Dino Coce / "Tabula Rasa" / PREMIERE / Raul Žgomba / INTERVIEW

Une poignée d'années après la vidéo de Nikola Racan : "SOLSTICIJ", et une paire d'autres depuis la vidéo Simple Skateboards "BROTHERS", c'est au tour de "TABULA RASA" par Raul Žgomba que de s'élever en tant que production remarquable sous la forme d'une full-length indépendante en provenance d'une Croatie décidément fertile. Il y a quelques mois, nos confrères de Free Skate Mag en avaient déjà partagé un morceau, celui d'Antonio Peković ; maintenant, la vidéo complète est disponible en format DVD directement auprès de son auteur, galette comportant toujours plus de skate signé Nino Jurlina, Filip Tenšek, Karlo GluhačićElvis ButkovićMark Pogačar NikolićMiloš AčanskiZvonimir Mikić et (le dernier, mais non le moindre) Dino Coce, dont la part est justement celle que LIVE vous propose de découvrir aujourd'hui. Comme bien des projets aussi ambitieux, celui-là n'est pas sans amener son lot d'interrogations et donc, naturellement, on a capté Raul et Dino pour vous, juste au cas où, pour prévenir !
 

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LIVE Skateboard Media : Yo Raul, merci de t'être rendu dispo ! Peux-tu te présenter à nos lecteurs - quel est ton parcours dans le skate et dans la vidéo, respectivement ? Où et quand as-tu commencé le skate, et qu'est-ce qui t'a inspiré à te rapprocher de la caméra, aussi ?

Raul Žgomba : J'ai commencé le skate en 2011. A l'époque, on se filmait à l'arrache, avec des caméras pourries et des fish-eyes pour téléphone, du coup, ça ne me fascinait pas plus que ça... Et puis - en 2014, je crois - mon pote, qui fait du BMX, a acheté une Sony VX-1000 ; jusque lors, je ne savais même pas ce qu'était qu'une VX.

En tout cas, le type était sympa car il nous laissait tout le temps emprunter la caméra, lui-même ne s'en servant pas trop. A un moment, j'ai envisagé de lui acheter mais Mihael Šandro m'a devancé ; depuis, tous les clips Simple Skateboards ainsi que la full-length "BROTHERS" ont été filmé avec cette camera, et les gars s'en servent toujours à ce jour.

"[Dino] a filmé cette part sur
seulement trois boards,
il est efficace !
"

Après ça, Patrik Prhat a acheté une caméra HD donc moi, j'ai un peu mis le filming de côté, un an ou deux se sont écoulés et puis je suis tombé sur la vidéo de Threads Idea Vacuum : "HEADCLEANER". A elle toute seule, elle m'a remotivée à m'y remettre et entretemps, Mario "Feki" Fanuko [skateur légendaire de Pula qui a réalisé la vidéo "STRIC", NDLR] avait commencé a skater avec nous, la nouvelle génération. Sa caméra ne fonctionnait plus, mais il avait un fish-eye qu'on utilisait et finalement, j'ai décidé d'acheter une VX-2000 que j'ai trouvé sur l'équivalent croate d'Amazon. Feki m'a montré comment faire les réglages, comment capturer les images et c'était parti - merci, Feki ! Quelques mois plus tard, on réalisait déjà notre première vidéo.


Raul et Elvis Butković, quelque part en Istrie... Ph.: Karlo Gluhačić

LSM : Combien de temps "TABULA RASA" t'a pris, somme toute ? Qu'est-ce qui t'a inspiré à te lancer dans un projet de full-length à la VX, en indé ? Comment as-tu choisi les skateurs que tu as filmé, et à quel point étais-tu critique des styles et des spots destinés à se retrouver dans la vidéo ? Avec "TABULA RASA", tu avais un message quelconque ?

Raul : "TABULA RASA" a pris deux ans et demi, de 2017 à 2019 mais je trouve qu'on a surtout été productif sur les derniers dix-huit mois.

Après notre première réalisation vidéo, j'ai décidé d'acheter une VX-1000 et un fish-eye MK1 et de tout reprendre au départ. N'étant pas spécialement fan de montages courts, je me suis donné pour objectif d'accumuler beaucoup d'images avant de penser à quoique ce soit.

"Le type s'est exclamé
'si tu rentres cette figure,
je te donne cent kunas'
"

En ce qui concerne les skateurs, et bien, en Croatie, il y en a pas tant que ça et en bout de course, on se connait plus ou moins tous ici. Je ne veux pas parler au nom de tout le monde mais par exemple, j'ai rencontré Dino pour la première fois à Pula il y a trois ans, quand il est passé pour le contest local. Il est resté ici pour quelques jours de plus sur lesquels on a filmé quelques clips et, au vu du dynamisme que les sessions prennaient naturellement, j'ai commencé à réfléchir à l'idée de l'inclure dans un projet quelconque. Et hop, dès l'année qui suivait, on se retrouvait à officiellement filmer pour "TABULA RASA".


Ph.: Karlo Gluhačić

Concernant Peko (Antonio Peković), je le connais depuis des années maintenant mais lui et moi habitons dans des villes différentes, donc on ne peut skater ensemble qu'une fois ou deux dans l'année. A un moment, il y a deux ans, Karlo, Patrik et Puki sont partis étudier à Zagreb, et Peko a commencé à skater et traîner avec eux tous les jours. Personnellement, à cette époque-là, je faisais souvent l'aller-retour jusque Zagreb pour aller les filmer et de fil en aiguille, je me suis rapproché de Peko. On filmait en permanence et, je ne sais pas, à un moment on a naturellement commencé à accumuler les images en vue de cette vidéo en particulier. On a commencé à se voir plus souvent, dans d'autres villes en Croatie ou encore sur un trip à Copenhague, le tout juste pour filmer.

Pour ce qui est de Zvonimir [Mikić] - ça fait deux ans que chaque été, il vit à Pula pour le boulot, donc on a filmé sa part sur ces deux étés-là.


Ph.: Mark Pogačar Nikolič

La vidéo n'a pas de message spécifique, c'est vraiment juste le produit résultant de sessions sur un maximum de spots, de tentatives de tricks intelligents [rires] et de mon côté, j'ai fait de mon mieux niveau filming. J'ai aussi essayé de trouver une bande-son qualitative.

C'est tout - juste une pile de bons moments !

LSM : Il n y a donc pas que des spots croates dans "TABULA RASA" ; où vous êtes-vous embarqués pour filmer exactement, et sur combien de trips ? Comment vous êtes-vous organisés, vous avez tout payé de votre poche ou on vous a soutenu ? Une anecdote particulière survenue lors du filming à raconter ?

Raul : On a filmé à Pula et dans plein de petits bleds partout autour en Istrie, mais aussi à Rijeka, Zagreb et Split en ce qui concerne la Croatie. On est également allés à Belgrade grâce à David, Nebojša et Danilo, à Ljubljana grâce à Mark, Desh et aux potes de Slovénie et enfin, on a conclu l'histoire sur un trip chez Nino Jurlina, installé depuis peu à Copenhague.


Ph.: Karlo Gluhačić

On y a été de nos poches pour tout - Peko et Mark ont des boards à l'oeil, mais c'est tout. Pour ce qui est d'une anecdote, je ne me souviens de rien de dingue, à part les soucis de VX classiques - une fois, j'ai fait manger un mur à mon fish-eye et du coup, on voit les marques sur les clips que j'ai décidé de garder malgré tout.

Ou sinon, il y a aussi cette fois où Peko skatait juste à côté de chez quelqu'un, et la personne est sortie de chez elle, on pensait qu'on allait se faire virer mais le type s'est plutôt exclamé "si tu rentres cette figure, je te donne cent kunas", donc il a rentré son trick et au final, le type lui a filé de la weed... A toi de voir si tu coupes ça ou non ! [et puis quoi encore, NDLR]


Copenhagen days. Ph.: Karlo Gluhačić

LSM : Quelque chose en particulier a-t-il influencé la direction artistique de "TABULA RASA"? Par exemple, pourquoi la VX ? A quel point suis-tu la scène indépendante mondiale et - en plus local - quel est ton rapport avec Nikola Racan et que sais-tu de sa vidéo de 2014, "SOLSTICIJ" ?

Raul : Je ne sais pas, j'aime juste bien la VX - pour moi, c'est ce qui donne le meilleur rendu ; je ne m'imagine pas du tout filmer en HD. Aussi, il doit y avoir une part d'influence de Nikola Racan et de Mario Fanuko : je les voyais tout le temps filmer quand j'étais kid et systématiquement, c'était à la VX. J'imagine que c'est resté ancré ! Concernant "SOLSTICIJ", sur le moment, tout ce que je savais, c'était que Nikola bossait sur une vidéo et pas plus - même si je me suis retrouvé sur quelques-unes des sessions filming.

"On va continuer à faire la même chose"

LSM : En plus d'être incroyable en skate, Dino Coce est aussi un filmeur et réalisateur inventif. Que saurais-tu nous dire sur lui et son propre projet vidéo, "FINTA" ? Le trailer a été projeté à Vladimir il y a deux ou trois ans, déjà, et il est toujours dessus à l'heure actuelle, à y rajouter des couches d'idées novatrices. Filmer avec un tel énergumène pour "TABULA RASA", c'était comment ?

Raul : Dino vient de rentrer à Split après un moment passé à Berlin, et il s'apprête à y boucler "FINTA" avec son crew local, avec le Vladimir Film Festival 2020 en ligne de mire pour deadline. Filmer avec Dino était chouette, tout s'est vraiment déroulé nickel. On a commencé à filmer autour du Vladimir 2017, puis la session suivante était l'année d'après, sur le Vladimir 2018 ; après ça, on s'est motivés et il est revenu à Pula pour une dizaine de jours l'hiver suivant, pour filmer. On a filmé sur place mais aussi dans quelques villages d'Istrie et puis, peu après, je l'ai rejoint à Split pour finir sa part. Il a filmé cette part sur seulement trois boards, il est efficace ! [rires]


Ph.: Mark Pogačar Nikolič

LSM : Très bien Raul, c'est le moment de remballer ! De quelconques nouveaux projets en perspective, tu travailles peut-être déjà sur la suite ? Tu comptes rester à Pula, pour l'instant, ou comptes-tu t'exporter tôt ou tard ? Des remerciements ?

Raul : On va continuer à faire la même chose - Dino revient à Pula dans quelques semaines, Puki part étudier en Italie pour quelques mois pendant lesquels j'aimerais bien le rejoindre, et j'imagine que je ne serais pas tout seul... Donc peut-être que tout cela résultera en une nouvelle vidéo d'ici quelques années, qui sait. Pour l'instant j'étudie à Pula, et j'ai encore deux années à terminer donc là, je reste fixe.

J'aimerais remercier ma famille, tous mes amis, et remerciements spéciaux à Elvis Butković, Matteo Putigna, Matija Kos, Patrik Prhat, Karlo Gluhačić, Matija Janjušić, Nikola Racan, Mark Pogačar Nikolić, Desh, Antonio Peković, Nino Jurlina, David Soda, Nebojša Resanović, Danilo Pisanjuk, Dino Coce, Luka Hornyanszky...

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Dino Coce

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Dino Coce, hippy jump. Ph.: Tomaž Šantl

 
[Français]
 
"La première fois que j'ai vu ce spot, j'ai tout de suite sû qu'il était vierge - en tout cas, si quelqu'un s'y est jamais frotté auparavant, franchement, respect !
 
C'est la deuxième fois que je suis venu à Pula que j'ai appelé Raul, pour lui dire que je voulais "filmer un hippy jump"...
 
Avec moi sur la route du Vladimir Film Festival 2018, j'avais ramené une board supplémentaire, spécialement pour ce hippy jump en particulier.
 
Une fois sur place, j'ai dit aux autres que je devais m'absenter cinq minutes le temps de trouver une bouche d'égoût ouverte, afin d'y loger et casser mon nose et mon tail en faisant levier (seul moyen pour qu'un skateboard aie la moindre chance de traverser la gouttière).
 
Donc c'est ce que j'ai fait sauf qu'entretemps, Nich Kunz s'est proposé de casser sa propre planche à la place. De mon côté, je trouve mon bonheur et je reviens, seulement pour contempler Raul en train de casser la planche de Nich pour rien.
 
Donc oui, j'ai cassé ma planche au niveau du nose et du tail pour faire le trick.
 
 
La gouttière est si étroite que le skate ne peut la traverser que s'il s'y glisse tout droit ; il n'a pas le droit de raser les murs ou le plafond, sinon il bloque tout de suite.
 
Pendant longtemps, sur chaque essai, la planche se fichait juste dans le trou et je me retrouvais à sauter à pied dans la rigole en contrebas. A part l'essai rentré, le skate n'a traversé la gouttière qu'une seule autre fois.
 
J'étais sur le point d'abandonner parce que tout le monde était là, à attendre, sans y croire.
 
Après moult essais, j'ai réussi à faire passer la board, à sauter et à retomber dessus de l'autre côté contre vents, marées et pavés dégueulasses parmi les pires qu'on peut trouver à Pula, sans nose ni tail.
 
Ce qui me satisfait le plus, c'est d'avoir filmé ce qui est le dernier trick de la vidéo lors du Vladimir. J'avais déjà parlé de mon idée aux locaux et du coup, quand ils m'ont vu revenir l'année suivante avec une planche sans nose ni tail, ils ont tout de suite sû que je l'avais fait.
 
Après l'avant-première de "TABULA RASA" au Vladimir 2019, on a croisé des skateurs étrangers dans un supermarché : ils étaient allés voir le spot et se demandaient comment diable j'avais pu faire passer un skate par ce trou." - Dino Coce

Ph.: Tomaž Šantl

[Croatian]

"Prvi put kad sam vidio spot znao sam da ga nije nikad nitko vozia, ako je onda mu svaka čast.
 
Reka sam Raulu drugi put kad dodem "ode ide hipi jump"...
 
Došao je 2018 Vladimir Film Festival i ponio sam extra dasku samo za taj hipi jump.
 
Rekao sam ekipi da mi treba šahta da mogu razbit nos i tail da se može vozit. Išao sam u potragu za šahtom dok je Nich Kunz ponudio svoju dasku da je razbijemo. Raul razbije Nichovu dasku i ja sam taman našao šahtu i rečem "koji kurac, sjeba dasku za kurac... Sorry, Kunz".
 
Razbio sam svoju dasku (nos i tail) i išao probavat trik.
 
Prolaz je toliko uzak da skejt može proć samo ako ćipo ide ravno, nimalo livo ni desno.
 
Svaki pokušaj je bio da skejt zapne gore i ja skaćem u nizbu, baš svaki, možda je jedan proša.
 
Bio sam spreman odustat jer je svaki zapinja, bez nade.
 
Nakon puno pokušaja uspio sam da prođe, skočio i lenda i nekako se spustija na najružnijem fletu u Puli bez nosa i taila.
 
Svi sretni, ja nemogu virovat, Raul nahajpan...
 
Najdraži dio mi je da sam uspio snimit zadnji trik u video na Vladimiru, prićao sam ekipi već za trik i kad su vidjeli puknuti nos i tail znali su da sam ga uspio.
 
Nakon premijere "TABULE RASE" na 2019 Vladimiru, neki stranci su išli na spot gdje sam napravio hipi jump, nisu mogli vjerovat kako je skejt prošao..." - Dino Coce
 
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