Meeting… Nestor Judkins!

Photos: Jonathan Mehring

interview: Benjamin Deberdt

"J'aime les choses qui ne font pas de bruit, mais frappent fort."

 Johnatan Mehring

Plutôt discret, d'habitude, le Nestor… Et le voilà qui déboule dans une super production, avec le rôle principal, et pas des moindres, puisqu'il s'agit de Stan Smith, l'homme à la chaussure blanche et verte.
Mais ne serait-ce pas un juste retour des choses, pour le gamin de San Jose élevé par la Tilt Mode Army, désormais résident new-yorkais et professionnel adoubé par Enjoi? Après tout, il négocie avec grâce les rues du monde sur les trucks les plus desserrés possibles juste après Matt Rodriguez, sans s'en vanter, apparait seul dans des contrées lointaines pour rejoindre ses amis de séjours précédents, sans avoir besoin d'en faire une marque de fabrique, et est un sérieux prétendant au titre de l'Homme le Plus Classe du Monde, sans même être au courant de son existence.
Et puis, sa réponse à la dernière question de cette interview vient de faire de lui le premier membre honoraire du Live Lifer's Club!

Tu viens juste de rentrer de Chine, directement à New York? Tu as eu droit à quel genre de choc thermique?
Une différence de température de 20° Celcius, mais le vrai choc a été le côté “pur” de l'air de Manhattan, comparé à la pollution en Chine…

Comment un Californien comme toi s'adapte aux changements de saisons?
Je voyage beaucoup. J'aime les saisons, mais c'est probablement un peu naïf de dire ça, parce que je ne passe pas assez de temps ici pour pouvoir les détester. La neige, c'est chouette, mais en tant que skateur, je me dois de fuir!

Est-ce que c'est ton pire hiver depuis ton déménagement sur la Côte Est?
J'étais parti à la pire période, donc je ne peux pas dire… Mais, lors de mon premier hiver New York a connu son pire blizzard depuis quinze ans. Le lendemain matin, tu trouvais des bus coincés dans la neige et abandonnées au milieu de la rue.

Hmm, il semble que tu arrives pile pour une deuxième vague de froid… Je n'arrête pas de voir des photos de Clark Hassler skatant entre les congères. Tu vas le rejoindre dans ses missions?
C'est clair, c'est tellement drôle de skater avec lui. J'espère qu'il pourra m'apprendre les Ice Plant!

Qu'est-ce qui t'avais fais bouger à New York, à l'époque?
Ma copine, Jessie.

À quel point être skateur pro à NYC est réellement un challenge?
C'est dur! Tu as besoin de beaucoup plus de motivation pour faire la moindre chose. Tu dois bien connaître les spots et surtout savoir à quel moment les skater. Il y a quelques filmeurs ici, mais ils ont tous un travail en dehors du skate, donc tu dois vraiment planifier les choses, alors qu'en Californie le filmeur de ton team t'appelle tous les jours, et peut t'emmener sur les spots. Mais ça vaut le coup. Il y a tellement de bons spots,  j'adore skater ici pour mon plaisir, et aussi comment le skate rend en images. La vie inspire la créativité, donc tu as besoin d'être motivé par là où tu vis. Le gros problème, ce sont les quatre mois d'hiver.

Est-ce que tu peux encore te réclamer de la Tilt Mode Army, si tu ne vis plus à San Jose?
Bien-sûr. Je ne vis plus là-bas, donc l'on ne skate plus autant ensemble qu'avant, mais ce n'est pas comme-ci j'avais du rendre mon badge en partant.

Quelles sont les nouvelles de l'Army? Une vidéo, peut-être?
Aucune idée… Ils ont ont sorti pas mal d'épisodes sur le net, je crois qu'ils vont continuer. Mais, on ne sait jamais, je ne crois pas que Bonus Round était supposé exister avant que ça ne se fasse, au final. Ça a toujours été une bande de méchants skateurs, et les vidéos se sont toujours faites naturellement, sans plan.

Revenons à ton séjour en Chine… Tu te trouvais où, exactement, et dans quel but?
C'était avec Enjoi. Nous sommes allé à Kumming pour une semaine, c'était super. Pour la Chine, c'est relativement “petit” avec juste six millions d'habitants, et l'air est propre. Plus plein de spots incroyables, et nous étions le premier team “occidental” à y aller. Puis, nous avons passé une semaine à Gangzhou. L'objectif principal était Over Vert, la nouvelle vidéo Enjoi.

 Johnatan Mehring

Frontside nosegrind

On parle d'un projet sur cinq années, ou de quelque chose de plus léger?
C'est censé être une “full length”, et ça sortira à l'automne. J'aimerais bien avoir cinq ans pour la filmer, mais je crois que cette époque est malheureusement révolue. Mais, ça va être très bien, parce que tout le monde se lâche. D'une certaine façon, je préfère les vidéos tournées sur des périodes courtes, elle montre ton skate de façon plus authentique.

J'imagine qu'on te pose pas mal la question, mais je dois aussi te le demander: comment c'est Enjoi sans Jerry Hsu, en tout cas à ton niveau, quand tu voyages avec toute la bande, comme ici?
Tout va bien, chez Enjoi! C'était flippant de voir Jerry et Matt Eversole [le créatif derrière la marque, NDLR]  partir, mais ça nous a obligé à nous serrer le coudes, pour avancer. Louie [Barletta, NDLR] et Cairo [Foster, NDLR] ont pris les rennes de la marque pour qu'Enjoi reste quelque chose de cohérent. Bien-sûr, des choses vont changer, mais nous skatons toujours pour quelque chose auquel nous croyons, et on s'éclate, en plus! Jerry nous manque, mais c'est cool, tu dois pouvoir faire ce que tu ressens, et ça ne change rien à notre amitié.

Venons-en à ce projet Stan Smith: comment tu as décroché le rôle?
Adidas m'a juste demandé, de nulle part. Heureusement qu'il m'ont posé la question suffisamment à l'avance pour que je puisse me faire pousser une moustache, et rentrer dans le rôle.

Acteur, c'est une future carrière dont tu rêvais?
Nan! Je ne me suis jamais senti à l'aise devant une caméra auparavant, mais le projet était marrant. Tu ne sais jamais ce dont tu es capable jusqu'à ce que tu le fasses. Je suis super heureux d'avoir fait partie de cette histoire.

Tu es plutôt fan de simplicité, que ce soit en design, ou tes tricks, donc les Stan Smith te correspondent bien. Qu'est-ce qui fait que les choses “simples” à première vue t'attirent autant?
C'est vrai, c'est une question de goût, au final… Je trouve une vraie valeur dans les choses simples, subtiles. Chez les gens, en art, pour tout, en fait. J'aime les choses qui ne font pas de bruit, mais frappent fort. J'aime le Blues, ou Robert Frank. Tu n'as pas besoin de sirènes pour attirer l'attention, si ce que tu fait semble vrai.

Puisque tu parles de Robert Frank, tu shootes toujours de la pellicule?
Ouais, toujours de la pelloche. Parfois plus ou moins souvent, mais je suis toujours à fond dedans.

Au final, qu'est-ce qui restera le plus gros challenge durant tout ce projet: te teindre les cheveux, la moustache, ou la tenue de tennis?
Porter la moustache pendant deux mois. C'était un grand moment de pouvoir enfin la raser lorsque l'on a terminé.

Tu as gardé ton nouveau look de blondasse, par contre?
Ouais, je suis resté blonde, pourquoi pas? Je ne me teindrais probablement plus jamais les cheveux, alors autant rester un peu comme ça pour le moment. Et puis, les réactions des gens sont marrantes. Je peux faire semblant de passer par une crise existentielle.

 Johnatan Mehring

Kickflip

Qu'est-ce que tu as prévu pour fuir le reste de l'hiver, si tu le peux?
Et bien, je viens juste de rentrer à New York, après avoir été parti un bon bout de temps, et le sol est couvert de neige. J'ai un voyage en Nouvelle-Zélande dans quelques semaines, donc je vais me reposer un peu, et me couvrir pour sortir skater quand même.

Tu es du genre voyageur, avec ou sans team manager pour te tenir la main. Qu'est-ce qui reste ton expérience la plus intéressante pour l'instant?
L'Inde, parce que pour un occidental, c'est la plus grosse différence culturelle que tu puisses connaître. C'est magnifique, choquant, sale, triste… C'est tellement de chose en même temps, aussi bien positives que négatives. Et puis, j'y étais pour le plus rassemblement humain de l'histoire de l'humanité, le Kumbh Mela.

Qu'est-ce c'est, exactement, et comment tu t'es retrouvé là-bas?
Le Kumbh Mela est un pèlerinage Hindu de masse afin de se baigner à un point précis du Gange. Il se déroule tous les douze ans. Celui-là, en 2013, était le plus important de toute l'histoire, avec 30 millions de personnes sur place le jour où nous y étions. J'étais en Inde, et à cet événement, dans le cadre d'un trip Skateboarder Magazine, avec John Mehring, Sean Malto, Sebbo Walker, Mark Suciu et Patrik Wallner. Ce trip était autant skate que culturel en raison du Kumbh Mela. Patrik a réalisé un superbe documentaire sur notre voyage, intitulé Gurus in the Ganges.

Qu'est-ce que tu dirais, à quelqu'un qui n'a encore jamais quitté son pays?
Cela dépendrait de la situation de cette personne, mais s'ils ont le temps et les moyens de voyager, alors, qu'ils foncent! Ce n'est pas pour tout le monde, cela n'a aucun intérêt si tu n'es pas du genre ouvert, parce que l'intérêt du voyage, c'est de faire de nouvelles expériences. Ça t'ouvre l'esprit, et te change.
Et puis, c'est mieux d'expérimenter jeune, avant d'être trop coincé dans des habitudes. Allez-y, c'est tout!

Revenons à l'essentiel, quand est-ce que l'on partage des tapas à Madrid, la prochaine fois?
Bientôt, j'espère! Il semble que l'on se rate à chaque fois, à Madrid… On se dit en Mai?

Ça me paraît pas mal… Tiens, pour finir en beauté, éduquons un peu les papilles: quel serait ta recommandation à un débutant, pour une sélection de trois tapas?
Difficile de réduire à trois! Disons quatre: tortilla de patatas, pimientos de Padron, un planche de charcuterie, et mon favori: pulpo a la Gallega. ¡Buen Provecho!

Voyons si Nestor est aussi bon acteur que skateur, et fin gourmet…

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