PREMIERE / "SHIT PIE" / Nebojša Resanović & Hana Piščević / INTERVIEW

En Anglais dans le texte et sans effort particulier de traduction littérale, en général, recommander à quelqu'un de la "SHIT PIE" quelque soit l'heure de la journée n'est pas censé refléter les meilleures intentions pour la satisfaction sensorielle de cette personne, ou son bien-être en général. Et bien surprenamment, celle-ci, en provenance de Serbie, est une spécialité bien locale que LIVE est fier de vous servir toute chaude puisque pour ce qui est de la recette, il est réellement question ici d'authenticité, de créativité et de suffisamment de motivation pour invalider dix comptes Instagram de memes du genre. Live, laugh, loveNebojša Resanović et Hana Piščević ont bien mijoté tout ça durant la cuisson de "SHIT PIE", vidéo filmée au plus profond de la marmite et du confinement local qui, finalement, scintille comme un court-métrage de skate frais, chargé de spots inédits dénichés au sein d'un même quartier de Belgrade, de tricks inventifs, d'enthousiasme brut et de conducteurs impatients. Forcément, LIVE s'est incrusté pour réclamer une part et maintenant, à votre tour de vous servir dans l'interview, ci-dessous !

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Ph.: Hana Piščević

LIVE Skateboard Media : Bon, maintenant que vous l'avez exposé en vidéo et via le prisme du skate, comment raconteriez-vous le contexte social ayant bercé la réalisation de « SHIT PIE » en général ? Qu'est-ce exactement qui vous a amené à vous lancer dans un tel projet, qu'est-ce qui a décidé de sa direction et comment s'est-il constitué dans le temps ? Combien de temps avez-vous passé à travailler dessus, et depuis combien de temps diriez-vous que vous aviez certains de ces spots dans un coin de vos têtes respectives ?

Nebojša Resanović : Le contexte social ici, ça a commencé par "haha, c'est vraiment bidon que toutes ces nouvelles règles, ça n'arrivera jamais jusqu'ici" et puis tout à coup, le lendemain, c'était la confusion totale - plus personne ne savait à quoi s'en tenir, ni qui croire. J'imagine que ceux d'entre nous qui étaient davantage 'hors-ligne' durant cette période y ont coupé davantage...

"Faire quelque chose
de différent
pendant cinq mois
était mon traitement
contre la déprime
générée par des
années de skate
de curb"

Le projet a officiellement démarré avec l'institution du confinement, patrouilles de police à l'appui, et la suppression de tout moyen de transport public. Hana me traînait littéralement dehors - et c'est vrai que depuis que j'ai emménagé avec elle dans un quartier relativement pentu de Belgrade, il n y a pas si longtemps que ça d'ailleurs, j'étais finalement entouré de spots - tout autour de la maison - que jusque lors je n'avais jamais vu comme des spots, jusqu'à cette 'situation'. Quand à la direction générale, faire quelque chose de différent pendant cinq mois était mon traitement contre la déprime générée par des années de skate de curb.


"SHIT PIE" Roundabout Festival, Postojna edition poster.
Ph.: Hana Piščević, design: Sergej Vutuc

Au sujet des spots, c'est dès la première fois que j'ai vu mon pote faire un bunnyhop en BMX au spot du ledge to bank (celui du hippy jump à la fin de la vidéo) que j'ai réalisé que celui-là était faisable. Ce que je ne savais pas, c'est qu'il me faudrait des grosses roues et, aussi, attendre huit ans pour finalement aller m'y ateler. En m'y rendant, je pensais à faire nosebump ou alors switch ollie, et puis le réalisateur a suggéré le hippy et, ainsi, influencé le cours de l'histoire
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Hana Piščević: Depuis que je connais Reska, j'ai commencé à rechercher des spots en ville, partout où j'allais - au début, exprès et puis de fur et à mesure, sans même plus essayer. Mais ça m'a toujours plu que de lui montrer mes trouvailles, comme si chacun était une nouvelle mine d'or. Ou parfois, en se promenant en ville, on se perd, on prend la mauvaise rue et notre réflexion, sur le moment, c'est tout de suite "et bien, tant qu'à y être, autant chercher des spots".

"Plutôt que de
regarder les tartes
des autres -

allez faire
la vôtre"

Quand le Covid a été officialisé, on s'est mis d'accord pour passer ce temps disponible à filmer et skater seulement les spots de notre voisinage, peu importe leur état. On a donc commencé à braver le confinement régulièrement, histoire de profiter des rues désertes et d'accumuler autant d'images que possible avant de se faire repérer par la police. Tout le long du projet, le fil rouge a été de tirer partie de ce qui nous restait au cours de cette période - à savoir nous-mêmes, et une certaine quantité de temps libre. Notre propre contexte social était "faisons ce qu'on veut, ce qui nous vient" - moi-même, je ne fais pas vraiment de skate, mais j'aime bien filmer et donc c'est ce que je me suis employé à faire.


Nebojša Resanović, nosewheelie 1/3. Ph.: Hana Piščević

LSM : La vidéo se termine sur un message : « you should make your own motherfucking pie ». Qu'est-ce qu'exactement que cette tarte que l'on devrait préparer soi-même ? Le message est-il qu'en fin de compte, le temps est ce qu'on en fait et que le plat du jour n'est qu'aussi exquis qu'on s'applique à le préparer ? Si c'est ça, quid de votre choix de l'ingrédient?

Nebojša : Il y a un proverbe ici qui dit : "impossible de faire une tarte à la merde", et bien moi je ne suis pas d'accord ! C'est juste que chacun trouve ce qu'il peut là où il peut. En ce qui nous concerne, il s'agissait de saisir la situation dans laquelle on se retrouvait soudainement, et d'en tirer quelque chose.

"Passer du temps
dans les rues,
au fil des rencontres
aléatoires,
c'est le plus vrai
des documentaires
"



Hana : Le message est que tu dois exploiter ce qu'il t'est donné d'avoir et essayer d'en retirer quelque chose de positif. Comme quand tu vides ton frigo des ingrédients qui s'y perdent, mais que tu en fais un plat de chef malgré tout. Le confinement, les spots pourris ; la caméra du téléphone, la copine qui filme mais ne skate pas, tout cela n'est qu'une métaphore [rires]. Mais en fin de compte, plutôt que de regarder les tartes des autres, allez faire la vôtre.

LSM : Quels sont vos parcours respectifs dans la vidéo et dans le skate ? Comment êtes-vous tombés dans la marmite de ces activités, et comment avez-vous commencé à les associer ?


Nebojša : En ce qui me concerne, mon premier projet vidéo a été avec le PRVNS crew sous la forme de "BOLE NAS NOGE", filmé à la GoPro mais je le qualifierais de 'sérieux' dans le sens où j'ai passé huit mois à filmer sans arrêt. Par la suite, on a fait plein d'autres vidéos avec les PRVNS. Quant à la réalisation, j'ai commencé à m'y intéresser par le biais des projets d'étude et du premier court-métrage fiction d'Hana. Mon intérêt pour l'aspect documentaire vient du skate - passer du temps dans les rues, au fil des rencontres aléatoires, positives comme négatives, c'est le plus vrai des documentaires.


Nebojša Resanović, nosewheelie 2/3. Ph.: Hana Piščević

Hana : Je fais du snowboard et j'ai passé beaucoup de temps dans ma vie dans des snowparks, donc j'imagine que je vois le skate à travers le prisme du snow - je suis toujours à chercher des similarités entre les deux, les éléments en commun, les tricks, et à comparer tout ça. Donc même si je ne skate pas vraiment (à moins de compter pousser dans la rue), je dirais que j'ai une relativement bonne compréhension du skate et je cherche en permanence à l'améliorer. J'ai étudié la réalisation et donc c'est un domaine qui m'est très familier en général ; ceci dit, je trouve que filmer du skate est très différent, et cette première fois était comme un feu d'artifice - j'ai appris à respecter le rythme, à chercher les meilleurs angles pour un trick, et à ne pas me fatiguer au bout de la cinquantième prise de la tentative du même trick, à zoomer sur le téléphone [rires]. Cette épopée m'a amenée à vraiment apprécier la détermination de quiconque exploitant les spots de rue.

"C'est exactement
ce que j'aime
dans certaines
vidéos de skate -
quand quelque chose
se passe derrière
ou entre
les tricks
"

LSM : Quel a été votre ressenti sur la réalisation de « SHIT PIE » en tant que dynamique de couple ? L'un et l'autre, comment vous répartissiez-vous l'enthousiasme - vous renvoyiez-vous la balle, question énergie ? Skater certains spots en particulier a-t-il jamais posé problème, surtout ceux aux apparences les plus isolées, ou tout cela s'est-il déroulé totalement naturellement ? En termes de vidéos de skate et de films en général, quelles sont vos inspirations respectives ?



Nebojša : Ce qui était nouveau pour moi, c'était de gaspiller 100% de batterie sur les essais d'un seul truc, et j'imagine que c'était le cas pour Hana aussi - certains tricks ont pris plus de cent essais [rires]. Mais oui, l'enthousiasme était mutuel, et on s'en nourrissait l'un l'autre.

La plupart des spots ont été trouvés au pif, juste en se baladant dans le voisinage. On a établi l'idée de ne skater que ce qu'on avait directement à disposition et, à partir de là, tout s'est passé au calme.

En parlant d'inspirations, vive Pontus Alv, et vive l'ensemble du skate européen !


Nebojša Resanović, nosewheelie 3/3. Ph.: Hana Piščević

Hana : Je sais que Nebojša doit skater - peu importe ce qui peut se passer autour de lui, il faut qu'il sorte et qu'il fasse son truc parce que c'est tout simplement bon pour lui ; peut-être moins pour ses articulations, mais c'est sain pour son mental. Du coup, je l'ai pas mal poussé à sortir, même les jours où l'idée ne le branchait pas vraiment. Parfois c'était lui qui me motivait, parfois c'était moi qui le motivait - en tout cas, on était tous les deux motivés à l'idée d'évincer tous les spots sur notre liste. Je regarde beaucoup de vidéos de skate avec Reska, mais mes inspirations proviennent surtout de films en général et c'est pour ça qu'on a filmé cette intro burlesque. Je crois que c'est exactement ce que j'aime dans certaines vidéos de skate - quand quelque chose se passe derrière ou entre les tricks, qui relie l'ensemble ou raconte une histoire.

LSM : Merci les amis ! Quid de la suite ; comptez-vous présenter de nouveaux projets, communs ou individuels et si oui, où rester connecté ? Quelque chose de particulier à exprimer au nom de votre scène, des projets ou des crews à mentionner, dans le skate et dans l'art ? Des remerciements, ou des projets de carrière dans la gastronomie, peut-être ?

Nebojša & Hana : Récemment, on a lancé notre marque : PAKO NAO au sein de laquelle on réalise des objets pratiques à base de bois, d'argile et de tapisserie. A suivre sur Insta, yo !

Une carrière dans la gastronomie - hmm… On ne sait jamais, peut-être qu'il s'avère qu'on tient un truc, avec ces tartes !


Pour ce qui est de la scène en Serbie, il y a une rumeur qui court selon laquelle le seul shop du pays a vendu mille planches complètes, l'an dernier. Le skate est plus populaire et tape-à-l'oeil que jamais, mais c'est certain que quelques-uns de ces kids vont continuer. Suivez @samitnesvrstanih sur Instagram pour notre actualité skate en Serbie - avec le Summit of the Non-Aligned - dont l'édition 2021, du 9 au 12 septembre vient de s'achever. Pendant ce festival et aussi à l'imminent Vladimir 2021, je recommende la projection de "Блян" / "BLYAN", une vidéo menée par notre bon pote bulgare Veliko Balabanov, mais aussi de s'intéresser à son projet "NA ZAPADU NIŠTA NOVO" en général : pour celui-là, avec Viktor Stoykov, il a filmé cinq d'entre nous, et toutes les images transpirent des rues de Belgrade.


"SHIT PIE" Roundabout Festival, Postojna edition poster.
Ph.: Hana Piščević, design: Sergej Vutuc

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