UNEMPLOYED / "Avance l'Arrière" / PREMIERE

Les comparses complices d'Unemployed Skate Co., la planque des chômeurs en mal de grip bigaré, se sont récemment offerts une escapade dans un endroit tout aussi coloré : l'Algérie. Une aventure vers un inconnu dans lequel ils se sont jetés à corps perdu (toutefois sous la supervision d'officiels), à la rencontre de spots incongrus mais surtout d'âmes peu préparées à ce genre de courant d'air frais venant du Nord - encore moins à son écho sur roulettes. Partis avec deux caméras cassées, ils sont revenus avec un chouette edit plein de spots inédits, "Avance L'arrière", titre que Brian Bunting (d'Unemployed) vous explique tout de suite plus bas, entre autres, puisqu'il n'a pas échappé à notre tranchant interrogatoire, en cinq !
 
LIVE Skateboard Media : Pourquoi un trip de skate Unemployed en Algérie, comment l’idée vous est-elle venue ?
 
Brian Bunting : A la base, on s'est fait inviter (en forçant un peu) par BSM, qui est une association de skate à Marseille - à la Friche, plus précisément. Ils ont monté un projet de soutien au développement du skate en Algérie. C'est la deuxième fois qu'ils partent.
 
Le truc, c'est que si tu n'est pas Algérien, très peu de visas sont délivrés pour aller dans le pays, à part des visas de groupe à titre « sportif / culturel ». On s'est dit que c'était juste trop beau de laisser passer l'occasion d'y aller en groupe avec un genre d'autorisation gouvernementale [rires]. Aucune obligation de démo ou autre, et le terrain est vierge, on va dire - peu de monde y est allé pour skater.
 

Dario Ben Tahar, wallride nollie. Ph. : Brian Bunting
 
On était chauds de voir s'il y avait du spot là-bas, et comment était le pays.
 
Du coup nous voilà, chacun dans nos ambassades respectives à essayer d'obtenir le précieux sésame, d'un manière ou d'une autre. Last minute as always, surtout pour Etienne à Nice, et Adel, qui a failli louper l'embarquement... 
 
LSM : Qui s’est retrouvé entraîné dans l’aventure ? Vous étiez une bonne vingtaine, c’est ça ? Aviez-vous déjà des connexions sur place ? 
 
Brian : Je te donne la répartition des chambres dans l'auberge qui est un ancien commissariat (bonne ambiance) : 
 
Bsm : Adel, Thomas, Guillaume, Clément. Les vieux ensemble. 
 
Les cafards : Maël, Armand et Dario, qui sont les trois minots de Marseille qui sont venus avec nous. C'était super cool de les avoir, ils ont bien animé le trip, ça, c'est sûr. Quatorze, quinze ans... 
 
Unemployed : Matisse, Etienne, Pierre, Brian.
 

Matisse Banc, hardflip. Ph. : Brian Bunting
 
Ouais, donc, onze personnes depuis Marseille. Il y avait aussi Tonton Kacem avec nous, un Franco-Algérien. C'est un peu grâce à lui que tout a été possible. LEGEND.
 
Les connexions étaient déjà un peu faites via BSM et leur premier trip en Algérie. Il y avait toujours des locaux avec nous ; soit à l'auberge, soit sur le spot. C'était cool. On avait ramené pas mal de matériel à donner, l'importation étant super compliqué et le matos se défonçant super rapidement là-bas. 
 
LSM : êtes vous allés, et sur combien de temps ? A quel point étiez-vous organisés ? Avez-vous beaucoup improvisé ? 
 
Brian : On est parti genre huit jours complets. C'était organisé, voire trop. Mais pas par nous.
 

Thomas Walks, rock to fakie. Ph. : Brian Bunting
 
Chauffeurs, cuisiniers, logements, horaires... On devait prévenir tout le monde à l'avance de tout, tout le temps. En gros, on avait des responsables avec nous, chargés de nous superviser afin qu'on ne fasse pas trop de la merde.
 
Perdu. Les gars achètent une plaquette et des packs de bière en arrivant.
 
Du coup, en semi-suée pendant tout le trip. Stickers sous le lit pour cacher les preuves.
 
On était logés dans un ancien commissariat dans la banlieue d'Alger, à Rouiba. Dès que l'on est arrivés dans l'auberge, j'ai senti que ça allait partir en couille à un moment donné.
 

"Un gars qui faisait du monocycle et du parapente n'était plus là,
et le trip a pu se dérouler dans de meilleures conditions"

 
Bref, au début on joue le jeu, on se fait trimballer par les zguegs du gouvernement en étant cool vu que là-bas, si tu fais trop chier, c'est prison direct [rires], le temps qu'on tâte le terrain...
 
Une des phrases mythiques du trip, parmi tant d'autres, c'est « nous, on veut pas de problèmes », venant de l'un des officiels. On a vite capté qu'il ne comprenait pas trop ce qu'on faisait là.
 

Artwork : Brian Bunting et Pierre Pauselli, livre d'artiste en édition limitée disponible via Unemployed !
 
Long story short, le trip a failli finir au bout de trois jours parce Brian a envoyé chier l'un des officiels. Un gars qui faisait du monocycle et du parapente, bref - le lendemain il n'était plus là, et le trip a pu se dérouler dans de meilleures conditions.
 
Les autres étaient cools, nous laissant faire ce qu'il est possible de faire dans un état, on peut le dire, totalitaire. 
 

Etienne Gros, ollie. Ph. : Brian Bunting
 
LSM : Quand vous skatiez, l'atmosphère était-elle aussi tendue ? Comment la population réagissait-elle, en général ? A l’inverse, y a t-il eu un moment positif sur le trip qui demeure particulièrement mémorable ? 
 
Brian : Pas vraiment d'embrouilles, mise à part celle de Brian. Les gens sont plutôt accueillants, et ont de bonnes intentions.
 
Vu le peu de touristes dans le pays, on était vite repérés. Demandes en mariage et autres histoires de marins pêcheurs nous racontant toutes les femmes de joie qu'ils ont rencontré à Marseille durant leur jeunesse.
 

"Camus a écrit plusieurs textes sur le coin, il fait en gros l'éloge du spot"

 
Ah si, on a failli louper un transport parce que Thomas, Guillaume et Brian ont trouvé une sorte de bar clandestin algérien. On les a perdu, et ils sont revenus après avoir bu comme des trous - une sorte d'apéro marathon au whisky et à la bière.
 
On a failli louper la navette, ils sont arrivés à la dernière seconde, puant l'alcool. Tout cela, juste à côté des locaux qui devaient halluciner que des gars soient saoûls dans la rue, et même pas Algériens.
 
A leur arrivée, gueulante de la part d'Adel expliquant que ça ne se faisait pas de laisser les gosses et partir comme ça, en scred'... En vrai, il était surtout envieux de cette délicate amertume que le whisky peut laisser en bouche. Il nous fallait bien ça pour supporter la situation, de temps à autre.
 
 
Pour les locaux, le skate, c'est un truc exotique. Il y a une communauté algérienne de skateurs, mais beaucoup moindre que celle au Maroc, par exemple. C'est beaucoup moins développé, on va dire, du fait que le pays est un peu fermé sur lui-même. Quand tu vas skater en ville, du coup, il y a souvent un attroupement autour de toi. Tu arrives sur le spot - il n y a personne, et quinze minutes après c'est la foule, surtout dans le centre.
 
Mis à part les bâtiments officiels ou militaires, on a pu skater tout ce qu'on a vu. D'ailleurs, Matisse a cassé une marche toute neuve sur la grande place d'Alger et les passants ne lui ont rien dit. Inch'allah, c'est pas toi.
 
Pierre qui se fait pourchasser par un bouc dans les petites rues d'Alger. Ca compte ?
 

"Toujours aller en avant, mais même en arrière"

 
On a aussi fait une journée off à Tipaza (je vous laisse Googler le truc) [rires]. C'est l'une des premières « villes » d'Afrique. Trop fou. Le Pompéï d'Algérie. Bref, ce jour-là, on est descendus au port du village pour se faire un restaurant de poisson. On va au « Albert Camus I », d'après les conseils d'un local. Camus a écrit plusieurs textes sur le coin, il fait en gros l'éloge du spot. Mérou et autres poissons frais à la carte du restau. On s'est fait la totale, avec une chicha en énorme chill juste avant que Matisse ne fasse le ollie sur la digue. Tout le monde à apprécié ce moment, c'était un peu l'apogée du trip. 
 

Matisse Banc, ollie. Ph. : Brian Bunting
 
LSM : Quel enrichissement humain personnel as-tu retiré de cette expérience, et y a-t-il quelques mots supplémentaires que tu souhaiterais exprimer ?
 
Brian : On était à Bab El Oued ! Rien que ça, déjà [rires]. 
 
La rencontre avec les jeunes de là-bas, c'était vraiment un des meilleurs aspects du trip. L'Algérie est un pays super jeune et, aujourd'hui, cette population-là a les réseaux sociaux. Ils rêvent d'ailleurs, et d'autres choses pour l'avenir de leur pays. Même si c'est presque rien, on a peut-être aidé certains d'entre eux, qui ne sont jamais sortis de leur pays, à envisager une pratique subversive telle que le skate. Ou pas [rires]. Surtout qu'ils regorgent de motivation.
 
 
De manière plus générale, l'Algérie donne matière à réflexion. Son histoire avec la France, sans rentrer dans les détails ; ce qu'on y a vu, aussi. Un monument sur deux s’appelle « aux martyrs... », ou autre. 
 
Je pense que chacun a pu retirer personnellement de bonnes choses de ce trip, sur le plan humain ou sur le plan des clopes (onze euros la cartouche), ainsi que sur le fait d'y réfléchir à deux fois avant de partir dans un état fermé tel que l'Algérie. 
 
Ah ouais ! On a appelé la vidéo "Avance l'Arrière" parce qu'il n'existe pas vraiment de traduction pour le mot « reculer » ; la traduction littérale de l'Arabe, c'est "avancer" mais l'arrière, au lieu d'avoir un mot spécifique pour le fait de reculer. Ca va, je ne vous ai pas perdu ?... Ca nous a bien fait poiler sur le coup, et après reflexion ça collait bien au trip, et à l'expérience vécue. Toujours aller en avant, mais même en arrière. Fakie, quoi ?
 
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