Takahiro Morita "Freehand" / En 5!

A moins d'être un novice de la scène skate indépendante (ou de LIVE Skateboard Media...), Takahiro Morita ne devrait plus avoir besoin d'être présenté. Le génial auteur de l'Encyclopedia Universalis imagée de la planche à roulettes : la vidéo "Overground Broadcasting" sortie il y a déjà dix ans ayant révélé au monde l'ampleur de la pratique du skate au Japon, Morita est également derrière tout ce qui a trait de près ou de loin à Far East Skate Network ainsi qu'à la marque de vêtements LIBE - et une fois n'est pas coutume, il vient de nous pondre un artéfact hors du commun. Démontrant par la même occasion ses talents de plasticien, sa dernière expo, "Freehand", consiste en un assemblage de rampes de skate et d'invitations à l'imagination. La vidéo parlera plus que nos mots, mais si besoin est, vous pouvez quand même vous contenter des quelques bribes d'information ci-dessous, qu'on a pu extraire d'un Morita peu loquace, juste histoire de laisser planer le mystère !
 
LIVE Skateboard Media : Qui a designé les obstacles de skate et leur disposition dans la salle ? Tu as conçu tout cela aussi ? Quel environnement as-tu cherché à créer ?
 
Takahiro Morita : Oui c'était moi, tout est de moi. Je voulais créer un espace au sein duquel les gens pourraient imaginer du skate.
 
Ce que je voulais mettre en avant avec cette performance, ce sont les lignes que les skateurs dessinent involontairement avec leurs planches. J'ai voulu exprimer la rigueur, la vitesse, les montées et redescentes émotionnelles, et la puissance que l'on ressent en skate en traçant des marques avec le mien. Chaque ligne représente ainsi quelque chose de différent, selon l'émotion que j'ai ressenti sur le moment.
 
Avant d'élaborer "FREEHAND", j'ai commencé par skater la salle d'expo de l'Ichihara Lakeside Museum. Puis, j'ai imaginé comment l'organiser, et j'ai commencé à dessiner tous les obstacles.
 

Ensuite, j'ai dû imaginer comment transformer mon skateboard en pinceau.
 
J'ai choisi d'en faire une brosse car il s'est avéré que c'était ce qui fonctionnait le mieux pour retranscrire les forces et les sensibilités du dessin. Ca n'est qu'un seul objet, mais il consiste en mille poils, ce qui permet d'exprimer des lignes délicates. J'ai fait plusieurs essais, et je me suis rendu compte que le prérequis pour cela était un pinceau assez fourni, et assez long pour pouvoir fonctionner depuis un skateboard.

Pour l'enduit, mon choix s'est porté sur l'encre sumi (une encre traditionnelle utilisée en calligraphie japonaise) car j'avais besoin du matériau le plus fin possible afin de pouvoir faire de longues lignes. Je ne pouvais pas utiliser de peinture qui sèche trop vite et, au fil des tests, l'encre sumi s'est révélée la plus appropriée.
 
LSM : Quel est le sens des boules noires disposées entre les modules ? On dirait des billes d'encre, alors que les modules blancs sont comme une toile que le skate recouvre ensuite.
 
Morita : Aucun sens, à part celui dicté par l'imagination de chacun.
 
La mienne me dicte que ce sont ces boules qui laissent les traces au sol, en bougeant pendant la nuit. Mais je ne l'ébruite pas afin de ne pas imposer cette limite à la pensée des gens.
 
 
LSM : Quand l'idée d'une telle performance t'est-elle venue ?
 
Morita : La première fois que j'ai visité ce musée.
 

LSM :  se trouve le musée Ichihara Lakeside Museum ?
 
Morita : A Chiba, en banlieue.
 

LSM : Pourquoi le nom « FREEHAND » ("main libre")? Qu'est-ce que les lignes - droites ou non - représentent pour toi, et que voulais-tu démontrer ?
 
Morita : "FREEHAND", c'est le fait et la nuance. La liberté et la ligne. Mon skate.
 
Mon style de skate n'a rien à voir avec être bon ou mauvais. Il a tout à voir avec l'expression d'émotions sur un skateboard.
 
D'une manière générale, les lignes que les skateurs tracent - aussi pleines de ressenti soient-elles - sont quelque chose d'invisible. Alors que si on les matérialise avec des lignes dynamiques, les gens peuvent enfin se rendre compte de la vitesse, de l'agression, des montées et redescentes émotionnelles et de la ferveur.
 
Les spectateurs peuvent ainsi imaginer le skate, et cette performance démontre qu'il est possible de faire ressentir le skateboard à autrui de bien plus de façons que l'on tend à penser.
 
"FREEHAND" comme titre, c'est parce que j'étais désireux d'exprimer la liberté dans mon skate ainsi que mes sentiments, mes émotions personnels.
 
Cette expo représente mon esthétique mais également la liberté, la profondeur et les plaisirs du skate.
 
Ce qui ne se retrouve pas en vidéo, ce sont l'échelle, la quantité d'encre sumi répandue dans tout l'espace, et tous les détails de chaque marque que j'ai laissé avec mon skateboard. J'espère intéresser beaucoup de gens à mon travail.
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