Noah Bunink / interview

Interview: Aymeric Nocus

"On a skaté tous les jours de dix heures du mat' à trois heures du mat' le lendemain..."

 Benjamin Deberdt
 
Cela fait maintenant deux ans que je croise régulièrement Noah, en pleine mission avec les copains de Pop Trading Co., ou alors de passage à Paris pour célébrer son anniversaire en s'ouvrant l'arcade sourcilière sur un legde récalcitrant… Et de son approche toujours inattendue du mobilier urbain environnant à son attitude face au monde qui l'entoure, j'ai très vite fait référence à Noah en tant que "jeune absolu". Mais j'ajouterais que c'est avant tout, un bon jeune… Parole de vieux!
Benjamin Deberdt
 
LiveSkateboardMedia: Bonjour Noah, merci de faire ce truc avec nous !
 
En recherchant ton nom sur le net (un réflexe commun désormais, à une époque où des années entières de vidéo sont disponible en ligne gratuitement), on ne tombe jamais vraiment sur une video part de toi qui soit digne de ce nom ; tu es plutôt du genre à avoir plein de clips éparpillés ici et là dans tout un tas de montages locaux, notamment les edits POP Trading Co. Tu postes aussi du skate sur ton compte Instagram (@trusk8r420), et ceux qui ont vu la vidéo Converse "#Pleasecharge" l'an passé se rappellent sûrement de quelques-unes de tes apparitions dedans, et encore, rien n'est moins sûr vu à quel point les sorties de vidéos s'enchaînent de nos jours...
 
Du coup, en un sens, ce petit montage remix centralisant tes images s'avère plutôt pratique - en tout cas pour les plus anciens d'entre nous, toujours habitués au format classique de full parts. Que penses-tu de tout ça, d'ailleurs? Prêtes-tu attention à qui te filme et à comment tes footages sont finalement utilisés, ou préfères-tu que les choses se passent de façon plus organique - à juste faire du skate dans ton coin, et peu importe si quelqu'un filme ou non?
 
Noah Bunink: C'est une bonne question, je pense que ça dépend vraiment de la situation, et aussi du filmeur. Dans certaines occasions, comme par exemple avec POP Trading Co., on part en trip dans certaines villes et on essaye effectivement de filmer un maximum, afin de produire plein de clips, mais puisqu'on est tous potes, rien ne se ressent comme étant forcé - pas de pression. Et pourtant il s'agit de projets pour lesquels il est vraiment question, en terme d'approche, de "faire le boulot", ce qui ne m'intéresse pas toujours spécialement d'ailleurs, mais avec POP c'est différent, la boîte baigne dans un esprit ultra amical et convivial, du coup c'est naturel de vouloir y contribuer en filmant beaucoup afin de la promouvoir, c'est tout ce qui compte et de fait, cela ne se ressent pas comme une corvée.
 
Mais, d'une manière générale, je préfère juste sortir skater, éventuellement filmer, et après j'attends juste et je vois où - et sous quelle forme - cela finit par sortir.
 
Et puis, je n'ai pas forcément envie de faire partie de n'importe quelle vidéo non plus ; je filme seulement avec des gens dont j'apprécie le travail et lorsque je sais qu'ils vont sortir quelque chose que moi-même, j'aurai envie de regarder. C'est pour ça que lorsque j'ai eu l'occasion de filmer avec Yoan ou Josh, j'étais à fond, car je savais que quoique ce soit que je filme avec eux, ils feront toujours en sorte que ça rende bien.
 
Mais bon, au final, rien de tout cela n'a vraiment d'importance - je veux vraiment juste skater, et si le clip finit sur Thrasher ou quoique ce soit du même acabit et bien c'est cool, sinon, quand bien même cela finit dans un bro-montage sur Vimeo, je suis tout aussi satisfait.
 
 Benjamin Deberdt
 
Backside lipslide. Paris
 
LSM: Tu es plutôt jeune:18 ans, c'est ça?
 
Je suis assez tenté de te poser des questions au sujet de ton histoire avec le skate - qu'est-ce qui t'a conduit à monter sur une board pour la première fois à Amsterdam ? Les gens qui t'ont inspiré, avec qui tu as grandi, les vidéos que tu as regardé au cours de ton évolution... Ton père est de San Francisco, y es-tu déjà allé pour le skate ?

 
Noah: J'ai désormais 19 ans!
 
Concernant mon parcours, et bien, c'est sûrement l'une des histoires les plus nazes de ma vie, mais en fait, en gros, ma soeur faisait du roller quand j'avais à peu près 7 ans. J'ai essayé, mais je n'arrivais même pas à tenir sur ces machins-là, du coup tout ce que je savais faire, c'était courir derrière elle, partout autour du skatepark...
 
Un jour j'ai vu un mec faire du skate, et je lui ai demandé si je pouvais essayer. Ca avait l'air plus facile, du coup j'ai demandé un skateboard pour mon huitième anniversaire, et à partir de ce moment, j'ai complètement lâché mes entraînements de tennis et de judo, pour skater tous les jours à la place.
 
Ma mère faisait du skate avant - elle était vraiment à bloc de l'idée que je fasse du skate, du coup. Elle a même été prof de skate à l'époque, dans un skatepark et tout! Elle a fini par m'emmener sur tous les skateparks et sur les contests de gosses, c'était super cool de sa part d'ailleurs.
 
Quant à mon père, il avait plein de potes skateurs, mais l'un de ses meilleurs amis est décédé au cours d'un accident lors d'un downhill, du coup il m'obligeait à porter le casque. On s'est pas mal fichus de moi pendant un temps, mais j'ai persisté à le porter jusqu'à mes 12 ans (rires). A une époque on me vannait pas mal là-dessus, mais ça s'est un peu calmé depuis...
 
Quand je débutais le skate, je tapais juste "skateboarding" dans la barre YouTube, et il y avait toutes ces vidéos de Todd Falcon qui remontaient tout le temps, donc je regardais ça. Ensuite, j'ai téléchargé "The DC Video" via Limewire, et j'ai plutôt regardé ça en boucle.
 
 Benjamin Deberdt
 
Ollie down, no-comply. Berlin

 
LSM: En ce qui concerne l'évolution de l'approche de la documentation du skate, je trouve ça intéressant comment désormais, beaucoup de gens se prennent moins la tête avec ça, notamment depuis l'apparition des téléphones caméra.
 
On pourrait arguer que dans certains cas, filmer du skate en 2017 est davantage spontané et, du coup, plus proche du rythme réel d'une session de skate. Les nouvelles options sont complètement différentes du format classique, c'est à dire : trouve un mec avec une caméra qui sait plus ou moins s'en servir, rencarde-le quelque part avec son gros sac lourd de matos pas pratique du tout à trimballer, échine-toi à filmer de bons trucs puis attend des années avant que ceux-ci ne sortent - en général montés sur un son que de toute manière, tu trouveras dégueulasse...
 
De plus, tu as des sponsors : POP Trading Co. Cela signifie qu'il y a des gens (et des entreprises, surtout) qui soutiennent ton approche moderne du "coverage", et donc que l'industrie est en train de s'adapter. Malgré cette absence de full part, tu parviens néanmoins à être cité comme l'un des skaters préférés de Sylvain Tognelli par exemple, ou encore de Bence Bàlint du crew Rios à Budapest. Qu'est-ce que tu penses de tout ça? Quelle est l'importance des réseaux sociaux dans le skate de nos jours, selon toi?
 
Car de nos jours, les deux pôles opposés co-existent, entre les mecs qui galèrent à filmer des parts avec une vision hyper rigoriste de ce qu'elle devrait être, et les autres, qui s'en fichent de comment (voire de si) ils sont filmés, et au final tout semble leur tomber tout cuit dans le bec, malgré tout...
 
Vu la candeur inhérente à ta jeunesse, je me disais que ce serait un point intéressant à soulever avec toi.
 
Noah: Oui l'industrie s'adapte, mais elle est bien obligée. Si elle veut persister à faire rentrer de l'argent, elle doit suivre les tendances.
 
Il est toujours question de skate, du coup, j'imagine que ce seront toujours les skaters qui décideront de ce qui marche, en un sens, et l'industrie n'aura qu'à suivre et s'adapter à la demande. En ce qui me concerne, j'apprécie que les gens suivent et soutiennent mon skate - je ne suis pas nécessairement un skateur de haut niveau, donc lorsque les gens apprécient ce que je fais malgré ça, j'apprécie en retour.
 
C'est délicat comme sujet que les réseaux sociaux: ils ont leur propre lot de tant d'avantages et d'inconvénients. Ils sont peut-être devenus trop importants. Au début c'était cool tout ça, tu pouvais partager des conneries que tu aimais bien ou qui te faisaient rire, et les gens par-delà le monde te répondaient lorsqu'ils avaient les mêmes goûts que toi. Maintenant, c'est clairement devenu un outil marketing pour les marques, lorsqu'elles font poster à tous leurs rideurs les mêmes photos, les mêmes pubs, par exemple - on dirait des vendus.
 
Ce que je veux dire, c'est que je comprends pourquoi ils font ça et tout, mais pour moi ça ne sert à rien, je préférerai tellement les voir poster des photos ou des vidéos de façon spontanée, sur lesquelles ils porteraient effectivement les produits, mais de manière tellement plus naturelle qu'en postant de la pub en suivant un agenda pré-déterminé.
 
Il y a des exceptions mais aussi, tellement de posts dans lesquels il est évident que le rider ne se retrouve pas du tout, on lui a juste demandé de balancer le truc…
 
Vu à quel point le skate est gros maintenant, c'est logique qu'il y ait une grande variété de skaters produisant tous leurs vidéos différemment. Je crois qu'universellement, les gens apprécient ceux qui galèrent à sortir des trucs vraiment intéressants. Par exemple, je ne skate pas du tout comme Tiago Lemos, mais j'adore le voir skater ; et c'est un fonctionnement à double sens, je crois.
 
Dans le skate tu peux t'inspirer de n'importe qui ; tu trouveras quelque chose qui retiendra ton attention dans pratiquement chaque vidéo.
 
 Benjamin Deberdt
 
Kickflip. Berlin

 
LSM: Dans le même ordre d'idées, as-tu travaillé sur de nouveaux projets, récemment? Tu filmes pour de nouvelles vidéos, tu voyages? Qu'en est-il du futur proche de Noah Bunink?
 
Noah: En ce moment, ce que j'ai dans le viseur, c'est de terminer les cours [rires]. C'est ma dernière année de cours, là, donc je me concentre surtout là-dessus.

Et après ça, le déluge. Non, franchement, je ne sais pas trop, à part que Peter [de POP, NDLR] a toujours des projets en tête concernant les prochains mois à venir. Par exemple, là, on revient tout juste de Londres avec tout le team, c'était plutôt fou. On a skaté tous les jours de dix heures du mat' à trois heures du mat' le lendemain... On a filmé à fond, et l'atmosphère était au rendez-vous, donc oui, mission accomplie.

Mais bon, en général, j'attends juste d'entendre parler du prochain projet, et puis j'essaie de faire ce que je peux. Je suis toujours chaud de skater, c'est certain.

 
LSM: Comment est-ce que tu t'en sors pour vivre, et pour voyager? En plus du skate, tu fais également du mannequinat, tu as notamment travaillé avec Gosha Rubchinskiy pour un défilé à Paris l'an passé. Comment t'es-tu seulement retrouvé à faire ça, d'ailleurs? Ca fait longtemps que tu baignes là-dedans? As-tu ne serait-ce qu'essayer d'intégrer ce milieu, ou est-ce qu'encore une fois, c'est quelque chose qui s'est mis en branle naturellement?
 
Ca t'aide pour les trips, j'imagine? Tu en profites pour skater lorsque tu voyages pour ce genre de trucs?
 
Noah: Je suis plongeur dans un restau, et c'est ma seule source de revenu, en fait.
 
Le défilé de Gosha, c'était assez marrant, il m'a contacté par DM sur Instagram en me demandant si ça me brancherait de participer. C'était très amusant à faire, et c'était cool de rencontrer tant de gens, mais bon. C'est le seul plan mannequinat que j'aie jamais eu, et malgré tout les gens semblent persister à penser que c'est mon boulot principal [rires].
 
Effectivement, je voudrais bien persister dans ce milieu, car ça paie plutôt bien, mais j'ai toujours eu la flemme de m'inscrire à une agence par exemple... Ceci dit, je vais m'y mettre, bientôt. Et oui, c'est plutôt quelque chose de spontané, et cette expérience a éveillé un tant soit peu mon intérêt quant à l'industrie de la mode.
 
Merci pour l'interview et pour le remix, les gars! C'était cool à faire et maintenant, j'ai enfin une full part!

 
LSM: Merci Noah!
 
Live Skateboard MediaLive Skateboard Media

Patientez pour passer l'annonce...
Fermer