" ?
 
Saco : L'occasion de participer au Vladimir Film Festival était tout simplement un cadeau du ciel. Le fait qu'avec Miguel, on puisse venir jusqu'en Croatie pour l'avant-première mondiale de "CANASTA", c'était tout bonnement impensable, incroyable. ; donc, forcément que j'allais ramener la caméra, de la même manière que ma famille l'emportait pour les vacances chaque année, quand j'étais môme. Je n'étais jamais allé en Croatie jusque lors, je savais que ce voyage allait être quelque chose de spécial et, puisqu'on venait de très loin, il était question de rester au moins trois semaines sur place. J'ai donc contacté deux de mes amis et skateurs incroyables de Berlin : Valeri Rosomako et Konstantin Rutschmann, afin qu'ils nous rejoignent sur place.
 
 
Après, notre attitude a été complètement spontanée et, avec Miguel, on avait hâte de rencontrer de nouveaux amis prêts à nous aider à évoluer sur ce territoire, encore inconnu et tout nouveau pour nous. Et c'est très exactement ce qui a fini par se passer, naturellement. Tous les gens qu'on a pu croiser en Croatie - qu'il s'agisse des locaux comme des visiteurs - ont été incroyablement ouverts avec nous ; on a vraiment été aidés. Le skate au quotidien à Pula et à Fazana, c'était comme une colonie de vacances, avec en permanence ce sentiment de découverte, de nouveauté, d'effervescence !

"Cette faculté du skateboard à rassembler des gens qui, sans cette activité en commun, ne se fréquenteraient pas..."

Vladimir est une occasion brillante de rencontrer et d'échanger avec d'autres skateurs, d'autres scènes, et c'est à justement à cet évènement qu'on a rencontré un crew de skateurs originaires de Split en Croatie, menés par Dino Coce. Split avait l'air si prometteur qu'une fois le festival terminé, Miguel, Vale, Koni et moi avons loué une voiture et y avons mené une petite expédition, toujours en contact avec Dino. Et une fois arrivés sur place, on s'est rendu compte qu'on avait touché le jackpot : météo incroyable, plages à perte de vue, chouette nourriture, bière pas chère, femmes à la beauté époustouflante et évidemment, plein de spots insensés, partout. On y a même recroisé Jim Craven, également présent au Vladimir et qui avait, semblerait-il, eu la même idée que nous ! Merci à Dino et à son crew pour toute l'aide qu'ils nous ont apporté pendant ce séjour.
 
S'il y a une chose qui m'a toujours plu dans le skateboard, c'est sa faculté à rassembler des gens qui, sans cette activité en commun, ne se fréquenteraient pas, n'intéragisseraient pas entre eux. Mais de ce fait, tous ces profils différents s'entrecroisent, et j'essaie toujours de mettre cet aspect social en avant, dans mes vidéos : peu importe son style, n'importe qui peut participer. "MOONLIGHT" est le pur produit d'un trip de skate véritablement vécu comme un bon moment vécu par des potes, anciens et nouveaux. Aucune pression à rentrer tel ou tel trick... Chacun voulait tout simplement skater de nouveaux spots, et documenter ce qui s'y produisait naturellement, sans bloquer sur quoique ce soit. Miguel en particulier en a bien profité : c'est un vrai chien de la rue, il a filmé un trick ou fait une photo sur quasiment tous les spots qu'on a pu skater, et le tout, à l'âge de trente-cinq ans. Yeah, MC !
 

Miguel Castro, wallie à Split, en Croatie. Ph.: Francisco Saco
 
LSM : Miguel, c'était un plaisir de te rencontrer cette année au Vladimir Film Festival en Croatie, donc, à l'occasion duquel vous avez filmé ce clip "MOONLIGHT". Comment décrirais-tu la scène au Costa Rica, présente mais aussi passée ? As-tu été témoin d'une certaine évolution, au fil du temps ?
 
MC : Avant, le skate au Costa Rica, ça n'était que du street : on avait aucun skatepark à l'époque et du coup, la pratique était très différente par rapport à aujourd'hui. Car ces derniers temps, les skateparks poussent comme des champignons ici, bien qu'ils soient pratiquement tous très mauvais, ils ont tous en commun une flat-barre, une pyra ou une mini-rampe. Dans les années quatre-vingt-dix, on aurait tué pour avoir ça ! L'évolution est incroyable, tous les nouveaux kids sont hyper doués, et font des trucs impensables comme si de rien n'était, c'est dingue de voir autant de talent se développer dans un pays si petit, si humble. C'est très particulier. Et puis, le fait que n'importe qui aie accès à une caméra de nos jours change bien la donne, aussi : on peut filmer, mais aussi voir ce qui se passe partout ailleurs dans le monde et du coup, chacun peut choisir ses idoles et son style de skate... C'est comme avoir un menu avec tout !
 
LSM : Tu as quelques sponsors ; à quelle régularité parviens-tu à voyager, et comment la différence avec le Costa Rica se fait-elle sentir lorsque tu skates à l'étranger ?
 
MC : Oui, j'ai beaucoup de chance - j'ai commencé par bosser pour un distributeur de marques de surf et de skate quand j'avais dix-sept ans, et au fil du temps ils m'ont connecté avec des sponsors et depuis, je n'ai fait que skater et repousser mes limites. Un sponsor n'est pas un acquis, il faut se montrer reconnaissant pour ce privilège qu'il t'apporte, bien que sans les miens, je serais très sûrement en train de skater quand même aujourd'hui, je t'avoue... Actuellement, je skate pour Element Costa Rica, Adidas Skateboarding, Roots Trucks, Vagabond, Solowood Wheels, Pizza Pata Heredia, Mercado Negro. Voyager, c'est dur et ça coûte cher mais, grâce à mes sponsors, j'arrive à m'en sortir convenablement, je voyage autant que je peux chaque année quitte à y être de ma poche et, justement, cette année a été, pour moi, l'une des toutes meilleures. Chaque voyage est une occasion de découvrir une nouvelle scène dans un nouveau pays, c'est tellement gratifiant que j'ai l'impression qu'on m'octroie mon Bac à chaque fois que je pars quelque part !

"Le skate m'intègre à une communauté de gens sensibles, intelligents et créatifs, plus que n'importe quel autre milieu que j'aie jamais fréquenté"

Je crois que les sols et les spots défoncés de mon pays d'origine me donnent un avantage car quand je voyage, je suis à l'aise sur tous les nouveaux spots car j'ai dû apprendre le skateboard sur des non-spots de tous types, dans des conditions atroces et ça m'a rendu tout-terrain, du coup. De ce fait, dès que je pars à l'étranger, je suis forcément au paradis des spots parfaits et en plus je découvre de nouveaux langages, de nouvelles personnes. J'essaie d'absorber cette énergie à laquelle je me retrouve exposé, pour grandir et me développer, en tant que skateur mais aussi en tant que personne.
 
LSM : Juste avant l'avant-première de "CANASTA" au Vladimir, tu as donné un discours très émouvant, très sincère au sujet de la chance qu'on a tous de faire partie d'une communauté de passionnés (depuis plus de vingt ans, en ce qui concerne les gens alors présents dans la salle, mais cela s'applique aussi aux plus jeunes). Avais-tu déjà ressenti ce feeling de communauté à ce point, auparavant ? Et à l'idée d'être sur le point de présenter ton pays, ta scène, tes spots au le reste du monde, comment t'es-tu senti ? Lorsque vous filmiez pour "CANASTA", tu t'attendais à ce que la vidéo devienne un tel vecteur de partage culturel ?
 
MC : J'ai rencontré tellement de gens, vécu tellement de choses grâce au skate au fil de mon parcours que je ne devrais plus vraiment être surpris, mais j'ai vraiment ressenti la cohésion de la connection entre les skateurs investis, présents au Vladimir. Là-bas, chacun se respecte et comprend la part de rôle qu'il joue le skate, et ainsi les liens se tissent. Ni une, ni deux qu'illico, je me suis senti intégré à la scène ! Encore heureux qu'il existe encore des passionnés pour organiser de vrais évènements de skate.
 
Pour ce qui est de l'avant-première de "CANASTA" - au début, j'étais très intimidé, j'avais peur, surtout qu'on passait juste après deux vidéos de Zach Chamberlin : celle du trip Push Periodical "Partial World Tour II", et "SF to Japan", son clip pour Northern Co. J'étais très nerveux de jouer dans la cour des grands, et puis finalement, les gens ont acclamé la vidéo et nous ont encensé, Saco et moi. Du coup, après, on était clairement plus à l'aise ! Je me suis senti apprécié pour la personne que je suis vraiment, finalement. Le skate m'intègre à une communauté de gens sensibles, intelligents et créatifs, plus que n'importe quel autre milieu que j'aie jamais fréquenté.
 
 
Mais quand on filmait pour "CANASTA", pas une seule fois je n'aurais imaginé de telles retombées, on était vraiment dans le court terme. On se faisait plaisir, on essayait les uns et les autres de repousser nos limites respectives ; le tout en sachant que Francisco Saco voulait produire quelque chose qui s'inscrive dans la postérité, ce qu'on prenait un peu au sérieux tout en le surnommant "Fran Sax l'historien pour National Geographic" au passage, quand même [rires].
 
LSM : Enfin, quelles leçons, quelles révélations, quelles expériences retenez-vous de cette incartade européenne ? Ca vous a donné envie de revenir, d'en voir, d'en vivre plus encore ?
 
Saco : Et bien, j'ai été rassuré par l'ouverture d'esprit ambiante, le skate est bien plus accepté en Europe (comme à Split, par exemple, où on ne s'est pas fait embrouiller une seule fois) qu'au Costa Rica, où on se fait tout le temps jeter, surtout depuis quelques années. C'était un chouette petit courant d'air frais !
 

Souvenir de Split avec Dino Coce.
 
En ce qui concerne le Vladimir, c'était un évènement très inspirant et Miguel et moi avons essayé d'en rapporter un peu d'essence spirituelle au Costa Rica, c'est le genre d'énergie qu'il est positif d'injecter dans n'importe quelle scène ! C'est quelque chose de fédérateur qui donne envie de rassembler les gens davantage, quand on voit comment Vladimir réunit des passionnés de skate et de création du monde entier pour, au final, célébrer ces aspects positifs de la pratique du skateboard. Au vu de l'état critique du monde actuel, on a jamais assez de ce genre d'élan, de dynamisme constructif dans la vie.
 
On adorerait revenir l'an prochain ; mais réalistement, ça s'annonce compliqué car après tout, ça représente quand même vingt heures, deux vols et un long trip en bus que de se rendre à Pula depuis le Costa Rica. On verra bien !
 
Terminons sur une note concernant la bande-son de "MOONLIGHT" : dès le début, je savais que je voulais utiliser de la musique des Balkans dans le montage. Depuis quelques années, je connais ce groupe qu'est Disciplina Kičme, qu'un pote m'a présenté car il savait que j'aimais bien Lighting Bolt (un groupe US de noise rock) et qu'ils ont un son comparable ; depuis, j'avais toujours voulu utiliser un de leurs morceaux sur du skate. Le morceau de l'intro, c'est quelque chose que j'ai trouvé sur une compilation de new wave yougoslave, qui s'est avéré fonctionner parfaitement. Et puisqu'il n'était pas question de renier nos racines latino-américaines non plus, j'ai voulu intégrer une référence à celles-ci quelque part, par l'intermédiaire de Charly Garcia (le légendaire compositeur et chanteur argentin) et de ce morceau que j'ai entendu par hasard, dans un club à San José... Je me rends compte qu'en fait, l'univers de la nuit et de la fête a toujours énormément influencé mon travail, y compris pour "CANASTA", musicalement mais aussi graphiquement ; j'essaie de ne pas sombrer du côté obscur pour autant, ceci dit. Tout avec modération, les amis !
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