Meeting… Mauro Caruso!

Photos: Davide Biondani

Interview: Charles Paratte

"Pour être franc, plus je vieillis, plus je me dis que je suis content d'avoir grandi ici avec mes amis, parce que la scène est petite, mais au moins ce ne sont que des gens qui aiment vraiment le skate et s'éclatent…"

Nous avions prévu d'utiliser la sortie de l'edit Muòrica pour vous présenter Mauro, tout simplement parce nous étions assez fans de tout ce que l'on pouvait voir de lui… Et puis, un skateur sicilien pur jus, ça ne pouvait qu'être une histoire intéressante. Au final, Mr Caruso est bien plus intéressant que tout cela additionné, et ce sont les ennuis qui ont entouré la mise en ligne de Muòrica qui nous aura révélé quel genre de gars il est.
Voici donc l'un de nos nouveaux skateurs préférés, et quelqu'un que l'on espère un jour croisé dans la vraie vie…
Benjamin Deberdt

Alors, Mauro, explique-nous ce qui s'est passé avec la vidéo? Elle a été mise en ligne, puis retirée moins de 24 heures plus tard…
Cette vidéo a été maudite depuis le début… Si j'écrivais toutes les choses étranges qui se sont passée, depuis le premier jour, je pourrais écrire un livre! Quand tu skates dans la rue, tu sais que tout peux arriver, mais là c'était à un point où même moi je n'arrivais pas à y croire, et j'ai fini par pensé que quelqu'un nous avait jeté un sort! [Rires] On a eu des problèmes au point que lorsque nous avons mis la vidéo en ligne, on a rigolé du genre : “Internet va tomber en panne!”, ce genre de choses… [Rires] La vidéo est mise en ligne, donc, et deux heures après, on reçoit un email nous prévenant que le label du morceau utilisé n'a pas été contacté, ni payé! [Rires] L'histoire, c'est que le filmeur, Giuliano Severini, après pas mal de tests, a trouvé un CD de musique populaire chez des amis, et c'est là que nous avons trouvé le morceau qui nous convenait, mais il n'y avait pas le titre sur le CD… On a cherché, mais rien trouvé, et on a fini par croire que c'était un très vieux titre, dont on ne connaissait même plus l'auteur… “Allez, on l'utilise!” Bien-sûr, ce n'était pas du tout ça! Vincent Migliorisi, le compositeur, est en fait un jeune gars qui essaie de percer dans le monde de la musique, et en plus, il est d'un village pas loin de Modica! Complètement fou… En deux heures, la vidéo est devenue super populaire dans la région où c'était filmé, et il a fini par voir la vidéo, sans crédit pour sa musique, et super énervé a appelé son label! Mais grâce à ça, nous connaissions enfin le nom du compositeur, donc je l'ai cherché sur Facebook et l'ai demandé en ami de suite! La première chose que j'ai vue sur sa page, c'est qu'au moins un dizaine de personnes avaient posté notre vidéo et lui demandaient pourquoi son nom n'était pas cité! Je crois qu'il est super célèbre dans sa région, et que tout le monde connaissait le morceau, en fait! [Rires] Je l'ai contacté, et j'ai fini par l'appeler pour tout lui expliquer! En fait, il a été super cool. Il avait vraiment aimé la vidéo, et m'a dit que ça pourrait faire un super clip pour son morceau! [Rires]   Nous avons trouvé un deal et avons pu remettre l'edit sur le net!

Revenons un peu en arrière… Comment vous est venue l'idée de Muòrica?
Modica est une petite ville à flanc de collines, à environ deux heures de chez moi, et j'avais toujours entendu dire que la vieille ville était très belle, la ville étant connue mondialement pour son chocolat, mais aussi souvent utilisée comme lieu de tournage. Il y a quelques années, j'ai fini par aller la visiter, et dès que j'y suis arrivé et que j'ai commencé à me promener, j'ai commencé à voir des possibilités pour tel ou tel trick! [Rires] Tellement de descentes, et de spots qui ne roulaient pas bien. Bref, la ville est restée dans ma tête depuis! Je savais que je devais filmer quelque chose là-bas!J'y suis retourné quelques fois avec différents skateurs et j'avais filmé un trick ou deux, et c'est comme ça que ça a commencé. Lorsque je suis rentré chez Lakai, j'ai pensé que je pourrais filmer un edit entier là-bas pour eux, et j'ai commencé à organiser ça… Au même moment, Davide Biondani [du magazine a brief glance, NDLR] voulait faire des photos là-bas, donc nous avons combiné les deux! Nous y sommes allé à deux une semaine, pour shooter, puis j'y suis retourné avec Giuliano,   pour refilmer les tricks et en ajouter d'autres pour faire un montage complet. Ça été un bon stress, mais une super expérience, au final!

 Davide Biondani

Backside lipslide

L'idée de skater une architecture aussi ancienne est assez inhabituelle. Le plus difficile, c'était quoi?
En regardant le montage, tout a peut-être l'air facile, mais ça ne l'était pas ! Tout d'abord, nous avons choisi le pire moment pour aller filmer là-bas : entre Noël et le Jour de l'An. Sans voiture, Giuliano et moi prenions le bus pour y aller, avec les caméras, des plaques en métal, les trépieds, les boards, la board de filmeur, et tout ça à monter et descendre à travers toute la ville pour trouver le moindre truc à skater, pour reprendre un bus le soir même et rentrer pour la nuit de Noël chez nous, puis revenir le lendemain… Quelques fois, nous sommes aussi restés deux ou trois jours de suite sur place… Pas mal de spots roulent mal, et on étaient dehors dès 8h00 avant que le soleil de chauffe, et il faisait super froid. Mais le pire c'étaient les gens et la lumière… La lumière, parce qu'à chaque fois que l'on trouvait quelque chose, la lumière n'était jamais bonne. Le village est à flanc de collines et fait de ruelles, donc à chaque fois, la lumière était trop faible, ou alors avec les pires ombres, donc on continuait pour essayer de skater autre chose, en calculant à peu près à quel moment la lumière serait bonne, pour y revenir, en espérant que ce serait mieux! On s'est perdu pas mal de fois, aussi… Ça ne voit peut-être pas, mais toutes ces ruelles forment une sorte de labyrinthe et ni l'un ni l'autre ne connaissions les lieux! Et le pire, c'est que que nous avions peu de temps pour faire tout ce que nous voulions… Après le Nouvel An, j'avais un voyage au Maroc de prévu, et le filmeur, lui, déménageait à Milan pour un nouveau travail… C'est pour ça que nous avons tout donné, et missionné comme des fous… [Rires] Je ne crois pas que ce montage aurait été possible avec quelqu'un d'autre que Giuliano. Il croyait vraiment au projet et a tout donné… Plusieurs fois, il flippait encore plus que moi, mais a tout fait pour que l'on y arrive, et je veux vraiment le remercier pour ça…

Ce qui est marrant, c'est que l'on ne voit jamais que toi, personne d'autre, et pas de voiture… Vous filmiez au moment de la sieste?
C'est bizarre, parce que c'était tout le contraire, mais lorsque j'ai vu le montage en entier pour la première fois, c'est aussi ce qui m'a sauté aux yeux… “Mais, ils sont passés où, les gens!?” Alors que c'était assez fou d'arriver juste à skater. Bien sûr, tu ne vois pas de voitures parce que souvent les ruelles sont trop étroites, où alors on attendait qu'elles soient passées, et que personne ne puisse gêner. Plein de fois, nous avons du sonner à la porte des gens pour leur demander qui était le propriétaire de telle voiture pour la faire déplacer. Nous faisons semblant de travailler sur un film important, et la plupart des gens étaient d'accord! Le plus difficile a été de gérer quelques personnes très âgées… Parce qu'au final, chaque spot était plus ou moins la maison de quelqu'un, et nous étions en train de ruiner le marbre, ou de skater leurs marches ou autre, donc oui, ça c'était assez fou! Essayer de leur expliquer était assez horrible… Quelques fois, ça m'a pris une demi-heure pour les convaincre! Nous avons du revenir, aussi , parce que nous  nous étions fait virer, ou la fois où nous essayons de skater une minuscule ruelle et qu'un vieux monsieur a essayé de passer en voiture et est resté bloqué au beau milieu! [Rires] Ça lui a pris tellement de temps pour trouver les bonnes manœuvres à faire pour se sortir de là, et nous, on ne voyaient que le temps qui passait! [Rires]

Tu dois être le seul skateur sicilien à apparaître régulièrement dans les médias, parle-nous un peu de ta scène…
Elle a toujours été minuscule… Le fait que nous sommes un île très loin de tout n'a jamais aidé à améliorer la situation, c'est sûr… Quand on y pense, c'est fou, mais nous n'avons pas un seul skateshop en ce moment! Durant les dix dernières années, on en a eu quelques'uns mais ils ont tous fermé.… Jamais eu de park, jusqu'à il y a quelques années, et encore, ça aurait mieux que ça reste comme ça! [Rires]  Il est tout petit et super mal fait… On en avait un autre dans le centre de la Sicile, mais des mecs ont trouvé marrant d'y mettre le feu, donc c'est fini! [Rires] Mais, oui, c'est dur de skater ici, tu as vraiment besoin d'être passionné. Pour être franc, plus je vieillis, plus je me dis que je suis content d'avoir grandi ici avec mes amis, parce que la scène est petite, mais au moins ce ne sont que des gens qui aiment vraiment le skate et s'éclatent… Les gens ici aiment le skate pour ce qu'il est vraiment: être dehors avec ses amis et juste skater! Au fil des années, nous avons organisés des événements, tourné des vidéos, et toujours essayé de nous entraider, comme l'on pouvait. N'avoir personne qui filmait ou prenait des photos nous a obligé à apprendre ce côté du skate, et pas mal d'entre nous ont acheté des caméras, appris à filmer, ce genre de choses. Syracuse est une ville à 45 de chez moi, et depuis quelques années, pas mal de jeunes montent par là-bas. Ils ont aussi un petit park, mais les gars sont bien motivés , et tu sens qu'ils s'éclatent à partir en missions et à skater un peu partout ensemble. La Sicile est un chouette endroit, je l'aime beaucoup, mais il y a aussi des problèmes  politiques, économiques et culturels, les mentalités sont un peu fermées, et le skate subit aussi un peu tout ça, et c'est pour cela que son développement est si lent, mais j'ai le sentiment que les choses s'améliorent d'année en année… Le fait que beaucoup de skateurs finissent par venir nous visiter nous aide aussi à nous motiver, et j'en suis super content!

 Davide Biondani

Crooked

Si je ne me trompe pas, tu étais en flow pour Cliché, c'est ça?
Oui, c'est vrai. J'ai été flow quelques années, même… Au début, je recevais des planches du distributeur italien, puis ensuite, directement d'eux. Je crois que j'ai du skater pour Cliché pour environ cinq ans… J'ai toujours reçu mes boards, même quand j'ai vécu un peu à Barcelone, ou que je me trouvais aux États-Unis ou à Berlin, je recevais toujours mes colis en temps et en heures, donc je n'avais pas à m'en plaindre, du tout… J'ai juste eu l'impression que rien de plus ne se passerait pour moi avec eux, et au même moment, j'ai commencé à recevoir des trucks Royal, et de là Mathieu Tourneur m'a demandé de skater pour Lakai et les boards de Crailtap, et puisque j'allais changer de sponsor chaussures, j'ai pensé que que c'était le moment de tout changer! Je n'arrive toujours pas à croire que je ride pour ces marques-là, en fait. Je suis super fier qu'ils me donnent cette opportunité, parce que ce sont des marques de skate core, et en même temps, ça fait peur, si tu vois ce que je veux dire! Savoir que Mike Carroll ou Rick Howard sont ceux qui regardent tes images avant qu'elles ne sortent, c'est assez fou, rien que d'y penser… [Rires] Et puis, sinon, je lance une marque de roues avec des amis! Ça s'appelle Volcano wheels (vlcn), nous avons déjà posté quelques conneries sur Instagram et Facebook, mais le projet ne sera officiellement lancé que cet été, avec un site, la première pub vidéo et tout ça! On s'amuse bien!

Tu sembles essayer de tirer avantage de toutes les opportunités qui se présentent à toi, entre les voyages, skater autant que possible en tant que skateur amateur… Tu as un plan de carrière pour la suite?
Quand tu grandis dans un endroit où il n'y a rien à skater, ou bien tu en veux vraiment, et tu commences à voyager, ou tu te retrouves coincé dans ton trou! J'ai toujours adoré le skate, et spécialement tout ce que l'on trouve autour, les gens, l'occasion de visiter de nouveaux endroits, les fêtes, j'adore cette vie, donc, ouais, j'ai toujours bougé, la plupart de temps tout seul. En fait, quand j'étais gamin, mon père m'avait emmené à un contest en Italie, sur le continent, et c'était tellement drôle! De là, j'ai toujours mis des sous de côté pour pouvoir bouger! J'aime bien faire mes propres trucs, et ne pas attendre ici que quelque chose se passe, ou que mes sponsors me disent de partir en trip! Je n'ai jamais vu le skate comme une carrière… Je n'y ai même jamais pensé comme si je pouvais peut-être me faire sponsoriser… J'adore juste skater, et quoi qu'il arrive, je continuerais à investir mon propre argent pour faire ce dont j'ai envie! Là, maintenant, tout va super bien, donc je suis ravi. Je sais qu'il y a des projets qui arrivent avec Lakai, donc, ouais, j'attend ça avec impatience, et bien-sûr, un jour, j'aimerais pouvoir travailler dans le skate!

Si vous pensez que la motivation de Mauro n'est que de façade, c'est que vous aviez raté ça: 

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