Strobeck et son "cherry"

Photos et interview: Benjamin Deberdt

"Cette vidéo, c'est plus comme d'aller dans un magasin de fripes, et d'essayer de trouver quelque chose qui te plaise."

 Benjamin Deberdt

On peut dire qu'ils étaient nombreux à l'attendre au tournant, le Strobeck… Des fans de A Love Supreme aux anti-touts, en passant par les fans inconditionnels du skateshop le plus célèbre du monde, tout le monde se demandait ce que l'ex-“Fat Bill” allait pouvoir bien faire de  "la vidéo Supreme"…
Et bien, comme espéré, il en a fait son œuvre, du Strobeck dans le texte, pur moment de skate, entre moments de vie et tricks capturés dans toute leur brutale simplicité… Je ne vais pas revenir sur la vidéo en elle-même, elle tourne en boucle chez vous.
Mais, il restait tout de même quelques questions à poser à William…

À quel moment filmer pour des petits montages comme “buddy” s'est transformé en “on fait une vidéo”?
Ça s'est passé comme ça:on m'a demandé de tourner une petite vidéo pour le site de Supreme, parce que Dill était en ville, et ils avaient ce gamin à qui il donnait du matos, qui s'est révélé être Tyshawn Jones. Donc, j'ai filmé cette pub début Juin 2012, je l'ai monté et ça a connu une super bonne réponse.… À la fin du mois de Juin, j'avais déjà commencé à filmer pour ce qui allait devenir  “cherry”. Et la première mission a été ce passage à Paris avec Dill et Gonz.

Beaucoup de gens semblent vraiment dérangés par l'absence de “parts” classiques, ce que je trouve assez fou… Tu trouvais que les vidéos de skate sont trop formatées, ou tu voulais juste trouver ton propre rythme?
Je n'avais rien planifié, j'ai improvisé la vidéo en fonction du feeling de la musique et des images que j'avais, en les mettant dans un ordre qui me plaisait. Il y a des parts, mais pas vraiment, genre Paulo et Dylan ont des parts, et Dill a une part, et les gosses ont des sections. C'est plus normal comme ça, pour moi. Plus naturel… Les gens sont juste trop feignants, il faut que tout leur soit bien présentés dans le bon ordre, comme lorsqu'ils vont au supermarché : là, c'est le coin jus d'orange, là, c'est le rayon des pâtes… Que tout soit bien pratique. Cette vidéo, c'est plus comme d'aller dans un magasin de fripes, et d'essayer de trouver quelque chose qui te plaise. Tu vas peut-être trouver, peut-être pas. C'est plutôt monté pour que tu sois obligé de penser, tu dois t'investir, sinon, tu ne comprends pas. Il faut le prendre comme ça vient.

En parlant de rythme, tu es toujours pointu dans tes sélections musicales, et “cherry” ne fait pas exception. Je me demandais ce qui venait en premier, lorsque tu montais:un moment ou une idée que tu voulais mettre en avant,  l'idée d'un morceau pour lequel tu trouves les bonnes images?
C'est un mélange des deux, ça c'est sûr… Je colle des images ensemble, et je me dis: “ce morceau tue, et ce petit montage-là va bien bien dans l'ambiance” alors je bosse autour de ça. Ou alors, j'ai déjà la chanson, et je commence à coller des images dessus… Je ne sais pas, c'est peu les deux, en fait.

L'internet étant ce qu'il est, les commentaires vont bon train à propos de “cherry”, comme à propos de quoi que ce soit qui se passe sur cette planète. Tu regardes un peu ce qui s'écrit, ou pas du tout?
En fait, oui, je lis ce que les gens écrivent… J'aime à quel point certains sont complètement cinglés. Hmm, un qui me revient, date du début, avant même le trailer, quand les gens ont appris le nom… Un mec a écrit: “Ça s'appelle “cherry” parce que la cerise c'est le meilleur, et Supreme veut être au top.” J'ai trouvé l'analyse plutôt chan-mé.

Et, est-ce que le nom a une explication, au final?
Oui, le nom vient de cette image de Sean Pablo tenant sa board, avec marqué “TAKE MY VIRGINITY AWAY” dessus. Quand dil a fallu décider, c'était ma première full-length, la première full-length pour Supreme, et la première fois que tous les kids seraient visibles tous ensemble dans une vidéo. Donc, c'était un peu “the cherry” pour tout le monde. [NDLR: en anglais “pop the cherry” signifie “dépuceler”]

Qui a bossé le plus dur sur cette vidéo, tu penses?
Sérieusement, je ne vais nommer personne… Tout le monde a vraiment mis le paquet… Au final, on a tous bossé le plus dur possible dessus, même dans les bureaux, ou pour faire le packaging du DVD. Et c'est grâce à tout le monde que la vidéo existe.

Presque tout semble avoir été filmé à New-York et L.A. C'était un choix délibéré, ou le résultat des circonstances?
Je voulais beaucoup filmer à NYC, bien-sûr, et durant l'hiver, je n'avais aucune raison d'y rester assis à attendre, donc j'allais à L.A… Comme tu l'as vu, j'ai choisi des spots et des lieux qui sont des classiques… Le Courthouse à New York, tu sais tout de suite que c'est le Courthouse… C'est le même spot qu'il ya quinze ans, et c'est un spot classique de NYC. Tu sais tout de suite, en le voyant, que tu es à New York… Même chose pour les tables de pique-nique, et les cours d'écoles: tu te sens tout de suite à L.A… Ce sont des classiques, visuellement, et le resteront pendant encore des années…

 Benjamin Deberdt

À Paris, avec Jason Dill, et de nouveaux potes.

Comment as-tu rencontré Paulo Diaz, et surtout comment tu l'as embringué sur le projet?
C'était l'hiver, je voulais aller à L.A… Dill m'a dit que Paulo passait au magasin Supreme, là-bas, dernièrement… Là, je lui ai dit: “imagine si l'on avait des images de Paulo dans la vidéo!” Il m'a rappelé deux jours plus tard, genre: “J'ai parlé à Paulo, il est chaud…” Je pensais que l'on aurait un ou deux trucs de lui… Il était tellement à fond du projet, et prêt à nous rejoindre tous les jours que j'ai passé à L.A. Il a tout tué. Je suis fier de lui, et j'ai adore son skate… J'ai toujours adoré.

Un petit truc que les gens ignorent sur lui?
Il est super bon beat-boxer. C'est fou… Ce mec est juste super drôle et me faisait rire toute la journée… Une super énergie.

Et Scott Johnston, comment tu as réussi à le convaincre de filmer?
Je n'ai pas eu besoin, il a fait tout ce qu'il pouvait pour être dans la vidéo. Il est super occupé, mais a tout de même trouvé le temps pour moi, quand j'étais de passage à L.A. Je suis à bloc qu'il soit dedans, bien-sûr.

Le seul autre projet vidéo que Supreme ait jamais produit est A Love Supreme, de Thomas Campbell… Tu le gardais en tête, quand tu murissais “cherry”? D'ailleurs, tu l'avais vu, lorsque c'était sorti, en 1995?
Je crois bien, que oui, au début… J'adore ce film de Thomas, il capture vraiment une époque… Je pense que, au début, je me disais “Je dois faire quelque chose de ce genre-là…” J'ai filmé en 16mm et en Super 8, quand je tournais. J'ai fini par tout utiliser dans le trailer, et pas ailleurs. Je voulais que les gens croient que la vidéo serait comme le film de Thomas, et que lorsqu'elle sorte, ça n'ait rien à voir. J'aime bien piéger les gens.

Je me rappelle t'avoir interviewé à un moment où tu te trouvais trop vieux pour filmer avec la nouvelle génération, il y a de cela quelques années. Qu'est-ce qui t'a fait changé d'avis?
J'ai rencontré tous les jeunes, et j'ai kiffé leur énergie. IL m'ont fait me sentir jeune à nouveau, et pas blasé. Ils tuent. Je suis super fiers d'eux, et contents qu'ils fassent partie de cette vidéo. Regarde, tout le monde parle d'aux, maintenant. Ils ont assurés!

Qu'est-ce qu t'excite ces temps-ci, dans le fait de documenter du skate?
Le truc, pour moi, avec le skate, c'est que ça me fait me sentir jeune à nouveau. Pour moi, de voir les pros connus mélangés aux jeunes à tous skater la même cours d'école, c'est juste marrant… Tout le monde fait une SKATE, et chille ensemble. C'est tellement bon.

Je suis obligé de te demander des nouvelles de Pappalardo…
Pappalardo va bien. Je ne l'ai pas vu depuis un moment, mais je sais qu'il va bien… IL doit être en train de skater, probablement.

Après avoir passé une année dans les rues avec tout le monde, la tournée mondiale des avant-premières en mode VIP a du être un choc?
C'est sûr que c'est un nouveau feeling pour moi. Parce que beaucoup de choses étaient axées sur moi et quelque chose que j'avais réalisé… Donc, j'étais un peu déboussolé. Mais, dans le bon sens du terme, j'étais à bloc et content de la vidéo, donc j'étais prêt à la montrer à tout le monde.

Maintenant que “cherry” est sorti, qu'est-ce que tu as de prévu?
J'ai quelques idées… Mais, il faudra que tu patientes un peu.

Et la Mixtape Strobeck, alors?
Ouais, on verra… Tout est sur un disque dur… Je ne suis pas pressé de me relancer à fond dans quelque chose, à la seconde, là… Peut-être un jour.

Vous pouvez vous procurer “cherry” afin de pouvoir la regarder comme il se doit, ici.
Et pour finir en beauté, un petit cadeau, de la part de William: un exemple des talents buccaux de Paulo Diaz:

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