Dialogue: Scott Bourne & David Couliau

Photos et interview: Benjamin Deberdt

Demain, nous vous présenterons, en exclusivité, un nouveau projet Hors Format, dans une veine plus documentaire que d’habitude… Une première pour nous, il nous fallait donc trouver le bon sujet ! Mission accomplie ? C’est vous qui nous le direz, mais lorsque nous avons appris que David Couliau filmait un documentaire sur Scott Bourne, l’écrivain, cela nous a paru une évidence.
Vous n’êtes peut-être pas familier avec l’un ou l’autre, ou trouvez peut-être que les deux font un couple étrangement assorti, voici donc une petite introduction à Notes From The Black Box qui devrait éclairer votre lanterne. Et prouver, une fois de plus, que la planche à roulettes –étrangement– est un très bon outil de mixité sociale…

Quel est votre premier souvenir de l’autre?
Scott : Mince, bonne question. Je suis quasiment sûr que la première que nous nous sommes croisé, c’était à San Francisco… Dans le quartier où se déroule le roman, d’ailleurs. Ça devait être la fin des années 90. SF était vraiment la ville du skate, à ce moment-là. Les gens venaient du monde entier et je suis presque certains que c’est là que David et moi nous sommes rencontrés.
David : Pour moi, c’est avec la vidéo Consolidated Kings of Promotion, en 1997. Je ne lisais pas souvent de magazines américains parce qu’ils étaient difficiles à trouver dans ma ville, à part Thrasher et Transworld, sauf si tu t’abonnais. Mais je regardais beaucoup de vidéos, tout ce que je pouvais trouver en VHS, à l’époque –la VHS aura duré très longtemps dans le skate ! Et je m’en souviens parce que, niveau musique, j’étais au pic de ma décennie Hip Hop, et c’est cette part qui m’a fait découvrir Johnny Cash, avec le morceau “Highwayman”. Gros contraste, donc, mais les paroles étaient incroyables!

vous êtes vous rencontrés, finalement?
Scott : J’ai envie de dire dans la rue devant ce café sur Fillmore, peut-être avec Karine ou Stava Leung, mais c’était peut-être dans ma rue, Webster, avec une bande de skateurs. C’est vague, David réapparaissait de temps en temps, mais ça aura pris un peu de temps avant que l’on se connaisse vraiment ou que l’on skate ensemble. Je sais que l’on s’est croisé en France plusieurs fois, aussi, peut-être à Marseille, en premier?
David : J’ai brièvement rencontré Scott lors de mon premier trip à San Francisco, en 2002. Je squattais la Howard House, avec Soy Panday, et Inken, une Allemande qui vivait là et était la connexion que tu nous avais donnée, Benjamin, pour trouver un endroit où dormir à SF. Elle nous a présenté à Scott, un soir, alors qu’on le retrouvait chez lui, sur Webster Street, pour aller à un vernissage sur Haight Street, au RedFive, si je me rappelle bien. Mais, on s’est recroisé une seconde fois, vers 2004, via toi, Benjamin, à Paris, je crois, alors que j’étais chez Carhartt, et juste avant que je ne commence à bosser sur le projet vidéo SPEKTRA. Scott avait rejoint le team lorsqu’il s’est installé en France, donc nous sommes devenus “teamates” et naturellement, on est parti en tournées ensemble et sur divers événements.

Quand l’idée du documentaire est elle arrivée?
Scott : On en parle depuis un bout de temps, maintenant. L’idée était de l’axer autour de différents points de ma vie, mais au final, la publication du roman nous a poussé à s’y mettre, et à le centrer sur cet aspect de ma vie, ainsi que mon déménagement à Paris.
David : Nous parlions de shooter quelque chose ensemble depuis un bout de temps, quelque chose sur pellicule, quelque chose d’authentique qui correspondrait à notre vision du monde, mais pas forcément sous cette forme. Puis la question de promouvoir le livre de Scott s’est posée, alors que sa sortie s’en rapprochait. Scott s’est vu offrir de participer au numéro anniversaire des vingt ans de SLAP magazine, en tant qu’ancien contributeur avec sa rubrique Black Box, et c’est devenu l’occasion de lancer le projet, et d’essayer de tout synchroniser. Donc, l’été dernier, nous avons trouvé le temps de filmer l’interview chez lui, à Paris. J’ai ramené un stagiaire pour les seconds angles, un ingénieur du son avec son micro perche, et nous avons discuté pendant une heure et demie de l’écriture, et de plein d’autres choses aussi.

Pourquoi travailler avec l’autre?
Scott : David est juste excellent dans ce qu’il fait. Beaucoup de gars arrivent aux bonnes images, ou à tirer les bons mots, mais ils sont rares à savoir monter le tout. David sait tout faire, et quoi en faire après. Après qu’il ait créé ma part pour la vidéo Carhartt, nous avons commencé à discuter de faire plus.
David : J’avais déjà shooté quelques projets Carhartt avec Scott, mais plus spécifiquement, sa part pour la vidéo SPEKTRA qui était sortie en Février 2009. Je l’avais entièrement shootée en Super8 et 16mm, moitié interview, moitié skate, et Scott y parlait déjà de l’écriture, parce qu’il était en plein dans le processus de création de A Room With No Windows. Scott avait aimé ce que j’avais fait, et je crois qu’on s’était bien entendu sur plein de sujets, donc on s’était bien amusé à bosser ensemble. Si tu regardes bien, niveau du skate, nous avons des approches très différentes dans notre façon de rider, mais nos visions du truc, et ce que cela veut dire pour nous, sont assez proches, je crois. Je respecte vraiment son engagement dans son skate, mais aussi dans tout ce qu’il fait dans la vie, en général. Scott est aussi vrai que l’on puisse l’être, il amène toujours tellement de sincérité et de passion dans ce qu’il fait, et qui il est, tellement de sensibilité aussi, donc je ne peux qu’être aussi passionné lorsque nous discutons ou passons du temps ensemble. J’ai toujours été fasciné par les gens qui ont des choix de vie aussi forts et rares. Généralement, ils transpirent tellement d’énergie et sont tellement sincères. J’imagine que c’est aussi comme ça que je trouve la motivation de réaliser mes projets, je dois avoir l’impression de les faire avec des gens qui sont convaincus et vrais dans ce qu’ils font. Scott l’est, et je suis très reconnaissant qu’il m’ait ouvert son monde!

Qui devrait regarder le docu?
Scott : David m’a posé de très bonnes questions, et a fait ressortir plein de détails marrants sur mon passé, le livre et les événements racontés dedans. Ce sont un peu les coulisses du livre, et je dirais que le film et le livre se complètent très bien. Avec un peu de chance, le docu vous intéressera à lire le livre, et si vous l’avez déjà lu, il clarifiera peut-être certaines questions que vous vous posez en tant que lecteur. Donc, je dirais tous ceux qui veulent en savoir plus sur ma vie après le skate, ainsi que ceux intéressés par des détails sur ma vie de pro, à l’époque. Comme je disais, David a posé de bonnes questions, et a réussi à me faire parler.
David : Ceux qui aiment le skate devraient aimer le film, qui ouvrira leur esprit à d’autres points de vue, parce qu’au final, nous aimons tous le skate pour les mêmes raisons. Les gens curieux de ce que l’on peut faire lorsque son corps refuse de continuer à skater, aussi. Les gens qui se demandent où le skate peut nous amener, comment il impacte notre vie, et notre façon de voir les choses, la façon dont on endure notre environnement. Mais aussi les gens qui se demande ce que la passion est, comment elle te façonne si tu refuses de laisser tomber ; les gens qui se demandent comment être l’homme le plus riche du monde, sans un Dollar dans la poche. Je crois que tous ces gens devraient lire ce livre ! [Rires]

En amuse-gueule de la première de demain, voici la première collaboration de ces deux-là, datant de 2009:

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