"Salvage Title" / PREMIERE

Pour dénicher cette perle de clip (ainsi que ses auteurs), il nous aura fallu l'aide de pas moins de Brett Nichols - lui-même un excellent vidéaste - et on l'en remercie, étant donné que "Salvage Title" est un potage de sincérité. Le skate se pratique plus convenablement en métropole qu'en petit village - non pas que ceux-ci soient une tare puisqu'au contraire, souvent, les contraintes d'espace qu'ils amènent poussent souvent les locaux à se montrer créatif, afin de ne serait-ce que remarquer les spots se trouvant à leur disposition. Et ça, Wes Allen, Trevor Murphy et leurs filmeurs adorent : bien qu'à proximité immédiate de cette mecque intemporelle du skate qu'est San Francisco (lieu-dit de taille respectable), ils semblent y préférer l'appel des banlieues californiennes et autres bleds oubliés, y organisant régulièrement des expéditions. Le but ? Trouver, puis parvenir à skater un maximum de spots inédits. Aucun recoin ne leur échappera ! LIVE Skateboard Media a donc contacté Wes à propos de choses de la vie telles que perdre une maison dans un incendie, la fouille d'hectares ou les board shorts gigantesques.
 
LIVE Skateboard Media : Peux-tu te présenter à nos lecteurs, et leur raconter ton parcours dans le skate ? D'où viens-tu ? Qui sont les skateurs impliqués dans ce clip, et qu'est-ce que Hustlapreneur ?
 
Wes Allen : Je m'appelle Wes Allen. Ca fait dix-huit ans que je fais du skate et que j'ai le démon d'être obsédé par tout ce qui y a trait.
 
Dans ce clip, "Salvage Title" ("épave" en Français), les skateurs sont mon ami Trevor Murphy et moi-même. La majorité du clip a été filmé par Zac Childers (qui l'a aussi monté, d'ailleurs), et il y a quelques images filmées par Chris Miglio, dont les ambiances avec le projecteur.
 
Le tout a été filmé en Californie du Nord, à une heure de route du nord de San Francisco.
 

Wes. Ph.: Trevor Murphy

Hustlapreneur est un petit projet blague, lancé avec des potes il y a quelques années. En gros, on a pris le nom le plus naze qu'on a trouvé pour une marque de skate potentielle, et le concept, c'était de détourner des lyrics de rap pour en faire des graphiques de board, comme un genre de DGK en plus basique. Finalement, dans la durée, on a fini par vraiment produire quelques boards, et récemment j'ai plaqué l'un de mes boulots afin de pouvoir passer plus de temps à développer le projet.

On a également en tête de développer un concept autour du nom Portmanteau ("mot-valise" en Français). A la base, "Hustlapreneur" est un très mauvais mot-valise, et en comparaison, Portmanteau fait classe, peut-être même trop, ce qui est comique. En tout cas, ça passera sûrement mieux sur un tee-shirt...

LSM : Peux-tu nous décrire à quoi ressemble ta région : Santa Rosa, ainsi que Sonoma County ? Dans votre clip, un peu comme dans la récente vidéo indépendante "Grains" en provenance de l'Illinois, les décors ont l'air plutôt ruraux et les spots, assez confidentiels...

Wes : La ville de Santa Rosa est plutôt grande, avec près de deux-cent mille habitants. Si le coeur t'en dit d'aller filmer dans une cour d'école horrible, là-bas, pas de problème, ils en ont.

"Le sol cagneux, ça aide aussi"

Mais si tu t'éloignes vers l'ouest, vers l'océan, alors il y a plein de petits chemins et de bleds à explorer, regorgeant de spots intéressants ; puis, si tu remontes plus loin encore vers le nord, ou si tu explores l'est, alors tu te retrouves en pleine région viticole, ponctuée de fermes et de vignobles. Là, ça devient franchement rural.

LSM : Qu'est-ce que tu recherches dans un spot de skate ? A quel point galères-tu pour en trouver qui te conviennent ? Trouves-tu quelque chose aux spots de village que les spots de grande ville n'ont pas ?

Wes : Je trouve que l'esthétique d'un spot, c'est aussi important que le trick qu'on y applique. Si tu trouves un obstacle original à skater et qu'en plus, il se trouve y avoir un bâtiment intéressant en arrière-plan, alors tu as tout bon.

Le sol cagneux, ça aide aussi. Je me souviens qu'après être tombé pour la première fois sur des vidéos telles que “Via” de Traffic Skateboards, ou encore “Last of the Mohicans” de Joe Perrin, j'ai commencé à voir les spots autrement, et à choisir les miens en fonction de critères différents.

Ca m'est clairement arrivé plusieurs fois que de conduire en rond pendant des heures à la recherche de spots, ou encore d'en rechercher via Google Earth. Souvent, c'est à force de passer plein de fois devant le même endroit qu'on finit par apercevoir de nouvelles possibilités.

Le dernier clip qu'on a sorti s'appelle “Acrework” ("fouille d'hectares"), on a choisi ce nom à cause de Bobby Puleo qui qualifie sa technique de recherche de spots de "blockwork" ("fouille de quartiers"). Dans cette vidéo-là, on se focalisait sur les spots isolés dans la campagne, justement.

Il y a clairement quelque chose qui me plaît dans l'allure des spots ruraux, mais ce que je préfère, je crois que c'est surtout à quel point ces journées passées à en rechercher peuvent s'avérer remplies. On se trouve à peine à une heure de San Francisco, mais le fait de prendre la bagnole et de se retrouver au milieu d'un million de personnes, c'est beaucoup plus stressant comparé à la campagne, où les décors sont beaux, il y a des rivières et la plupart des gens te fichent la paix.

J'aime bien l'esthétique des spots de banlieue en général, aussi.

LSM : Qui est l'auteur des illustrations qui apparaissent dans le montage du clip ? Pourquoi avoir utilisé un morceau de Jaco Pastorius ? Quelles sont vos inspirations, question vidéos de skate ou images qui bougent en général ?
 
Wes : Ces illustrations sont l'oeuvre de Zac Childers. A l'origine, les images étaient destinées à une full-length sur laquelle travaillait Chris Miglio, mais finalement tout son travail a été perdu. Du coup, Zac a récupéré son footage et s'est réapproprié le montage du clip, en y rajoutant ses illustrations.

"De nos jours, quand on fait une vidéo de skate, on a la chance de pouvoir avoir un retour instantané"

Au fur et à mesure qu'on filmait, Zac exportait régulièrement des versions du montage afin d'avoir autant d'aperçus à jour du produit final, sauf qu'on changeait tout le temps la musique, histoire de tester de nouveaux styles. Finalement, j'en ai suggéré un et on a fini par le garder. J'étais à fond du son du steel-drum à l'époque et constamment à la recherche d'enregistrements de morceaux utilisant cet instrument.

Je suis sûr qu'avec Zac, on pourrait constituer toute une liste de vidéos nous ayant plus ou moins inspirés mais surtout, de nos jours, quand on travaille sur un clip de skate, on a la chance de pouvoir avoir un retour instantané de la part du public, du fait du web et des réseaux sociaux. Dans la plupart des magazines, on peut lire des interviews de pros qui déplorent le fait que les gens ne digèrent plus le skate que par Instagram, maintenant ; sauf que c'est faux, il y a encore un paquet de full-lengths travaillées et incroyables qui continuent de sortir en indépendant, en permanence.


Illustration par Zac Childers.

Par exemple, récemment j'ai beaucoup regardé la vidéo "Steel" par Adam Bos. En fait, si tu es vraiment fan de vidéo de skate, alors c'est sans problème que tu vas explorer le contenu auquel tu es exposé chaque jour, et en retirer ce qui te plaît. Puis, lorsque le moment arrive de réaliser ta propre vidéo, tu vas filtrer toutes ces influences à travers tes propres idées et préférences, puis encore à travers ce que tu es - concrètement - capable de faire, et ainsi, tu vas parvenir à un produit fini. Bon, j'imagine qu'on a digressé, là...

LSM : Qu'est-ce que c'est que cette histoire à propos des incendies que votre région a connu, récemment ? C'est ainsi que la maison de votre filmeur a été détruite et avec elle, tout le travail qu'il avait consacré à sa prochaine full-length, c'est ça ? C'est plutôt atroce...

Wes : Oui, en octobre dernier, il y a eu quelques feux de forêt qui se sont déclarés ça et là dans Sonoma County et ses environs, et qui se sont étendus très vite. Des quartiers entiers ont disparu, dont celui de mes parents : il n y a que la leur qui s'en soit sorti indemne, et celle de leurs voisins. Ca faisait quelques années déjà que notre filmeur Chris Miglio bossait sur sa full-length, il était en train d'en terminer le montage, quand sa maison s'est retrouvée prise au piège des flammes.
 
Il n'a réussi qu'à sauver sa copine, leurs chats, et les vêtements qu'ils portaient tous deux sur eux. Ils ont dû s'enfuir de chez eux en plein milieu de la nuit, en plein milieu des braises qui leur retombaient dessus... Plutôt intense.
 

La full-length de Chris, réduite à l'état de "salvage title" ("épave automobile" en Français).
 
 
Le footage utilisé dans ce clip "Salvage Title" était censé se retrouver dans sa full-length, donc.
 
LSM : C'est brutal... Espérons qu'ils s'en soient remis, depuis. Mais changeons immédiatement de ton : ton nom Instagram, c'est @dc_court_graffik. Dis-nous tout.
 
Wes : Instagram, c'est chouette pour ce qui est de suivre des trucs de skate et autres intérêts personnels, mais je n'ai jamais vraiment réussi à poster des photos de moi-même, là-dessus ; je ne me sens pas à l'aise.

"Souvent, ils portent des board shorts gigantesques"

La chaussure Court Graffik de chez DC Shoes se trouve être le modèle de choix des pires énergumènes recalés à l'école du bon goût, dans notre région mais partout ailleurs également, j'imagine. Cette chaussure attire continuellement le même type de mec un peu paumé...
 
Souvent, ils portent des board shorts gigantesques.
 
Bref, ce compte fonctionne sur la base de gens qui m'envoient des photos de personnes qu'ils croisent dans la rue et qui les ont au pied, puis en général j'y vais d'un coup de Photoshop histoire d'en rajouter. Je reçois un nombre surprenant de contributions.
 
LSM : De futurs projets à annoncer ?
 
Wes : Mon ami Ian est sur le point de sortir une vidéo, qui s'appellera "Rose" ; et puis, peu après, on va sortir un petit clip Hustlapreneur, d'une durée de cinq à dix minutes.
 
Chris vient de racheter une VX et une caméra Super 8 et a déjà recommencé à filmer ; une tâche éprouvante, après avoir autant perdu. On est en train de sortir une nouvelle ligne de boards, aussi.

LSM : Merci pour ton temps, Wes !


Wes. Ph.: Ian Johnson
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