Scene / Tours / vu par Jo Dezecot

Photos: Jo Dezecot (sauf indiqué)

Interview: Benjamin Deberdt

“À l'heure de la HD, on fait de la photocopie: on n'a rien compris!”

Chaque ville, bourg ou village en compte un… Ou alors, devrait. Le genre de gars qui va construire un ledge en bois pour skater son minuscule garage alors qu'il fait moins dix dehors. Le genre de gars qui transformera tout ça en mini super rad le jour où ses parents finiront par craquer. Le genre de gars de gars qui ne vous laisse pas l'option de ne pas venir en road-trip du week-end. Le genre de gars qui sait faire du béton, et la balance des blancs sur une caméra vidéo… Le genre de gars qui ne sait peut-être pas, mais va tout de même essayer. Le genre de gars qui vous fait vous sentir un peu coupable d'être aussi feignant, mais pour la bonne cause. Parce qu'au final, vous allez finir par lui donner un coup de main sur son nouveau projet. Et ça vaudra le coup! Pour les résultats, et pour les souvenirs qui en resteront.
Bref, des Jo Dezecot, il en faudrait partout. Ou peut-être pas… Mais une chose est sûr, c'est qu'à Tours, ils en ont un pas loin! Et c'est sans prix.

 Nico Boutin

Jo, backside 180 melon. photo: Nico Boutin

Toi, personnellement, tu es originaire de Tours?
Ouais, plus précisément de Cléré-les-Pins, dans la campagne, mais en Touraine, oui, au milieu des Châteaux et du bon vin!

C'est là que tu as découvert le skate?
Oui, c'est mon grand frère Greg qui à fait le premier ollie dans notre village. On a suivi avec mon petit frère, et une bonne dizaine de copains. On s'est vite investis: associations, le bowl en béton, les projets vidéos, les photos, on était à fond, tout le temps!

Décris-nous la scène skate de Tours, à cette époque…
La scène skate de l'époque se composait de skateurs de nos ages, pas vraiment de groupes de vieux ou de jeunes. Il y avait Sam Partaix, les frères Boutin, les Dezecot, Alexis Jamet, Louis Sebban et quelques autres. On n'a jamais été très nombreux mais c'était différent. Il y avait le skatepark couvert "Riderland" où l'on se retrouvait l'hiver, et des sessions street tout le temps, à filmer, dès que l'on pouvait. On passait des journées entière à chercher des nouveaux spots même quand il flottait, c'était une obsession.

 Jo Dezecot

Nico Boutin, wallie frontside 180. photo: Jo Dezecot

Comment tu comparerais à aujourd'hui?
Il y a un peu plus de skateurs, je pense, mais les petits se préoccupent plus de la mode et des tricks "in", plutôt que de juste apprendre des tricks comme ça vient, découvrir des spots, et faire des choses bien pour la scène, tous ensemble, main dans la main! Je pense que l'esprit est plus compétitif et qu'il ne se passe pas grand chose. Tout le monde va au skatepark. Nous on s'en foutait pas mal que le skate soit interdit dans la rue, on aller skater et c'est tout, peu importe qu'on rencontre les flics ou pas. Chaque jour était une contribution à un projet en cours,et ça nous motivait! Mais ma vision est peut-être erronée, et je l'espère, car je ne passe plus mon temps dans les rues, ni dans les skatepark. Donc mon jugement est fondé sur des aperçus de la scène que je peux voir, de temps en temps.

Le skate est donc interdit, à Tours?
Oui, il y a un arrêté municipal depuis au moins dix ans, voir plus, qui interdit le simple fait de rouler en skate dans toute la ville de Tours.
Du coup, il y a une amende forfaitaire de 35€, et j'ai pas mal de potes qui se l'ont prise sur le coin du nez, comme ça, sans négociation possible. Moi, jusqu'à présent, j'ai eu de la chance: des sessions à se faire arrêter plusieurs fois par jours, les contrôles d'identité, le nom sur un petit carnet et ça s'arrêtait là… Dans tout le centre ville, il ne faut pas espérer skater un spot bien longtemps, même la nuit. Ils sont partout et des fois c'est à croire qu'ils n'ont que ça à faire, de faire respecter ce foutu arrêté municipal et jouer à la chasse au skateur. L'autre jour encore, j'allais à la pharmacie à coup de skate, j'entends un grand coup de sifflet, et des flics me couraient après! Comme si je venais de griller un feu en bagnole, quoi! Enfin bon, on est motivés, ça n'a jamais tué le street pour autant!

 Jo Dezecot

Flo Boutin, backside smithgrind. photo: Jo Dezecot

Comme pas mal de gens, j'ai "découvert" Tours, avec Skate Pistols et sa vidéo. À quel point c'est important pour une ville d'avoir un "vrai" skateshop?
C'est sûr que ce projet vidéo a fait parler de lui. Avec Greg, on a investi dans une caméra pour ce projet de vidéo du shop, qui sert toujours aujourd'hui pour Parisii et qui a servie pour la Frame by Frame. Encore une fois, on était investis à 100%. Sam à eu le courage, à 18 ans, d'ouvrir un shop avec l'aide de sa mère, et nous, on l'a suivis jusqu'au bout avec toute notre énergie disponible, et c'est ce que l'on fait maintenant pour La Bonne Planchette, on met de l'énergie là-dedans, car ça nous fait plaisir et qu'on est tous des bons copains, et c'est le skateshop qui fait l'image de la scène. Et on est tellement obsédés et narcissiques, que seule notre image nous importe! Le skateshop est aussi le point de ralliement avant les sessions, et ça aussi c'est important, car à Tours on a pas de place en centre-ville où les skateurs peuvent zoner et se retrouver, faut toujours être en mouvement pour mieux duper la police. On fait facilement le lien avec la motivation que Greg met dans le projet Parisii, il continue à faire ce qu'on à toujours fait ensemble, mais sur un terrain de jeu bien plus grand!

 Jo Dezecot

Alexis Jamet, backside nosebluntslide.

Sam Partaix est le skateur venu de Tours le plus connu, au final?
Ouais, Sam était tellement motivé et tellement fort, il à bien mérité son succès! Et grâce à lui, entre autre, pas mal de monde est passé skater dans notre ville, donc on s'est fait plein de copains, plein de connections… Merci, Sam!

Il revient souvent?
Ouais, au moins quatre à cinq fois dans l'année, il a sa famille sur place. Il passe de temps en temps boire des coups et skater, sans penser à rien, je suppose, juste entre potes. Pas de place pour le business quand il est à Tours. Enfin, c'est comme ça que je le ressent, et c'est cool.

Greg me disait que les trois années sans shop avaient été très dures… Dans quel sens?
Ouais, c'était un peu galère: on n'avait aucun point de ralliement avant les sessions. De plus, moi j'ai bougé dans d'autres ville pendant deux ans, Greg à bougé à Paris, Sam est parti visiter le monde, Alexis a bougé dans le Sud… Enfin, bref, ça a fait un peu beaucoup, il ne se passait plus rien. Personne ne filmait, aucun projet pour se booster, tout le monde était plus ou moins en galère pour trouver du matos. Rien qu'un roulement cassé, ça tuait la session ! Et puis Alexis Jamet est revenu à Tours, avec des potes –Julien Bonnet et Maxime Nicolas– pour monter le nouveau shop. Moi, j'étais suis revenu habiter dans le coin un an plus tôt et tout est reparti à fond!

 Jo Dezecot

Anthony Charreau, fs boardslide.

Qu'est-ce que vous a donné l'idée de Dusty, un fanzine papier? Est-ce que c'est un média qui parle aux plus jeunes?
Alors, Dusty est né d'une volonté de créer pour Alexis Jamet, d'avoir un truc cool entre les mains. Moi, au début, je pense que c'était un peu pour faire quelque chose de toute mes photos, ainsi que de continuer un peu à booster la scène d'une manière différente. On était bien complémentaires, et je suis content que ce projet soit né, car ça faisait très longtemps que je voulais faire ça, mais la mise en page ce n'est pas mon truc, alors j'attendais quelqu'un comme Alex! Et je me rend compte que ça fait plaisir aux gamins… On essaie de les faire participer, c'est notre nouvelle manière de dynamiser la scène, et ça le fait bien pour l'instant. À l'heure de la HD, on fait de la photocopie: on n'a rien compris!

Tu râlais sur les jeunes tout à l'heure, en bon vieux, mais quels conseils tu te sentirais de leur donner, autour de cette idée de “Scène”, justement?
Je ne sais pas, comme je le disais, ma vision n'est pas forcément la bonne. Je pense qu'il faut qu'ils continuent de faire ce qu'ils ont envie de faire, sans se forcer. Si la motivation est là, elle les poussera à faire plein de choses cools. À travers Dusty, ou les projets vidéos que l'on peut mettre en place, le message est clair: s'ils trouvent ça cool, ils feront des choses du même genre, ou même beaucoup mieux, je l'espère! Après, je ne vais pas leur jeter la pierre s'ils ne font rien, à l'avenir, pour faire vivre leur scène. C'est peut-être nous qui sommes trop focalisés sur l'image que l'on veut donner de notre ville, car on est frustrés d'être dans une petite ville loin des médias spécialisés. Alors on fait tout par nous-même, sinon on s'enterre! DIY!

Si le message n'est pas assez clair, jetez à nouveau un œil sur le dernier fruit de ce travail collectif, pour Live, et dégottez-vous un exemplaire de Dusty:

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