"SEMPER ONE" / PREMIERE / Szymon Jaros / INTERVIEW

Szymon Jaros opère depuis la Pologne en général, plus précisément de la Tricité et bien qu'il soit impliqué dans pas mal de choses en coulisse depuis un bon paquet d'années maintenant, de nos jours, c'est avec Semper Skateboards qu'il s'occupe et ce, par dessus une vie de famille chargée et un emploi à plein temps. Aujourd'hui, la mise en ligne de "SEMPER ONE", la première vidéo format full-length de la marque, via LIVE marquait la tentante occasion de capter Szymon en plein vol et d'approfondir Semper, non pas en tant que produit mais en tant qu'exutoire personnel - et  enfant chouchou - d'un activiste de longue date, fermement décidé à rendre à la scène qui lui a tant donné ; chose qu'il fait à sa façon, sans vraiment considérer les modes. Derrière chaque entreprise individuelle se dissimule l'intention d'une personne et de ce fait, c'est un plaisir que d'allouer un peu d'espace à Szymon pour raconter la sienne, via l'interview ci-dessous !

LIVE Skateboard Media : Yo Szymon ! Saurais-tu te présenter à nos lecteurs, pour commencer ? Peux-tu nous raconter d'où tu viens exactement en Pologne, et comment ton chemin a croisé celui du skateboard ? A quoi ressemblait le skate local à ton époque, et à quoi ressemble-t-il de nos jours ? 

Szymon Jaros : Je m'appelle Szymon, et j'ai la quarantaine bien entamée. J'ai commencé le skate au milieu des années quatre-vingt-dix alors que j'habitais encore à Tarnobrzeg, une petite ville dans le Sud de la Pologne. Et là, ça fait vingt-trois ans que j'habite à Gdynia qui fait partie de la Tricité (qui comprend Gdańsk, Sopot et donc Gdynia) sur la côte Baltique. 

Au fil des ans, j'ai été impliqué dans pas mal de choses concernant le skate. J'ai été photographe, à shooter pour plusieurs magazines ; dans les années deux mille, j'étais en charge des deux pages web de skate deskorolka.pl et skateboarding.pl. Aussi, pendant un temps, j'étais impliqué dans une marque locale orientée hip-hop et skate.

Quand j'ai emménagé dans la Tricité, il y avait entre trente et cinquante skateurs en moyenne et c'était l'une des plus grosses scènes du pays. Désormais, il y en a des centaines, et la Tricité demeure à ce jour l'un des meilleurs endroits pour le skate en Pologne. Des spots de partout, des bons skateparks (dont deux parks couverts, depuis peu) et puis, la Mer Baltique. Que réclamer de plus ?


Kuba Piejko, frontside bluntslide, Wroclaw. Ph.: Szymon Jaros

LSM : Aujourd'hui sur LIVE, c'est "SEMPER ONE" que l'on présente ; j'imagine naïvement que cela veut dire qu'il s'agit de la toute première vidéo complète Semper ? Combien de temps t'a-t-elle pris à réaliser, et à quel point avez-vous voyagé - puisqu'on peut y entrevoir des clips filmés en Pologne certes, mais aussi à Berlin et même à N.Y.C. ? Comment décrirais-tu cette expérience derrière la caméra, en général, avec des mots ?

SJ : "SEMPER ONE" est notre première full-length. Les tricks les plus anciens y figurant ont été filmés il y a sept ans, mais la majorité de la vidéo a été shootée au fil des trois ou quatre dernières années. On l'a filmée principalement au gré de nos trips partout en Pologne, en Lithuanie et en Allemagne. Comme tu as pu le constater, il y a pas mal d'images à Berlin ; j'y adore l'atmosphère, et la ville n'est qu'à quatre-vingt kilomètres de la frontière Pologne-Allemagne. On a aussi pas mal exploré Vilnius et Hambourg, c'était cool. Mais principalement, on s'est cantonnés à l'intérieur de la Pologne ; aussi, il y a un trick à N.Y.C., que Maciek y a filmé pendant ses vacances.

"L'idée était de
créer quelque chose
pour la scène ;
restituer ce que
j'en avais reçu
"

LSM : La vidéo suit un séquençage classique qui voit des parts individuelles se succéder, était-ce particulièrement important de conserver ce format pour toi, où d'utiliser des caméras H.D. par exemple ? Tu as des goûts spécifiques en matière de vidéos de skate, ou tu fais juste les choses de la façon que tu connais ? 

SJ : J'ai grandi en regardant des vidéos divisées en parts dans les années quatre-vingt-dix et deux mille, donc c'est assez naturel pour moi que de reproduire ça. Au sujet des caméras, à la base, j'étais photographe et un jour j'ai décidé de me mettre à filmer en utilisant le matériel que je possédais déjà. J'ai commencé "SEMPER ONE" sur un boîtier DSLR et l'ai achevé avec des appareils photo hybrides. J'ai une préférence pour filmer au zoom, aussi, même si j'apprécie aussi le fish-eye.

LSM : Peux-tu nous présenter les skateurs figurant dans la vidéo ? Parle-nous de tes riders.

SJ : Le crew de Semper a pas mal évolué au fil des années. Au final, la vidéo "SEMPER ONE" est composée de cinq parts, avec au total sept skateurs. 

Ca commence avec la part de Dawid Cybula ; Dawid a rejoint la famille il y a quatre ans et filme toujours à fond. De base, il vient de Glogów mais vit désormais à Wrocław. 

La part suivante est celle de Tomek Wiśniewski avec Kamil Gozłowski. Les deux sont basés dans la Tricité et les deux ont ralenti un peu le skate depuis, ils sont moins actifs. 

La troisième section est celle de Konrad Bach qui lui vient de Brzesko (près de Cracovie) avec quelques clips de Andrzej Wylegżanin, originaire de Rzeszów. Les deux n'ont rejoint Semper que récemment ; Konrad n'est venu que sur quelques trips, mais s'est avéré filmer pas mal. Andrzej n'a pu rejoindre qu'un seul trip et on a pas fait grand chose.

Puis c'est au tour de Maciek Olszewski, originaire de Nidzica (près de Olsztyn) mais désormais résident de Cracovie. Maciek a progressé comme un fou depuis qu'il a rejoint Semper il y a trois ans ; on a réussi à filmer une chouette part.


Maciek Olszewski, frontside feeble, Varsovie. Ph.: Szymon Jaros

Et enfin la dernière section revient à Kuba Piejko, un guitariste tueur de rail originaire de Głogów. Vous devez mater sa part ! 

Comme tu peux le voir, le crew provient d'un peu partout en Pologne, ce qui n'aide en rien lorsqu'il s'agit de rassembler tout le monde à l'occasion d'un trip mais, d'une façon ou d'une autre, on y parvient.

LSM : Peux-tu nous raconter l'histoire de Semper ? Quand as-tu lancé la marque exactement, et quelle était ta motivation ?

SJ : C'est une drôle d'histoire ; il y a environ dix ans, j'étais en voyage avec des potes pour me rendre à un contest, et on a eu cette longue discussion au sujet du sponsoring en Pologne. L'un des gars disait carrément qu'il serait prêt à tout pour glaner un sponsor board ; on en a parlé, je lui ai dit que je connaissais quelques usines via le Bright et puis, une chose en a amené une autre.

C'est le rêve de chaque skateur que d'avoir sa propre marque de boards, je pense. A l'époque j'avais déjà la trentaine avec une femme et des enfants, et je travaillais à plein temps en tant qu'ingénieur. J'ai quand même décidé de lancer Semper, en me disant que je pouvais gérer ça comme un hobby ; quelque chose pour soutenir la scène et non une source de profit. 

Maintenant, une décennie plus tard, je travaille toujours en tant qu'ingénieur et j'essaie toujours de gérer cette boîte. Ma motivation n'a pas changé. Je ne skate plus autant qu'avant, mais je m'amuse toujours autant à partir en trip et à filmer des vidéos, ou shooter des photos. Donc Semper persiste à demeurer un hobby et non un business, quelque part. Ce serait top d'arriver à vivre du skate, mais je crois que j'aime bien la situation actuelle. 

LSM : Dirais-tu qu'il y a quelque chose en particulier que tu essaies d'accomplir ou de représenter dans le skate avec Semper ? Même inconsciemment, si cela devait être quelque chose, que serait-ce ?

SJ : Semper est le mot latin pour 'toujours' : toujours le skate. Le skate fait partie de ma vie depuis que j'ai vu des gens sur des bouts de bois dans les années quatre-vingt-dix ; ma vie actuelle est ce qu'elle est grâce au skate.

L'idée derrière la marque était de créer quelque chose pour la scène ; restituer ce que j'en avais reçu. Je m'affaire à cette tâche au mieux.

"La scène de la Tricité
a toujours généré
de bonnes vidéos,
"
HE HE HEADS"
en fait partie!
"

J'ai aussi décidé que je ne ferais pas une marque sombre de plus avec des têtes de mort et des os. Ce n'est pas mon style ; ce qui m'intéresse, c'est l'écologie et la nature. J'estime que c'est important dans la vie. Aussi, j'aime bien les illustrations typées bande dessinée ou cartoon, donc la plupart des graphiques Semper sont des animaux et des plantes dessinés dans ce style. Personnellement, je ne sais pas bien dessiner, donc beaucoup de nos graphiques sont réalisés en coopération avec des artistes locaux.

LSM : La Tricité dissimule-t-elle davantage de crews et autres entreprises créatives intéressantes que tu aimerais représenter ? Quid de l'historique des bonnes vidéos locales ? Récemment, on a porté mon attention sur "HE HE HEADS". 

SJ : La scène de la Tricité a toujours généré de bonnes vidéos, "HE HE HEADS" en fait partie!

Parmi les premières vidéos marquantes, on peut citer le magazine vidéo polonais "INFO", qui sortait au milieu des années quatre-vingt-dix. Plus récemment, vous pouvez aussi vous attarder sur "FISHEYE PROJECT STUDIO" en provenance directe des années deux mille, et "REGRES", qui date de deux mille quatorze. Et parmi les plus nouvelles, je recommande "POINT OF ENTRY".

"Ce qui me manque, c'est
le skateshop local"

LSM : Comment décrirais-tu la scène actuelle en Pologne de ton point de vue, et à quel point te satisfait-elle ? Tu souhaiterais changer quoique ce soit dans le skate, peut-être ?

SJ : La Pologne a beaucoup changé depuis que j'ai commencé le skate. La scène devient de plus en plus mûre, j'ai l'impression. Il y a plein de marques locales comme Semper, dont certaines qui sont apparues l'année dernière encore, seulement. Et il y a de plus en plus de productions vidéo ; les gens devraient porter leur attention sur les vidéos de Kuba Kaczmarczyk et de Krzysiek Godek.

Aussi, les kids locaux shootent régulièrement leurs propres 'web parts', qu'ils partagent ensuite sur les réseaux sociaux. Il y a quelques années, j'étais inquiet que le format full-length disparaisse au profit des réseaux sociaux mais ce n'est jamais arrivé, au final. La génération actuelle désire toujours faire de vraies vidéos.

Un autre phénomène important, c'est comment le skate est en train de se développer même dans les plus petites villes. De nos jours, on trouve des skateparks pas seulement dans les grandes villes type Varsovie, Cracovie, Katowice, Lublin ou la Tricité, mais aussi dans les villages ; l'été dernier, j'ai même repéré un groupe de skateurs en train de s'acharner sur une flat barre D.I.Y. sur un parking au beau milieu d'un bled en pleine cambrousse. 

Ce qui me manque, c'est le modèle du skateshop local. Au fil du temps, le marché a changé, les ventes se passent désormais en ligne et, en conséquence, beaucoup de shops locaux ont fermé. Certaines, nouveaux, ont ouvert l'année dernière malgré tout pour revigorer la scène, mais avec la pandémie en ce moment, j'imagine qu'ils galèrent.

LSM : OK Szymon, c'est le moment des remerciements ! De nouveaux projets à venir, dans les tuyaux de Semper, au fait ?

SJ : On a pas vraiment de plan fixe pour l'instant. On voulait sortir un montage web pour deux mille vingt, mais ça ne s'est pas fait à cause du virus. J'espère qu'en deux mille vingt-et-un, on pourra filmer davantage et sortir quelque chose de vraiment bien. Quoiqu'il en soit, oui, davantage tôt que tard, on va plancher sur une deuxième vidéo !

Live Skateboard MediaLive Skateboard Media

Patientez pour passer l'annonce...
Fermer