PREMIERE / "Skating Is Easy" / Pete Spooner / INTERVIEW

« Skating Is Easy », c'est le titre potentiellement mensonger de la septième full-length en treize ans (!) de Pete Spooner, en provenance directe du Minnesota et récemment installé à N.Y.C. Peut-être êtes-vous d'ores et déjà familier avec le personnage, puisqu'il est l'un des instigateurs du hit underground de 2006 « Boondoggle », et aussi le réalisateur de productions indépendantes récentes reconnues telles que « Insano ». Toujours à bloc de VX-1000 et complètement consumé par l'assemblage de vidéos de skate, Pete a été cool au point de non seulement travailler avec LIVE pour la sortie web de la part de Grady Moquin et John Manoles dans « Skating Is Easy » - ci-dessus - mais aussi de répondre à une avalanche de nos questions. C'est LIVE, pour vous, maintenant !
 
LIVE Skateboard Media : Yo Pete, comment va ? Pourrais-tu te présenter aux lecteurs, ainsi que ton parcours dans le skate et dans la réalisation de vidéos ? Comment es-tu tombé dans le skate et maintenant, où habites-tu ?
 
Pete Spooner : Yo ! Je suis de Minneapolis dans le Minnesota, mais j'habite à N.Y.C. depuis 2014.
 
J'ai commencé le skate en 1999 et en 2006, je sortais ma première vidéo... Là, je viens de sortir ma septième vidéo : « Skating Is Easy », c'est assez dingue quand on y pense.
 

Regroupement visionnage... Ph.: Kevin Horn
 
LSM : La première fois que j'ai remarqué ton nom, c'était à côté de ceux de Philip Schwartz et Tim Fulton dans les crédits de « Boondoggle », un classique du skate indé sorti en 2008. Je me souviens avoir acheté le DVD à l'époque sans même particulièrement remarquer qu'elle provenait du Minnesota, juste parce que la réalisation était crédible ; çe n'est que plus tard, en voyant une copie du DVD traîner chez Mike Lemnitzer (que je savais du Minnesota) que j'ai relié les points... Avant « Boondoggle », tu avais fait d'autres vidéos ? J'ai entendu parler d'une certaine « WhoWhat?! », autour de 2006, donc. Peut-être pourrais-tu nous retracer ton historique en tant que réalisateur en général, bien que la plupart de ton C.V. soit en streaming sur ta chaîne YouTube ?
 
Pete : Oui, « Boondoggle » ça a été ce qui nous a lancé, c'est clair. Et « WhoWhat?! » était effectivement notre première vidéo, sortie en 2006.
 
« WhoWhat?! » a été réalisée par Philip Schwartz et moi seulement ; on a rencontré Tim que plus tard, avant la sortie de « Boondoggle ».
 
Après « Boondoggle », à nous trois, on a fait « Flow Trash » en 2010. Phil et moi avons fait « Debris » ensemble en 2012. « Debri2 » est sorti en 2014, alors que j'étais en plein déménagement pour N.Y.
 

"Une riche histoire de vidéos du Minnesota nous précède, pour sûr"

 
« Insano », en 2016, a été ma première vidéo réalisée en étant basé à N.Y. et également mon premier projet en solo. Et enfin, je viens de sortir « Skating Is Easy », 2018 - juste avant le Nouvel An.
 

Kirian Stone, kickflip nosegrind. Ph.: Kevin Horn
 
LSM : Avant que « Boondoggle » n'explose les Internets, qu'en était-il de la scène vidéo de skate au Minnesota ? Pourrais-tu nommer quelques vidéos locales que tu aimerais partager, éventuellement ? Puisque votre vidéo est sortie à l'époque où Internet et YouTube étaient encore relativement jeunes, les gens étaient beaucoup plus réceptifs aux projets indépendants qui s'octroyaient une visibilité de par leur qualité ; j'imagine qu'elle est restée en tête de beaucoup de gens, qui l'associent à la scène du Minnesota, mais quid de ce qui y a été réalisé d'autre ?
 
Pete : Oui, une riche histoire de vidéos du Minnesota nous précède, pour sûr.
 
On s'est lancés au bon moment, en même temps que YouTube décollait. Je me souviens qu'avant même « Boondoggle », j'avais fait ce vieux trick tip pour apprendre le forward flip, qui a presque un million de vues.
 
Mais oui, avant l'explosion de YouTube, Benji Meyer était mon idole. Il a réalisé des vidéos qui sont toujours à mes yeux des classiques intemporels. Benji filmait beaucoup de skateurs qui roulaient pour un shop local du nom de Fobia. Des types comme Steve Nesser, Clint Peterson, Seth Mccallum et Emeric Pratt, entre autres. Mes préférées : « Anonymous » et « Joy & Pain », toutes deux sorties en 2001.
 

"Je connais David depuis 2003 et malgré tout, impossible de les distinguer"

 
LSM : Tu sembles privilégier les titres rigolos, pour les vidéos. Pour ce qui est de ce nouvel intitulé, « Skating Is Easy » - quel est le message, s'il y en a un ? Une private joke, une philosophie, un peu des deux ? Aussi, où avez-vous filmé ? J'ai vu des clips à L.A., donc je sais que ça n'est pas qu'au Minnesota. Comment as-tu choisi les skateurs pour ce projet, peux-tu les présenter ? Dans le cas de la section qu'on présente aujourd'hui, partagée par Grady Moquin et Josh Manoles, comment son assemblage s'est-il organisé ?
 
Pete: [rires] Oui, c'est une philosophie et une blague à la fois. Evidemment, le skate, c'est super dur. Je crois que c'est Pat Gallaher qui a trouvé le titre, ce coup-ci...
 

Pat Gallaher, switch drop into 50-50. Ph.: Kevin Horn
 
Je ne sais plus comment c'est parti, vraiment, mais c'est subitement devenu le truc parfait à dire à ton pote qui galère à filmer son trick, genre : "tu sais mec, le skate c'est facile, donc tu filmes ton clip, et ensuite on ira chercher les bières et les tacos, c'est pas plus compliqué". Ca nous faisait marrer, ça détendait l'atmosphère à chaque fois et franchement ça marche, essayez tous chez vous !
 
Les skateurs sont Pat Gallaher, Cooper Winterson, Jeremy Murray, Mike Lemnitzer, Kirian Stone, Zach Moore et cette part, divisée entre Grady Moquin et Josh Manoles. J'ai un avis bien tranché sur les parts partagées, je crois que dans un tel cas les skateurs devraient avoir des styles complètement différents et être reconnaissables, ce qui est le cas de ces deux-là. Je me souviens de mon pote David Jaimes qui partageait cette part dans une vidéo de L.A. avec Auby Taylor : je connais David depuis 2003 et malgré tout, impossible de les distinguer.
 

Cooper Winterson, backside nosegrind. Ph.: Kevin Horn
 
LSM : Tu sembles vivre full-length après full-length comme certains vivent salaire après salaire, question rythme : dès qu'un projet atteint son échéance, que les DVD sont tirés, et les parts en ligne, il semblerait que tu replonges aussitôt la répétition du même processus. Tu as réalisé tant de vidéos ces dix dernières années qu'on dirait que tu ne sais pas t'arrêter. Parfois c'est difficile pour l'auteur de s'en rendre compte lui-même, tant il est concentré sur la création. A quel point t'estimes-tu bouffé par la vidéo de skate ? Est-ce que tu te fatigues du modèle type, parfois ? Comment restes-tu motivé ?
 
Pete : Ouais grave, je suis complètement bouffé par la réalisation de vidéos de skate. Je suis entouré de skateurs qui sont ultra motivés à filmer et à partir en trip quitte à poser des vacances, donc ça n'est pas très compliqué non plus comme position, bien que je ne filme plus forcément avec les mêmes gens qu'avant. Il y a certaines têtes que je filme depuis « Boondoggle », mais il y en a aussi d'autres qui ont ralenti question skate, sans forcément arrêter mais qui ont d'autres priorités, désormais. Et c'est la vie, pas de souci.
 
J'ai trente-trois ans maintenant, mais les filmeurs durent plus longtemps que les skateurs. Je bosse pour une compagnie aérienne et j'ai des vols gratuit en plus de bénéficier d'un planning de congés confortable, donc mon style de vie se prête finalement très bien à mon activité de réalisateur.
 

Pete & Cooper. Ph.: Kevin Horn
 
Dès que je boucle une vidéo, en général, c'est autour de février, donc quand j'en ai l'occasion, je pose une semaine et je recense ceux qui sont motivés à partir filmer dans un endroit chaud. Et c'est comme ça que tout se réinitialise...
 
Chaque vidéo que j'ai réalisé s'est faite sur deux ans. La première année, on filme un peu au pif et après, on commence à se rendre compte de la forme que prend la vidéo : qui aura des parts, qui sera dans un montage, et tout ça.
 
La deuxième année, je suis plus concentré sur le fait de façonner une esthétique propre à la vidéo, via les éléments graphiques ou encore la musique. La plupart des gens me disent qu'ils apprécient toujours le format de la full-length, mais moi, je pense de plus en plus à essayer quelque chose de différent. Ca fait maintenant deux full-lengths que je me dis que je veux faire un truc plus court, mais au bout de la première année je finis toujours par me dire "Ahh, si je filme encore un an de plus, tout le monde aura des parts, ça sera mieux !". On verra bien la tournure que prendra la prochaine, donc...
 

"Perso, tout ce que je fais, c'est pour moi-même"

 
LSM : Tu as sûrement été témoin de beaucoup d'évolution dans la scène, la vidéo et les médias de skate au cours de la dernière décennie. Cependant, tu n'as jamais changé ton approche, toujours à presser des DVD, constituer un site Internet dédié, pour finir par teaser et mettre en ligne les sections du film une par une... Par rapport à l'époque de « Boondoggle », dirais-tu que le modèle est aussi viable ? Qu'en est-il du marché de la vidéo indépendante en 2019, les gens soutiennent toujours et continuent à acheter des DVD - ou fais-tu ça par amour, voire à perte ? As-tu un message à faire passer aux aficionados de la formule VX-1000 / DVD qui persistent et signent, de nos jours ? C'est sûrement aussi facile que le skate, remarque...
 
Pete : Bien sûr, tout a tellement changé, et continue de changer - très rapidement. Je dirais que n'importe quelle formule qui te correspond est la bonne, et peut t'être viable. Ca dépend de ce que veut dire viable pour toi, quel est ton but ?
 
Perso, tout ce que je fais, c'est pour moi-même. C'est ce que j'aime faire, et je veux juste continuer à kiffer avec mes potes, comme je veux. A l'époque de « Boondoggle », bien plus jeune, j'avais un peu en tête de devenir "filmeur professionnel" mais je ne regrette pas du tout de ne pas avoir suivi cette voie. Je pense qu'à l'époque où « Boondoggle » buzzait, on aurait pu en faire quelque chose et peut-être en faire une marque, mais on ne se rendait pas compte du tout d'à quel point la vidéo était populaire, à l'époque. YouTube était tout neuf, et on ne réalisait pas que les vues qu'on faisait avec, c'était beaucoup.
 

Nate Cameron, frontside noseslide. Ph.: Kevin Horn
 
Et après tout ça, toutes ces années plus tard, j'entends encore des gens m'en parler. En 2009, un an après la sortie de « Boondoggle », je suis allé à Barcelone avec C.J. Tambornino. On était à MACBA, et Madars Apse et tous ses potes nous ont approchés, en nous expliquant qu'ils étaient fans de C.J., puis ils l'ont tous encouragé alors qu'il essayait son trick sur les quatre blocs. 
 
Pour décrire le phénomène des DVD de skate aux non-skateurs, j'utilise souvent l'analogie des vinyles : il y a toujours un public cible, que l'objet physique touche. Les enfants, par contre : attention à ne pas faire produire trop de DVD qui vont vous rester sur les bras ; ça, c'est une tragédie vieille comme le monde ou presque...
 
LSM : OK Pete, concluons ! Tu as un nouveau projet en cours, déjà ? Des gens à remercier, peut-être ? Merci pour ton temps !
 
Pete : Ouais, je suis lancé sur la prochaine. Peut-être un truc plus court, donc, filmé sur moins longtemps mais encore une fois, on verra bien. Pour l'instant, je filme, juste.
 
On est déjà partis sur un trip sur la côte Ouest après la sortie de « Skating Is Easy », et en mai on repart dans le Midwest. 
 
Merci pour l'article. Je voudrais remercier Benji Meyer pour m'avoir montré que c'était possible de faire des vidéos de skate qui défoncent et ce, peu importe où on se trouve (une notion qui était nouvelle à l'époque) ; ainsi que tous les skateurs qui m'ont fait, me font et me feront confiance, et les gens qui achètent mes vidéos.
 
R.I.P. C.J. Tambornino.
 

Ph.: Kevin Horn
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