PREMIERE / Film Trucks "Colorway" / Thomas Guérin / INTERVIEW

Quelques mois seulement après "Nouvelle Vague", quinze minutes de vidéo capturées et assemblées par Guillaume Colucci pour la marque de Jérémie Daclin (ex-Cliché, pour ceux qui ne suivent pas) : Film Trucks, cette dernière vous propose cette fois "Colorway", un montage réalisé par Thomas Guérin. Les plus assidus (ou grenoblois) d'entre vous reconnaîtront probablement ce nom, puisque LIVE l'a déjà mis à l'honneur par le passé, en tant que relai sur les Thursday Sessions.
 
Comme le suggère son titre, "Colorway" présente également de nouveaux colorways de trucks chez Film, tous attribués à des jeunes qui montent : Arno Wagner, Fred Plocque-Santos et Victor Campillo, chacun floqué de sa propre teinte tels autant de Power Rangers très forts en skate. Tandis que les standards téléphoniques implosent et les stocks s'évaporent suite à cette soudaine annonce pour le plus grand bonheur des skateshops qui suivent, LIVE vous présente cet interview avec Thomas Guérin, le réalisateur, donc, qui s'est pris au jeu de nous raconter son ascension au sommet, entre deux frottements de mains laissant transparaître une symphonie de kingpins qui mangent et de gommes qui couinent.
 

LIVE Skateboard Media : Salut Thomas ! Veux-tu te présenter et nous raconter ton parcours, dans le skate et dans la vidéo ? On avait déjà bossé avec toi via ABS Grenoble pour qui tu réalisais les vidéos des Vans Thursday Sessions l’été dernier, tu filmes depuis plus longtemps que ça encore ?

Thomas Guérin : Salut Aymeric ! Je m'appelle Thomas, j'ai vingt-huit ans, j'habite à Grenoble depuis cinq ans et je suis originaire d'un petit village à trente minutes de Nancy.

Mes parents m'ont acheté un skate pour Noël, c'était en 2000 ; à l'époque, je n'avais ni Internet, ni accès à des mags de skate donc je ne faisais que rouler (et pousser mongo...) partout dans mon village.

"On faisait des montages Movie Maker sur du Mobb Deep !"

Mon grand frère s'est rapidement mis au skate aussi, et on a rencontré ce mec qui skatait dans mon village. C'était incroyable, le voir faire des ollie et des nollie back en flat a vraiment déclenché un truc - on voulait faire pareil !

La première vidéo qui m'a vraiment marqué, c'était la éS "Menikmati". On avait chopé le DVD dans un Tricks Skate Mag, et il tournait en boucle sur la TV de mes parents.

Rapidement, on a voulu filmer, nous aussi, en taxant le petit appareil photo numérique de mon père. On faisait des montages Movie Maker sur du Mobb Deep !

"J'avais enfin une vraie caméra, la même que les mecs du Rios Crew !"

Un peu plus tard, mes parents m'ont acheté un petit caméscope HD familial, sur lequel j'ai pu monter un fish-eye Opteka.

C'est marrant parce qu'à l'époque, je n'étais pas trop fan de vidéos de skate - du moins pas celles que j'avais l'occasion de regarder et qui étaient principalement des vidéos américaines de "grosses marques".

J'ai ensuite découvert les vidéos comme "Panic in Gotham", "Static III", "Make Friends with the Color Blue", "In Search of the Miraculous", "Eleventh Hour", et j'étais juste scotché par le choix des spots, l'esthétisme, et je me sentais bien plus concerné par ce genre de skate que par des mecs qui sautaient des marches ou faisaient des rails énormes.

"J'ai passé des journées entières sur les forums de Skateperception"

J'ai déménagé à Metz pour mes études en 2011 ; j'avais mon propre appartement en ville et pour moi, ça a été une révolution. Je pouvais juste prendre mon skate, sortir de chez moi et aller sur des spots ou au skatepark comme je voulais. C'est à ce moment que j'ai rencontré mon pote Dimoule, qui filmait à la VX-1000 une vidéo indépendante : "No Fun". J'étais à bloc : on skatait tous les jours, on filmait dans la rue, c'était vraiment cool !

Je suis resté trois ans à Metz, puis j'ai bougé à Grenoble en 2014, où j'ai commencé à faire une petite série de clips : "Trente-huit mille". J'ai vraiment aimé la dynamique et la diversité de la scène grenobloise, notamment avec Arno Wagner qui est devenu un très bon ami, et je me suis vite rendu compte qu'avoir une vraie caméra pour documenter tout ça, ce serait vraiment bien. Du coup, j'ai acheté la XM-2 de Jimmy Cholley, avec qui j'avais skaté quelques fois dans le Nord-Est, et j'étais affolé : j'avais enfin une vraie caméra, la même que les mecs du Rios Crew

J'ai passé des journées entières sur les forums de Skateperception à apprendre comment régler la caméra, le son, etc...

Quand Fred Demard a ouvert ABS Grenoble en 2017, Arno a directement intégré le team, suivi de Gaëtan Ducellier. Arno et moi on filmait pas mal de nuit, donc j'ai chopé une VX-2100 sur eBay et on a commencé à bouger un peu pour skater pendant nos vacances. On partait souvent tous les deux, Arno skatait et je le filmais, ensuite je skatais et il me filmait. C'était du style "allez, on fait cinq essais chacun et on se passe la caméra" : on se mettait des bonnes missions !

"L'idée de partir une semaine dans l'ex-van Cliché était complètement incroyable"

A un moment, Fred m'a proposé de skater pour ABS, et que la vidéo qu'on était en train de faire devienne une vidéo ABS, qui est finalement sortie l'année dernière sous le nom "ABS Trente-huit mille".

LSM : Comment es-tu rentré en contact avec Jérémie pour qu’il te confie finalement la réalisation de cette nouvelle vidéo pour les nouveaux colorways de Film Trucks ? Avais-tu déjà monté un clip pour une marque, auparavant ?

Thomas : A la base, je pense que Jérémie avait proposé le projet à Guillaume Colucci, mais il était en vrac suite à une opération et ne pouvait pas filmer.

Arno, qui skate pour Film Trucks, voulait proposer à Jérémie que ce soit moi qui fasse la vidéo, mais apparemment Jérémie avait déjà appelé Arno pour lui demander si j'étais dispo... En tout cas, c'est ce que m'a raconté Arno !

Je ne connaissais pas personnellement Jérémie avant ça, j'avais juste fait le montage de sa vidéo de slappies aux USA avec Fred Demard et Ben Gonsolin, mais je pense qu'il savait que je filmais avec une VX.

"J'ai décidé d'intégrer des séquences
issues d'un documentaire de 1946
sur l'optique physique
et j'étais à fond !"

Je t'avoue qu'au départ j'étais un peu flippé, c'était la première fois qu'une marque me proposait un projet comme celui-là mais en même temps, l'idée de partir une semaine dans l'ex-van Cliché était complètement incroyable, donc j'ai posé mes RTT et j'ai accepté, direct !

LSM : Voudrais-tu nous raconter le processus de la réalisation de cette vidéo, et ce que tu as retiré de cette expérience avec Jérémie ? A-t-il eu une influence quelconque sur le montage, la musique, l’équipement que tu as utilisé peut-être ? Sur quels points dirais-tu qu’il t’a fait confiance ?

Thomas : L'idée de la vidéo, c'était de faire un clip promo pour la sortie des colorways de trucks d'Arno Wagner, de Fred Plocque-Santos et de Victor Campillo.

Le plan initial, c'était de partir de Lyon pour rejoindre Fred [Plocque-Santos] avec Arno, filmer une journée à Lyon, puis bouger dans le sud pour rejoindre Victor, qui rentrait d'un trip.

Le problème qu'on a vite rencontré, c'est la météo. Ils annonçaient une semaine de pluie dans les alentours de Marseille, Nice, etc... On a donc failli annuler tout le trip !

Au final, on a bougé en fonction des conditions : le premier jour à Avignon parce que c'était la seule ville où il ne pleuvait pas, puis Nîmes, Narbonne et enfin, retour à Lyon.

Le seul bémol, c'est que Victor n'a pas pu nous rejoindre, donc il a juste un trick qu'il m'a envoyé.

"J'ai pu faire coller les images
de physique expérimentale
avec de la musique qui utilisait
de vieux synthétiseurs"

Jérémie m'a proposé quelques vidéos qu'il avait trouvé sur YouTube pour les intégrer en petites séquences au montage et ainsi rappeler "Nouvelle Vague", sortie un peu plus tôt cette année. Les séquences qu'il m'avait envoyé ne correspondaient pas trop avec l'esthétique que j'avais imaginé pour la vidéo mais par contre, l'idée de mettre l'accent sur les couleurs m'a plu, donc je lui ai proposé d'approfondir cette idée.

J'ai fait des études en ingénierie mécanique, et j'ai toujours aimé les sciences, notamment la physique, donc j'ai décidé d'intégrer des séquences issues d'un documentaire de 1946 sur l'optique physique et j'étais à fond !

Pour la musique, il m'a laissé carte blanche, donc j'ai pu faire coller les vieilles images de physique expérimentale avec de la musique qui utilisait de vieux synthétiseurs.

Globalement, je peux dire qu'il m'a fait confiance: j'ai pu faire ce que je voulais et je suis content du résultat !

"Je t'avoue qu'en rentrant du trip,
j'avais bien envie de skater,
moi aussi !"

LSM : Une anecdote de filming, peut-être ?

Thomas : J'ai l'habitude de filmer entre potes - du coup tout le monde skate, tout le monde filme et aussi, tu connais bien les mecs que tu filmes. Là, du coup, c'était un peu différent pour moi puisque je n'ai quasiment pas skaté sur le trip, afin d'être concentré sur le filming ; de ce fait, je pense que j'ai beaucoup plus réfléchi aux plans, à la lumière et à pas mal de choses auxquelles je pense un peu moins d'ordinaire.

Arrivés à Nîmes, voir tous ces ledges en marbre m'a vraiment chauffé, et j'étais super content de filmer Arno et Fred qui s'éclataient sur ces spots, mais je t'avoue qu'en rentrant du trip, j'avais bien envie de skater, moi aussi !

Il y avait aussi le côté un peu intrusif de filmer quelqu'un que tu ne connais pas trop au début - surtout sur les plans "hors skate" - mais au final, ça c'est super bien passé parce que j'ai vite accroché avec Fred, qui est un super gars !

LSM : D’autres projets en perspective, en ce qui te concerne ? Sur quoi travailles-tu en ce moment, filmes-tu beaucoup localement ? Un dernier mot et des remerciements ?

Thomas : Mon pote Arno a monté sa marque de boards, ça s'appelle Album. Pour l'instant c'est un truc entre potes, on essaye de bouger un peu pour filmer et passer du bon temps !

On a déjà sorti une vidéo promo l'année dernière, à l'issue d'un trip à Valence, et on prévoit d'en sortir une deuxième dans les mois qui viennent.

Merci à Jérémie de m'avoir fait confiance et donné l’opportunité de bosser sur ce projet.

Merci Guillaume Colucci pour l'hébergement dont on a bien abusé, Fred Demard pour le soutien et d'avoir ouvert le meilleur shop de la Terre, Arno pour tout, t'es le meilleur !

Merci aux potes de Grenoble, Metz, Nancy, et les autres !

Et pour finir, merci Live Skateboard Media pour cette opportunité !

 

Live Skateboard MediaLive Skateboard Media

Patientez pour passer l'annonce...
Fermer