Michael Mackrodt, une rétrospective (Part 1)

Portrait: Patrik Wallner

Interview et photos vintage: Benjamin Deberdt

"On ne devait rester qu’un an, mais au final, on est resté vingt ans."

Le nom de Michael revient quasiment à coup sûr dans ces discussions sans fin sur le team idéal que vous voudriez pour la marque que vous ne créerez jamais. Quelque que puisse être votre interlocuteur. Et ça, ça veut beaucoup dire…
Bon gars par excellence, Michi est aussi le skateur que vous pouvez emmener partout et aura toujours un trick, non, une tripotée de tricks à y faire… Avec le sourire, et en un temps record. Parce qu’il n’a pas le temps, Mackrodt, il a toujours autre chose à faire, plus loin, plus tard. Une détermination sans fin, jamais prise en défaut, et une classe déconcertante qui en ont fait le gendre idéal –enfin presque– qu’il est devenu.
Mais revenons un peu en arrière sur cet Allemand très français, ou ce Français trop allemand parfois, suivant votre position géographique à vous.

Ton premier souvenir de skate?
Ma grand-mère avait un magasin d’accessoires de bateaux et de voitures. Un jour, elle a reçu deux boards, celles de slalom sans nose ni tail sur des trucks de patins à roulettes, qu’elle m’avait offerte. Je devais avoir quatre ou cinq ans.

Ton arrivée en France?
J’avais moins d’un an. Mon père a eu un poste à Paris, donc ma mère l’a suivi avec mon frère et moi. On ne devait rester qu’un an, mais au final, on est resté vingt ans.

Donc, au final, tu as quelle nationalité?
J’ai gardé la nationalité allemande, mais je peux toujours choisir la française. Comme mes deux parents sont allemands et que je suis né là-bas, je ne peux pas avoir la double nationalité. C’est ou l’une ou l’autre. Mais peu importe, ces deux passeports sont un privilège quand tu voyages, de toute façon.

 Benjamin Deberdt

Première parution dans un magazine: varial heel flip fakie, à la Déf', dans Sugar, en 1998.

Ça ressemblait à quoi, l’adolescence d’un jeune Allemand en banlieue parisienne, à l'époque?
J’ai appris le Français à la maternelle française, mais ensuite je suis allé à une école allemande. Je parlais donc allemand et français pareil. À l’école et avec mes parents, je parlais allemand, et français avec mes amis hors du lycée et au quotidien. C’était toujours bien de pouvoir swicther entre les deux. Quand on voulait que personne ne comprenne ce que l’on disait, on pouvait juste parler allemand vite fait. On a fini par parler franco-allemand en utilisant les mots qui te viennent en premier en tête, ou par utiliser le mot qui colle le mieux. Je n’ai connu que ça, alors ça n’a pas été difficile pour moi de m’intégrer en France. C’est pour ma mère que c’était le plus dur. Certains lui faisaient des saluts nazis régulièrement ou lui disaient “Heil Hitler !” pour dire bonjour. Dommage que j’étais trop petit pour comprendre à l’époque…

Bonne ambiance! Pour info, c'est dans quel coin de la Douce France qu'on pouvait entendre ce genre de blague!?
C’était à Rocquencourt, dans les Yvelines.

Est-ce qu’à ton avis, les banlieusards ont un avantage, par rapport aux autres skateurs, dans le sens où ils sont déjà habitués à bouger, en train, en RER?
Bonne question. Peut-être que oui. Pour voir les amis, pour aller skater, pour faire n’importe quoi, il fallait se bouger. Spécialement quand tu skates, car tu es obligé de te déplacer assez loin pour aller sur les spots, si tu ne veux pas skater tout seul dans ton coin. Pour aller à Paris, c’était la petite mission, aussi. D’abord, on bougeait en train, ensuite en mob’ et plus tard en caisse. Tu finis par en bouffer des heures en route. C’est le désavantage d’habiter en banlieue, certes.
Par contre, y en a plein qui ont la flemme, aussi, donc c’est dur de généraliser. Moi, ça ne m’a jamais intéressé de ne rester scotché qu’en banlieue. Je skatais minimum une fois par semaine à la Def' [La Défense, NDLR] ou à Paname, sinon partout autour. Si tu te bouges, tu finis par connaître beaucoup plus de spots et d’endroits, et tu n’as plus peur de passer du temps sur la route, ça c’est vrai. On avait un bon p’tit crew bien motivé, j’en suis content.

Les sponsors, ça a commencé comment pour toi?
Ça a commencé par Asymétrique skate shop, puis par TRAUMA skateboards et Split clothing.

Et Element, c’est arrivé quand et comment?
Element, c’est arrivé quand je venais de m’installer à Munich en Allemagne pour faire une fac de sport. Je faisais les Etnies Cups à l’époque [une série de contests européen, NDLR]. Il y avait une étape quasi à la maison, à Chelles. J’y suis allé et le team manager de l’époque, Phil Lalemant, est venu me proposer de rider pour Element Europe. Je ne le connaissais pas, je croyais donc que c’était du foutage de gueule ! Quand il m’a redemandé six mois après, j’ai accepté, bien sûr.

À quel moment, tu t’es dit que tu allais retourner vivre en Allemagne?
Après mon bac, j’ai passé une dernière année à Paris pour skater à fond car je ne devais pas aller à l’armée pour dix mois. Cela faisait depuis trop longtemps que j’habitais en France, donc j’ai pu éviter cette étape. Et puis je ne voulais pas vraiment quitter Paris. Mais j’avais toujours voulu toujours faire des études en Allemagne pour voir comment c’était d’y vivre pour de vrai. Je passais quasiment toutes mes vacances là-bas, mais ce n’est pas pareil que d’y habiter.

 Benjamin Deberdt

Backside flip, à Cosa Nostra, pour la Coupe de France 1999: backside flip en flat…

Et alors, ce retour en Allemagne, ça c’est passé comment?
Mon “arrivée” en Allemagne, plutôt! Ça s’est bien passé. Mon grand frère y habitait déjà depuis quelques années, et puis à la fac, j’ai vite trouvé de bons potes. Et puis, avec le skate, c’est toujours génial de faire des rencontres. Mais Paris me manquait beaucoup, donc je prenais régulièrement ma voiture pour retourner voir les potes là-bas quand même.

Est-ce que tu as toujours eu la bougeotte, ou est-ce que ce sont les sponsors qui t’ont donné l’idée de voyager à fond?
[Rires] J’ai toujours eu la bougeotte, mais ça va déjà beaucoup mieux. C’est rapidement devenu une passion de fouiller et d’exploiter les rues, de nouvelles villes, de trouver et de skater de nouveaux spots jamais skatés. Il y en a tellement, partout. Ça me met la motiv’ à fond. Et puis, les voyages ouvrent l’esprit donc il faut profiter d’avoir l’occasion de pouvoir le faire. D’autres personnes n’ont pas la possibilité, ou pas le temps, donc je me sentirais mal de rester scotché à la maison à ne rien foutre. Même si, parfois, j’aime bien aussi ! [Rires] Je pense que pour les sponsors, c’est bien aussi de voir leurs rideurs dans différents mags et vidéos, bref, de les voir skater ailleurs que chez eux. Et c’est dur sans voyager. Donc, cette curiosité a toujours été là, l’occasion de la poursuivre par contre, je la dois à mes sponsors. Merci beaucoup, pour ça, à eux tous… C’est de la balle de voyager, c’est passionnant.

Si vous êtes jeunes, vous aurez sûrement raté certaines de ces images, et sinon, en aurez oublié quelques-unes… Bref, profitez bien de cette production Element!

Live Skateboard MediaLive Skateboard Media

Patientez pour passer l'annonce...
Fermer