Breathless / 2ème partie

Interview : Benjamin Deberdt
Photos : Arthur Bourdaud (sauf indiqué)

Breathless, vidéo indépendante tout juste sortie en DVD, brise tous les clichés du DIY, tels qu’ils ont peu se développer depuis ces deux dernières années où faire du béton est devenu « in »… Issue d’une ville naturellement dotée en spots, basée sur le skate et le travail manuel de jeunes plutôt imberbes, cette vidéo est un bol d’air frais, et aussi la fin d’un mythe : béton ne rime pas forcément avec vieux con !
Arthur Bourdaud, le réalisateur, et ses amis ne se sont sûrement pas posé ce genre de questions, ils ont juste fait leur truc, et c’est ce qui est le plus à saluer, au final…

Présente-toi rapidement, pour commencer…
Alors, je m’appelle Arthur, j’ai 20 ans, et cela fait six, sept ans que je fais du skate. Et là, je viens de finir la deuxième année de mon école de cinéma qui s’appelle CinéCréatis, à Nantes.

Question de base : filmer, ça t’est venu comment ?
J’ai commencé à filmer mes potes, mais pas du skate à la base, on filmait des conneries. Et puis, on s’est plus ou moins tous mis au skate. Du coup, j’ai commencé à filmer du skate à ce moment-là, réellement. J’ai commencé à me dire que j’aimerais faire ça plus tard, peut-être pas dans le skate, mais être dans l’audio-visuel, donc c’est comme ça que je suis arrivé à faire cette école.

Breathless, c’est ton premier gros projet ?
Carrément. En fait, je n’ai jamais trop posté de montages, j’ai toujours un peu gardé les gros tricks dans l’idée de faire une grosse vidéo, depuis que j’ai acheté ma première caméra, il y a genre quatre ans.

Le casting paraît super jeune…
Jean a 19 ans, Jo en a 25… Maxime a 25 ans, Armand a 17 ans, Charles a 18 ans, Mihiel 18 ou 19 ans, et Edouard, 22. Oui, c’est jeune ! C’est Guillaume Périmony qui me disait qu’il y avait trop de jeunes ! [Rires] C’est comme ça, à Nantes, c’est une nouvelle génération !

Je trouve ça intéressant que sur toutes les images de construction de spots, on ne voie que des jeunes…
Oui, il ne doit y avoir aucun mec de trente ans dans la vidéo, à part Pontus…

Nantes a toujours été connu comme une ville plutôt street, avec pas mal de spots naturels, plus l’un des premiers streetparks en France, donc comment vous en êtes venus au DIY ?
En fait, la vidéo devait être une vidéo de street nantaise, mais j’ai commencé à rencontrer des Tourangeaux, et quand Jo Dezecot est rentré chez Playart, on est allé passer un week-end chez lui, et je suis un peu tombé amoureux de lui, on va dire [rires] et de tout ce qu’il fait. En parallèle, des spots DIY ont commencé à pousser à Nantes, et la nouvelle vidéo de Pontus est sortie à cette époque. Je me suis dit que ce serait un super truc pour la vidéo, donc je suis parti dans ce tourbillon, et toute la partie DIY s’est faite la dernière année.

Tous ces spots ont été construits depuis un an ?
Oui, sauf Cléré-lesPins, qui doit avoir trois ans, déjà. C’était le déclic d’y aller, et de rencontrer Jo. Ce qui nous a motivé pour notre spot, et celui sous le pont.

Comment vous avez cherché et trouvé vos emplacements ?
Celui sous le pont a une histoire assez vieille, au final. Des mecs avaient trouvé l’endroit et avaient foutu des modules en bois, il y a quelques années. Deux ans après, les premiers trucs en béton sont apparus, mais ce n’était pas très abouti. Les courbes n’étaient pas des courbes et le béton n’était pas propre, et donc ça a été un peu abandonné pendant deux ans de plus, avant que les mêmes mecs reprennent le chantier pour l’améliorer. Du coup, ça s’est étendu à plus de skateurs de Nantes notamment, alors qu’à la base, c’était des gars de Carquefou, juste à côté. On ne va pas dire où c’est, exactement, d’ailleurs !
Et l’autre spot, c’est chez un pote. Je suis d’origine de la campagne, entre Nantes et Rennes, et un de mes potes avait déjà construit une mini en béton, avec son père et son petit frère, dans son jardin, vu qu’il a un terrain assez grand, et qu’il est vraiment tranquille là-bas. Il avait encore de la place, derrière, donc on s’est motivé ensemble à construire un truc plus grand, entre la fin d’un été, où l’on a dessiné ce que l’on voulait faire et construit les squelettes, et l’été d’après, où l’on a tout construit. On n’était pas beaucoup, trois, quatre…

D’ailleurs, c’est quoi le ratio entre le nombre gars qui construisent et ceux qui skatent ?
Vu que les spots sont assez loins et perdus, à chaque fois, les sessions sont assez organisées, juste pour y aller, donc c’est souvent assez proportionnel. Sauf peut-être sous le pont… À Nantes, on ne va pas se mentir, il y a toujours des mecs qui ne vont pas construire, et juste skater.

Comme partout ! [Rires]
Parce que des gars n’ont pas forcément le temps, ou l’envie, et puis, Nantes voit beaucoup plus de passage, par rapport à Cléré où il faut aller chez Jo, ou l’autre spot chez mon pote.

Édouard Fontaine, frontside feeble. photo: Nicolas Boutin

Niveau matériel, comment vous faites ?
Sur les trois spots, il existe trois systèmes différents… Cléré, en gros, il y a beaucoup de choses qui sont tombées du camion… [Rires] Par contre, je sais que, maintenant, Converse aide pour acheter du béton. Pour le spot sous le pont, aussi. La mairie de Cléré, bizarrement, aide Jo, maintenant, parce que c’est un peu devenu le skatepark non-officiel, sans investissement de leur part. Ça les arrange bien, donc ils ont filé un peu de sous à Jo pour réparer et nettoyer certaines choses, que ce soit moins dangereux. Vu que c’est à la campagne, ils peuvent se permettre plus de choses, sans que ce ne soit forcément problématique. Pour Nantes, au début, il y a eu beaucoup de dons. Je sais que quelqu’un a donné une bétonnière, par exemple. Au début, c’était de l’autofinancement. Du coup, on a fait une première soirée, avec une tombola, qui a hyper bien marché, et ils ont récupéré plein d’argent et pu investir. Je dis « ils » parce que je suis moins investi dans ce projet-là, donc je ne veux pas me l’approprier. Du coup, ils ont pu acheter un groupe électrogène, des outils, des parpaings. Pour l’avant-première à Nantes, on a refait une tombola, et puis avec l’aide Converse, maintenant, ça va pouvoir évoluer. Pour le dernier park, on a tout piqué, aussi ! On n’a rien acheté du tout [Rires], sauf les margelles… On s’est mis à trois, enfin cinq, même les parents ont participé !

Au final, la vidéo me donne l’impression que ce sont plutôt les spots, les héros…
Je ne dirais pas que ce sont les spots, les héros, mais le groupe… Je ne voulais pas donner la dernière part à quelqu’un en particulier, déjà parce que personne ne sort énormément du lot. J’aime la scène, en général, et je ne voulais pas favoriser quelqu’un qui aurait pris la grosse tête. C’est le groupe qui mérite, et une seule personne n’y arriverait pas toute seule, donc voilà… Du coup, une part DIY, c’est encore plus l’esprit de groupe qui compte, et c’est pour ça que je voulais finir sur une part collective.

Vu le côté super local du projet, comment vous avez récupéré des images de Pontus, d’ailleurs ?
Je lui ai envoyé le trailer, et il a trouvé ça cool. Il m’a demandé s’il pouvait avoir des tricks dans la vidéo ! J’ai dit « bien sûr », bien évidemment… Ensuite, j’avais croisé des gens que je n’avais pas eus le temps de filmer, donc la part « friends » compte beaucoup d’images de récup’…

Maintenant que la vidéo est sortie, quels sont vos projets, à toi et au groupe ?
Déjà, avancer dans les DIY. Ça va être un été de construction, c’est sûr. Refaire une vidéo ou autre chose, je ne sais pas. Je t’avoue qu’après avoir galéré par rapport à des sponsors, l’argent, ça ne te donne pas toujours envie de refaire un gros truc. Peut-être plus trouver des concepts pour des petites productions…

Et niveau spots, vous voulez attaquer de nouveau emplacements, ou améliorer ceux-là ?
Non, plus améliorer les spots. On a de la place et des idées !

Le DVD est désormais disponible en ligne ici,
et aussi dans les skateshops suivants :
Click skatestore (Nantes), Playart Select store (Nantes), Rideall (Nantes), À la Bonne Planchette (Tours) et Crime LR (La Rochelle).
Supportez vos commerces de proximité !

Un premier montage exclusif pour Live Skateboard Media est visible ici, et voici le second à la gloire du spot The Low Holly :

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