"GNARLEANS" / RAUL BUITRAGO / INTERVIEW

Tout est dans le réseau ! Ca pistonne, oui, mais dans le bon sens : CALVIN MILLAR, dont on vous a présenté quelques oeuvres par le passé, nous a connecté avec le réalisateur basé à N.Y.C. et Austin Raul Buitrago, qui vient de boucler son nouveau film : "GNARLEANS". Il s'agit là d'un film documentaire complet sur le skate de La Nouvelle-Orléans par le prisme de la vie de trois skateurs locaux, capturés sur le vif : Jamie "Jazz" Hardy, Jarred Dearmas et Troy Lacabe. Une avant-première New Yorkaise est en préparation : voire plus bas pour plus de détails, oh, et pour le film complet en streaming aussi, d'ailleurs, puisqu'il vient d'être mis en ligne par son auteur, l'avant-première de La Nouvelle-Orléans étant déjà passée. Mais puisque LIVE n'a pas été sans aller poser quelques questions à Raul au sujet de son oeuvre, il faudra d'abord passer sur le corps de ce texte !

LIVE Skateboard Media : Bonjour Raul! Pourrais-tu te présenter aux lecteurs ? En tant que réalisateur et dans l'univers du skateboard, quel est ton parcours ? Comment l'idée d'associer les deux pour "GNARLEANS" t'es-t-elle venue ? Ton film précédent, "GOUCH", était également un documentaire, sur un graffeur de Brooklyn. Mettre en images la culture de rue, ça te parle ?

Raul Buitrago : Je m'appelle Raul Buitrago, je suis réalisateur, basé à N.Y.C. et à Austin. Le skate et le graffiti sont rentrés dans ma vie quand j'avais douze ou treize ans. A New York, les deux vont de pair. Via le skate, j'ai découvert la photo et ça m'a tenu tout le temps, depuis. La transition à la vidéo remonte à environ cinq ans. J'ai commencé par réaliser quelques clips pour des artistes hip-hop underground à New York, et c'est ça qui m'a inspiré à faire un premier bout de film sur un graffeur. "GOUCH" était un immense plaisir à réaliser, pour moi. Non seulement à cause du milieu mais aussi car Gouch en particulier a un style que j'essayais de recopier quand j'étais jeune. Et lui a été hyper ouvert concernant l'expérience.
 
 
L'idée pour "GNARLEANS" est venue de mon collaborateur, le photographe Henry Hung. Il m'a approché pour me dire qu'il était partant de bosser sur un projet photo quelque part dans le sud, et m'avait déjà passé le mot que La Nouvelle-Orléans, dans les médias de skate, on en entendait que peu parler par rapport à N.Y.C, L.A., Barcelone, S.F.... Du coup, on en est vite arrivés à l'idée de documenter un skateur local, sur place.
 

"je me suis donné le défi d'assembler des 'moments' et non une 'histoire'"

 
Mon instinct de documenter les cultures urbaines est très naturel : je suis attiré par celles fortes d'éléments de subversion. Si tu veux vraiment te mettre au skate ou au graff, alors tu dois transgresser certaines normes sociales. De ce fait, peu de gens s'abandonnent complètement à ces modes de vie car ils sont très exigeants sur la personne. Du coup, ceux qui s'y attardent sont... spéciaux. La plupart des gens les méprisent, voire les ignorent. Documenter me permet de transformer l'anti-héros en héros, tout en préservant leur histoire.
 

Ph.: Henry Hung
 
LSM : Certaines scènes de "GNARLEANS" sont particulièrement cinématiques, au point d'inciter le spectateur à se poser la question d'éventuels grains de fiction éventuellement parsemés dans la projection de la réalité (par exemple la scène avec le gardien qui vous vire, au début). Ton approche a été celle d'un documentariste de A à Z, ou certains éléments ont-ils été scriptés, ne serait-ce qu'à des fins de présentation ?
 
Raul : Je dirais qu'un bon 95% du film est purement observateur. En gros, presque tout est authentique. J'ai choisi délibéremment d'éviter une structure narrative déterminante, les interviews face caméra et autres sous-titres. Pour ce projet, je me suis donné le défi d'assembler des "moments" et non une "histoire". J'ai été inspiré par les travaux de réalisateurs tels que Frederick Wiseman and Agnès Varda. Je voulais que les images parlent d'elles-mêmes, et invitent le spectateur à se projeter. Au montage, c'était amusant que de devoir trouver des thèmes entre lesquels tisser des parallèles, sans trop compter sur  des segments interview pour entrecouper. Il y a quelques moments de voix off qui ont été arrangés, de façon à ce que la voix off puisse venir se poser. La séquence avec le gardien, dont tu parles, est complètement authentique.
 

Dominic & Deandra. Ph.: Henry Hung
 
LSM : Peux-tu nous présenter les protagonistes du film, comment vous êtes-vous connectés ? A quel point le processus a-t-il été naturel - et puis, le filming ? Combien de temps le shooting a-t-il duré ?
 
Raul : Au tout début du projet avec Henry, j'ai contacté mon ami Calvin Millar à Austin, et lui nous a connecté avec Phil Santosuosso, de Humidity. J'ai uniquement eu besoin de dire à Phil que je recherchais quelqu'un entre dix-huit et trente ans environ, et que je comptais utiliser seulement de la musique de La Nouvelle-Orléans dans mon film, pour qu'il me mette illico en contact avec Jamie "Jazz" Hardy, qui est skateur, artiste et musicien.
 
 
Dès le premier séjour, on a rencontré Jarred Dearmas et Troy Lacabe, par Jazz. On a passé beaucoup de temps à les filmer ensemble, et je me suis rendu compte que c'était mes images préférées, donc j'ai décidé de les inclure au projet eux aussi. Tout s'est passé très naturellement. Les filmer était presque trop facile, ils ont accepté la présence de la caméra comme instantanément. Ce sont des skateurs passionnés, un peu tapageurs. Jazz et Jarred sont très branchés sur l'art et bossent sur des projets photo, vidéo, de graphisme, de musique. Deux morceaux signés Jazz furent finalement utilisés dans le film ; et les deux ont réalisé la pochette de la "GNARLEANS MIXTAPE".
 
 
On avait pas vraiment de plan ou d'agenda grandiose, pour le shooting. Je savais juste qu'on avait besoin de beaucoup d'images d'eux skatant ensemble dans la rue, trainant avec des potes et passant du temps en famille. En gros, on les a traqué de A à Z et basta, sur environ deux semaines et demi. Puis, le montage a pris un an et demi...
 

"Puisqu'on avait pas vraiment de script,
la plupart du montage s'est fait à l'instinct
"

 
LSM : Vous ne vous êtes jamais retrouvés dans des embrouilles quelconques ou en tout cas, à devoir justifier le fait d'être en train de traîner dans de sombres ruelles de La Nouvelle-Orléans la nuit, avec des caméras, des lampes et des skateurs ?
 
Raul : Heureusement, non. On était bien accompagnés à chaque fois, et on s'est pas posé trop de questions. Apparemment, quelqu'un aurait sorti un flingue devant un skateur qui s'accrochait derrière une voiture, à un moment, mais on ne l'a pas vu de nos yeux.
 

Zigs. Ph.: Henry Hung
 
LSM : Vu l'effervescence que capture le film, on dirait bien que La Nouvelle-Orléans ne dort jamais. Cependant, toutes ces images d'un centre-ville plein de bruit et de fureur est entrecoupé de scènes de banlieue plus intimes, voire familiales, produisant un contraste selon les moments choisis par les skateurs pour soit affronter la ville, soit se reposer dans un environnement familier. Quand le crew part en session, c'est presque une expédition dans la jungle urbaine, et une lutte contre une intensité adverse alors qu'au fond eux-mêmes, finalement, se cherchent (les récurrents passages de la bataille du wallride - finalement irrésolue - représentant bien cet aspect). Comment as-tu procédé pour t'organiser, au montage ? Pour des images capturées sur le vif, ta timeline est savamment ordonnée.
 
Raul : En plus de vouloir que le film se pose principalement comme observateur, j'avais également envie d'expérimenter un peu, question montage. "GOUCH" avait une trame narrative définie ; avec "GNARLEANS", je voulais m'essayer au contraire. L'approche de l'enchaînement non-linéaire, un peu disparate des séquences fonctionnait bien, surtout vu les images qu'on avait. On a monté l'intro de Jazz en premier, et puis on a commencé à utiliser ses tentatives de wallride en les parsemant au gré du film. En ponctuant la timeline, ils servent en quelque sorte à figer le spectateur dans ce moment-là, celui des tentatives, tout en permettant au reste du film de le mener dans l'univers des autres scènes qui précèdent et suivent. Les passages avec voix off nous imprègnent de l'histoire et du contexte. Puisqu'on avait pas vraiment de script, la plupart du montage s'est fait à l'instinct.
 
  
LSM: Merci pour ton temps Raul! D'autres projets en préparation ? Quelques derniers mots ?
 
Raul: Merci à vous pour cet article !
 
L'avant-première de "GNARLEANS", c'était le 16 mars à La Nouvelle-Orléans ; on en refait une le 13 avril à N.Y.C. tout en essayant d'en mettre d'autres encore en place, à l'international.
 
 
Je suis aussi sur le montage d'un court-métrage qui, je l'espère, sortira avant cet été. Et je commence à réfléchir à un prochain long-métrage.
 
Pas encore de derniers mots, reposez-moi la question plus tard quand je serais fini !
 
Live Skateboard MediaLive Skateboard Media

Patientez pour passer l'annonce...
Fermer