Meeting… Caste Quality!

Photos du making of: Chris Mulhern

Interview: Benjamin Deberdt

Il y a de cela deux mois, un étrange objet vidéo est apparu sur nos écrans, mélangeant allégrement et à perfection le vieux et le neuf, la nostalgie et l’optimisme, sous le titre de The Philadelphia Experiment
Une fois que l’on avait fini d’apprécier le skate de grands anciens comme Oyola ou Reason avec celui des jeunes loups comme Wair, Trahan ou Suciu, l’on ne pouvait s’empêcher de se demander s’il s’agissait d’une marque de vêtements? Pour lesquels tous ces gars ne semblaient pas skater ? Qu’est-ce que pouvait bien être Caste, au final?
Il était temps de faire parler les deux principaux personnages derrière ce mystère, deux Chris, d’ailleurs… L’un, Mulhern, connu pour This Time Tomorrow entre autres, et le maître derrière la vidéo, et l’autre, Fireoved, ancien local parigot, “fashion designer”, comme on dit. Deux Chris, donc, et un amour commun : celui du skate à Philadelphie. On s’en serait douté…

Vous vous connaissez d’où, pour commencer?
Fireoved: J’ai déménagé à Philly, quand j’avais 18 ans, et je skatais ce spot de flat, appelé Cecil, pas loin de mon école, à l’époque. Mulhern était plus âgé, et avait déjà un petit crew qui skatait là aussi, tous les jours, et l’on s’est bien entendu. Il filmait pour l’une de ses premières vidéos, appelée I’d Rather Skate Cecil, et l’on se retrouvait sur ce spot, pour partir en mission, dans le coin, ou l’on partait en trip à Washington D.C. ou New York. Je me rappelle qu’après le skate, on rentrait tous à l’appart’ que Mulhern partageait avec son pote Jeff, genre dix entassés dans une pièce, à picoler et fumer, tous collés autour de son ordinateur à essayer de regarder les petits montages sur lesquels il travaillait. Tu pouvais sentir que Mulhern ne voulait qu’une chose : qu’on se barre et le laisse tranquille ! [Rires]

Comment vous en êtes arrivés à vouloir faire “quelque chose” ensemble?
Fireoved: J’ai vécu à Paris pendant deux ans, et Mulhern était à L.A, lui. On faisait chacun notre truc, mais on était toujours pas mal en contact. On parlait d’essayer de développer une sorte de plateforme créative, avec laquelle on pourrait combiner nos efforts, et développer des choses concrètes. Mulhern m’a parlé de ce montage sur lequel il avait commencé à travailler, ce qui devait devenir The Philadelphia Experiment, et m’a dit qu’il était prêt à s’en servir pour “lancer” la marque que nous étions en train de créer.

Et donc “quelque chose’ est devenu Caste Quality à ce moment-là?
Fireoved: Après une année, et quelques errements suite à notre première décision de faire “quelque chose”, Caste était né. Nous sommes passé par tout un processus assez ardu, entre les paperasses, le côté légal de tout ça, et puis le travail de chacun des six à sept personnes impliquées au départ, pour créer la marque. Mulhern avait fini son montage, et l’on était tous d’accord sur l’idée de produire des vêtements comme notre premier produit tangible serait un bon début. Nous voulions que chaque objet tangible pour Caste soit en rapport direct avec le medium visuel utilisé à chaque fois, donc de créer quelque chose qui reflétait certains aspects de la vidéo. Le film original The Philadelphia Experiment tournait autour de l’idée de voyage dans le temps, via un bateau militaire, le USS Eldridge. La première pièce sur laquelle nous avons travaillé était la veste: on a pris des vieux tissus militaires et l’on a manipulé le design original pour en faire quelque chose de plus moderne, en changeant la coupe, en teignant par-dessus le camouflage, et en y appliquant notre propre logo. On a essayé de transcender cette idée de passé vers le neuf –de voyage dans le temps, en fait– avec la Eldridge Field Jacket, tout comme Mulhern l’avait fait dans sa vidéo. La veste est la première vraie « chose » que nous ayons créée en tant que Caste, et a servi de précédent pour toutes nos futures pièces.

Comment vous définiriez Caste Quality, en fait?
Fireoved: Je dirais que Caste est plus une boîte de production, avec une ligne de produits physiques. Je crois que l’avantage de Caste, c’est d’avoir tellement de gens différents impliqués, et chacun s’y retrouve parce que nous sommes tous des skateurs, mais qui, en dehors de ça, sont très différents. Photographie, mode, graphisme, vidéo, web design – et la liste continue – sont autant de directions vers lesquelles nous poussent nos intérêts personnels. Je crois que c’est notre avantage, que nous puissions pousser un projet Caste dans tellement de directions, que ce soit une vidéo, une ligne de vêtement, un livre de photos, ça peut être n’importe quoi que l’un d’entre nous est investi et qui devient le focus d’un projet commun. Pour nous, ça efface toute limitation pour le futur, mais ça semble embrouiller plus d’une personne extérieure, pour l’instant, et c’est difficile à faire passer, semble-t-il.

Donc, vous n’êtes pas une “marque de fringues”… [Rires]
Fireoved: Non, pas nécessairement. Les vêtements sont une première étape pour nous, ou une façon de présenter la marque d’une façon matérielle, contrairement à la vidéo. Nous allons continuer à produire des vêtements, et garder cet aspect central pour la marque, mais encore une fois, nous avons de nombreuses autres visions sur ce que nous voulons réaliser via Caste, au-delà de juste des fringues.

Quand est-ce que l’idée de The Philadelphia Experiment est venue, et combien elle aura pris à réaliser?
Mulhern: Je travaillais sur un projet avec Ryan Gee [photographe et vidéaste documentant la scène de Philly dans les années 90, NDLR], et je digitalisais toutes ces vieilles cassettes Hi8 du milieu des années 90 à Philadelphie. Je me suis dit que ce serait chouette, d’essayer de retrouver la même caméra que Gee utilisait en 1997, et filmer aujourd’hui, avec… Downtown Philadelphie, comme lui. Il se servait d’une Canon A1 Digital lorsqu’il a filmé Matt Reason, Serge Trudnowki et Ricky Oyola à l’époque, donc j’en ai choppé trois sur eBay. Sur les trois, une fonctionnait. L’étape suivante était de trouver le bon fish-eye, mais Gee ne se rappelait plus du tout de quel objectif il se servait. Compréhensible, treize ans après ! En fait, Dan Wolfe avait utilisé la même caméra pour Eastern Exposure 3, donc je l’ai contacté, et lui ai demandé quel fish-eye il utilisait. Tout ce dont il se souvenait, c’est que c’était truc super cheap en 42x. J’en ai essayé plein, mais pour une raison inconnue, ils ne faisaient jamais le point une fois monté sur la Canon A1. Ce projet commençait à devenir plus une mission que je ne l’avais prévu ! J’ai commencé à réfléchir à d’autres filmeurs qui avaient beaucoup fait de Hi8 à cette époque, et RB Umali m’est tout de suite venu à l’esprit. Au final lui se servait d’une Sony VX3 pour toute l’époque Mixtape de Zoo York. J’en ai trouvée une refaite à neuf sur eBay, et elle a parfaitement fonctionné avec les fish-eyes que j’avais déjà achetés pour la Canon A1. La forme de cette Sony étant presque identique à celui de la VX1000, c’était même super simple de filmer avec.
Au début, je n’allais que tourner un montage en Hi8, mais j’avais aussi toutes ces très bonnes images en HD que je voulais utiliser. J’ai commencé à me dire que ce serait cool d’essayer de combiner les deux formats, mais il fallait que je trouve la bonne façon de le faire. Je travaillais aussi sur un projet pour Ricky Oyola et Traffic Skateboards, une sorte de chronologie de la marque. L’une des toutes premières boards qu’ils ont sortie était basée sur le thème de The Philadelphia Experiment. Je ne connaissais rien au sujet, mais j’ai commencé à faire des recherches. Quand j’ai appris que ça tournait autour de l’idée de voyage dans le temps, tout s’est mis en place. Je commencerais mon montage avec l’époque présente à Philadelphie, avec des images HD, puis je remonterais dans le temps en 1997… L’époque de la Hi8. Je dirais que j’ai dû filmer un peu plus d’un an pour ce projet, en montant au fur et à mesure. J’aime beaucoup éditer au fur et à mesure que je filme, comme ça je peux constamment modifier des choses, et savoir exactement ce que j’ai besoin de shooter pour que tout se complète à la fin.

Vous avez d’autres projets vidéo, avec Caste?
Mulhern:
Nous sortons un montage d’images Hi8 inutilisées, qui sortira en avant-première sur Live. Pas de musique, et pas vraiment de montage… Juste des images brutes qui avaient besoin de trouver leur place. Je crois que la plus grande qualité des images Hi8 de skate des années 90, c’est le son. Le micro sur ces caméras rend le son du skate incroyable. C’est complètement distinct, et dès que tu l’entends, tu te retrouves dans le passé!

Et quelle est la suite, pour Caste?
Fireoved: Nous avons quelques projets qui n’en sont qu’au début, pour l’instant, et quelques nouveaux produits sur le point de sortir. Nous essayons d’organiser quelques voyages pour l’année qui vient, histoire de rester en mouvement. Construire quelque chose de valeur va prendre du temps, mais nous ne sommes pas pressés… C’est “y” aller le coté le plus intéressant de toute façon!

Vous pouvez trouver les produits Caste Quality à Nozbone skateshop, ou via Magenta skateboards.
Si vous vous trouvez aux USA ou au Canada, c’est ici que ça se passe.

Les magasins peuvent contacter Caste Quality ici.

Histoire de vous faire patienter d’ici demain, et de vous faire plaisir, revoici The Philadelphia Experiment:

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